EDUCATION-MALI: Les femmes luttent contre la sous-scolarisation des filleset l'analphabétisme

BAMAKO, 19 août (IPS) – "Une femme alphabétisée est une source de lumière et une famille ouverte sur le monde", a déclaré Rima Salah, directrice régionale du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) pour l'Afrique de l'ouest et du centre.

Salah prenait part à la célébration du 41ème anniversaire de l'Organisation panafricaine des femmes (OPF) et à la commémoration de la journée panafricaine des femmes, le 31 juillet à Bamako, la capitale du Mali. Selon des statistiques de l'OPF, le taux de scolarisation des filles est de 53 pour cent au Mali, contre 75 pour cent pour les garçons. Et huit femmes sur dix ne savent ni lire et écrire en milieu rural.

L'organisation panafricaine des femmes, appelée à l'origine Conférence des femmes africaines, a été créée le 31 juillet 1962 à Dar Es-Salam en Tanzanie. Depuis septembre 1999, le Mali préside le bureau régional de l'Afrique de l'ouest. Le thème retenu pour la journée cette année est "La lutte contre la sous-scolarisation des filles et l'analphabétisme des femmes".

Pour la secrétaire régionale de l'OPF, Alwata Ichata Sahi, "La sous-scolarisation des filles et l'analphabétisme des femmes sont liés et constituent une préoccupation majeure ainsi qu'une triste et navrante réalité que nous partageons avec d'autres pays, notamment ceux de la sous-région ouest-africaine".

Selon les statistiques de l'OPF, le taux brut de scolarisation des filles, comparé à celui des garçons, est très faible. Citant des données de 1998, Kouyaté Yakara Soumano, de la cellule – planification et statistique – du ministère malien de l'Education nationale, indique qu'elles sont révélatrices de cette disproportion dans la sous-région. Environ 81 pour cent des filles sont scolarisées contre 86 pour cent des garçons en Mauritanie, 63 pour cent des filles contre 76 pour cent des garçons au Sénégal, 66 pour cent des filles contre 89 pour cent des garçons en Côte d'Ivoire. Le Mali affichait, à cette époque, un taux de scolarisation de 45 pour cent de filles contre 64 pour cent de garçons.

Depuis 1998, selon le ministre malien de l'Education nationale, Mohamed Lamine Traoré, "les pouvoirs publics ont fait de la scolarisation des filles une priorité, déployé de nombreux efforts pour rehausser le taux qui est actuellement de 53 pour cent pour les filles contre 75 pour les garçons".

Le département de l'éducation projette d'atteindre 70 pour cent de taux de scolarisation pour les filles d'ici à 2008.

En marge des festivités commémoratives, la branche malienne de l'Association des professionnelles africaines de la communication (APAC) a organisé une conférence-débat sur le même thème. Selon Soumano, la conférencière, la problématique de la sous-scolarisation des files au Mali est liée à des facteurs socioculturels : "La faible scolarisation des filles est due en majeure partie à l'abandon rapide de l'école (le souvent pour des raisons de mariage précoce), le taux de redoublement…, les grossesses non désirées".

La conséquence, renchérit la ministre de la Promotion de la Femme, de l'Enfant et de la Famille, Aïssata Bengaly Berthé, est la féminisation de la pauvreté. "Au Mali, huit femmes sur dix ne savent ni lire ni écrire, alors qu'elles constituent le moteur essentiel de tout développement humain durable", a-t-elle dit. Berthé se dit cependant convaincue que la sous-scolarisation n'est pas une fatalité. "Le gouvernement, à travers le programme décennal pour l'éducation et la culture (PRODEC), a élaboré des stratégies pour établir l'équilibre entre les deux sexes dans le domaine de l'éducation. Et très prochainement, un fonds spécial pour la scolarisation des filles sera créé", a-t-elle révélé à IPS. Selon la présidente de la Fondation pour l'enfance, Traoré Lobo Touré, épouse du chef de l'Etat, "La scolarisation des filles et l'alphabétisation des femmes sont à la fois un devoir et une exigence pour toute société, car la femme est un précieux catalyseur des efforts de progrès pourvu qu'on lui en donne les moyens".

La Fondation pour l'enfance, jadis dirigée par son mari, Amadou Toumani Touré, œuvre essentiellement pour la cause des enfants. Cette année, elle a octroyé des bourses d'études à des jeunes filles issues de milieux défavorisés. La fondation veut, selon sa présidente, faire également de l'instruction de la fille et de la femme une arme efficace pour lutter contre le VIH/SIDA et la pauvreté, car elles constituent la couche la plus touchée.

Au Mali, la plupart des organisations non-gouvernementales (ONG) ont, dans leurs activités, un volet "alphabétisation", a indiqué Amadou Berthé, président du Collectif des ONG pour l'éducation. L'Association pour la promotion de la femme "APAF-Mousso Dambé" est une ONG qui s'est spécialisée, à Bamako, dans l'encadrement des filles migrantes communément appelées "bonnes" à travers des cours du soir. L'ONG organise également des séances hebdomadaires d'alphabétisation pour des femmes non scolarisées.