POLITIQUE-ZAMBIE: La campagne anti-corruption atteint sa vitesse maximale

LUSAKA, 22 août (IPS) – Alors que la campagne anti-corruption du président zambien Levy Mwanawasa atteint sa vitesse maximale, lui-même a été accusé de plusieurs cas de corruption pas au tribunal toutefois, mais au sein de l'organe suprême de législation – l'Assemblée nationale.

La semaine dernière, des députés de l'opposition, se faisant appeler le Caucus inter-parlementaire pour la défense de la constitution et la bonne gouvernance, ont présenté avec succès une motion au parlement pour destituer le président. Ils l'ont accusé de 25 chefs d'inculpation pour "graves violations de la constitution, corruption, népotisme" et "mépris manifeste de la procédure édictée par le gouvernement dans l'attribution des appels d'offres".

Au nombre des charges, figurent des affirmations selon lesquelles Mwanawasa a violé la constitution lorsqu'il a nommé le télé-évangéliste et candidat malheureux à l'élection présidentielle Nevers Mumba comme son vice-président. La loi zambienne ne permet pas qu'une personne, qui a perdu une élection, occupe une telle position.

La motion sans précédent a pris au dépourvu les politiciens et a causé une scission au sein du parlement de 159 sièges, avec quelques membres du parti au pouvoir, le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD), qui se sont rangés du côté de l'opposition. Ce qui était critique pour Mwanawasa, c'était le document de 32 pages que son ancien vice-président Enock Kavindele a déposé sur la table, qui soutient que Mwanawasa a empoché 60.000 dollars US, à travers sa complicité avec un neveu désigné pour vendre au gouvernement 30.000 tonnes de maïs à un prix excessif. Le soi-disant accord est intervenu à une période où il y avait une interdiction sur les importations en raison d'une récolte exceptionnelle.

La motion de procédure de destitution a été inévitablement rejetée lors d'un vote et le gouvernement a crié victoire. Mais l'opposition souligne que son objectif a été atteint puisque cela a entamé la tentative de Mwanawasa de paraître saint à travers sa croisade anti-corruption.

Crispin Sibetta, chef de file du Parti uni pour le développement national, de l'opposition, a dit que le processus de destitution a envoyé un message fort en Afrique et a également créé un précédent en Zambie.

"Ce que cela montre, c'est que personne, y compris le président, n'est intouchable. Cela montre que les gens sont prêts et disposés à entreprendre une action corrective là où il y a une injustice et plus important encore, cela montre que les gens commencent par s'intéresser activement à la façon dont ils sont en train d'être gouvernés. Pour Mwanawasa, cela montre que lui aussi est aussi corrompu que son prédécesseur".

Le fait que les députés de l'opposition soient autorisés à présenter la motion de destitution – qui nécessitait 57 signatures – était un exploit en lui-même. Les législateurs ont boycotté le parlement pendant cinq jours la semaine dernière, obligeant le président de l'Assemblée à leur permettre de présenter la motion. Bien qu'elle soit rejetée par 92 contre et 57 pour, la motion a contraint le président de l'Assemblée à nommer un tribunal de la Cour suprême pour vérifier les allégations.

Des analystes politiques s'attendaient à voir la machinerie gouvernementale entrer en action et arrêter net la motion. "Mais il semble que Mwanawasa soit plutôt à l'aise parce qu'il sait que le MMD a la majorité au parlement, y compris des membres de l'opposition qu'il a gagnés à sa cause avec des postes ministériels", selon Alfred Banda, un professeur de droit.

George Kunda, ministre des Affaires juridiques et procureur général, dit que la motion de procédure de destitution, qu'il qualifie de " non fondée, irresponsable, malicieuse et mal rédigée", représentait une journée triste dans l'histoire de la Zambie. "Les auteurs de la motion savaient que cela n'allait pas réussir et l'ont fait simplement pour ridiculiser notre chef d'Etat bien-aimé", affirme-t-il.

Le chef de file du gouvernement Eric Silwamba, un avocat, estime que la loi, qui permet la procédure de destitution, devrait être réexaminée parce qu'elle sera sûrement utilisée abusivement par des législateurs ayant des comptes politiques à régler. Ceci était une référence apparente aux députés du MMD, au nombre desquels l'ancien vice-président Silwamba, qui ont eu des prises de bec avec le gouvernement actuel et ont voté avec l'opposition.

Mais Kavindele a indiqué à IPS que le contenu de la motion, qui a accusé le président des mêmes charges pour lesquels il poursuit d'autres, n'est pas léger et nécessite une investigation. "Ne nous préoccupons pas d'autres choses, c'est au contenu que nous devrions nous intéresser et ce sont des allégations très graves. Nous créons un mauvais précédent parce que nous ne mettons pas en cause une partie du leadership, pendant que nous harcelons en apparence d'autres".

Le Caucus a décidé d'utiliser le parlement plutôt que les tribunaux pour destituer Mwanawasa parce que la pétition de la Cour suprême sur les résultats de l'élection présidentielle de 2001, que l'opposition a déclarée illégale, est "toujours en train de cuire". Et personne ne sait quand cette affaire sera réglée.

"Il y a certaines questions qui ne peuvent être soulevées qu'au parlement et non au tribunal, et que les députés sont aussi à l'abri des poursuites lorsqu'ils discutent des questions au parlement", souligne Sibetta.

Le Caucus, explique Sibetta, a un plan en dix points qu'il poursuivra jusqu'à ce que Mwanawasa, qui a été trié sur le volet par Frederick Chiluba pour lui succéder en décembre 2001, soit destitué de sa fonction. "Nous n'avons pas épuisé nos options, la procédure de destitution au parlement n'était juste que l'une d'entre elles", ajoute-t-il.

Chiluba, qui a dirigé la Zambie entre 1991 et 2001, fait également l'objet d'accusations de corruption.