CULTURE-RD CONGO: Les femmes investissent la presse, malgré les pesanteurs culturelles

KINSHASA, 20 août (IPS) – "Beaucoup de ménages, où la femme est journaliste, finissent généralement par se disloquer" en République démocratique du Congo (RDC) à cause des pesanteurs culturelles, affirme Chantal Kanyimbo, journaliste à la télévision nationale.

Selon Kanyimbo, "le mari subit des pressions de son entourage qui ne conçoit pas qu'une femme mariée puisse rentrer tard pour avoir couvert des événements qui durent jusque tard la nuit, ou qu'elle puisse effectuer des reportages de plusieurs jours en dehors de la ville ou du pays". "Ce n'est pas facile de convaincre son homme qu'un journaliste n'a pas les horaires de fonctionnaire où le travail commence à telle heure et se termine obligatoirement à telle autre", reconnaît-elle. "Mais il nous faut expliquer au mari les réalités de notre métier". Malgré les pesanteurs socioculturelles, les jeunes filles congolaises ont un faible pour le journalisme. La tendance se confirme par le nombre de filles qui fréquentent les écoles de communication sociale et de formation en journalisme. Selon Henri Kokolo, professeur à l'Institut facultaire des sciences de l'information et de la communication (IFASIC) de Kinshasa, 85 pour cent des étudiants sont des filles. Le même constat s'observe également à la Faculté de communication sociale de l'Université de Kinshasa ainsi que dans les Facultés catholiques de Kinshasa, la capitale de la RDC. Longtemps considéré comme un métier d'homme, le journalisme tend à se féminiser. En témoigne également la présence de plus en plus nombreuse de journalistes femmes dans les salles de rédaction des différents organes de presse, avec une préférence notable pour la télévision. Clarisse Ndonda, étudiante en journalisme confirme : "C'est une fascination toute naturelle", explique-t-elle. "Autant toute femme, pour se rassurer, se regarde bien à travers un miroir avant de quitter son domicile, autant elle aime se faire voir sous son meilleur jour. A travers la télévision, les filles se font mieux connaître et apprécier dans la ville". La fascination pour la télévision est visible quand on compare le nombre de journalistes femmes dans les deux salles de rédaction de télévision et de la radio nationales. Les garçons sont plus nombreux à la radio alors qu'à la télévision, c'est le phénomène inverse. Jena-Pierre Kasangana, rédacteur en chef à la télévision nationale, trouve encourageant que les femmes congolaises aient réussi à casser les tabous qui les empêchaient d'aller vers des métiers considérés comme trop publics comme le journalisme, tout en regrettant que les filles placent le métier au second plan. "Quand les filles sont nouvellement engagées, elles font montre d'un enthousiasme encourageant. Mais dès qu'elles se font une certaine réputation et qu'elles sont sollicitées de gauche à droite, nous sentons une baisse notable de rendement. Elles deviennent dispersées et manquent de concentration", explique Kasangana. Cependant, cette préoccupation pour un marketing personnel n'éclipse pas le souci des jeunes Congolaises de s'affirmer sur le plan professionnel et mériter la confiance des patrons. Dans la presse écrite, elles semblent mieux cotées qu'à la télévision : "Au départ, elles sont un peu timides dans la salle de rédaction, mais elles s'adaptent très rapidement et remontent leur handicap", déclare Kinyongo Saleh, éditeur du bi-hebdomadaire congolais 'Vision'. A la faveur de la démocratisation progressive de la vie politique en RDC, depuis les années 90, l'espace médiatique congolais a connu une expansion significative aussi bien dans la presse audiovisuelle que dans la presse écrite. De la dizaine de journaux financés par le budget de l'Etat, on en est aujourd'hui à près de 200 titres privés à travers le pays. Rien que la ville de Kinshasa en compte une bonne centaine. Le secteur audiovisuel a également connu des changements importants. Une vingtaine de radios et télévisions privées se disputent le marché avec les médias publics. Ce qui donne suffisamment de chances aux jeunes journalistes de se trouver un emploi. On peut, par contre, regretter le fait que malgré la pluralité de journaux, de radios et de télévisions, les femmes journalistes n'exercent pas encore de fonctions de responsabilité en dehors de cas tout à fait isolés. A la télévision nationale, la femme la plus gradée, Chantal Kanyimbo, est rédactrice en chef. Mais quand on pense que la secrétaire générale du ministère de l'Information, Mikaba Kinunga, est une journaliste, il y a lieu d'espérer que la femme journaliste congolaise est sur la bonne voie.

Il reste, cependant, que certaines pesanteurs culturelles demeurent coriaces et handicapent la bonne évolution de la femme journaliste dans la pratique du métier. La société congolaise n'est pas encore suffisamment évoluée pour permettre à une femme d'exercer des métiers qui la maintiennent longtemps hors de son foyer. Mais, il n'empêche. Les femmes journalistes sont déterminées à bousculer les mentalités et à améliorer l'image que les hommes se font d'elles.

Certaines d'entre elles ont créé des journaux qui se disputent l'audimat, à égalité, avec d'autres journaux de la place.