DAKAR, 18 août (IPS) – A l'entrée de Sangalkam, une bourgade située à 37 kilomètres de Dakar, la capitale sénégalaise, un groupe d'ouvriers, aidés par des conducteurs de pelles mécaniques, creusent le lit du futur bassin de rétention d'eau du village.
L'eau de pluie, qui sera stockée dans ce bassin, sera utilisée pour le maraîchage et l'abreuvage des animaux. L'ouvrage en construction se trouve dans un bassin versant de huit kilomètres carrés. Sa capacité de retenue sera de 100.000 mètres cubes. La réalisation de ce bassin est attendue avec impatience par les populations de Sangalkam, éprouvées par des problèmes d'approvisionnement en eau pour le maraîchage depuis la panne des deux grands forages de leur village.
"La réalisation du barrage va permettre à l'ensemble des villages environnants de disposer d'activités génératrices de revenus. Les terres sont disponibles, mais le problème est l'eau", souligne le président de la communauté rurale de Sangalkam, Oumar Gueye, confirmant le grand espoir de ses administrés dans la construction de ce bassin. Le projet de construction du bassin de rétention des eaux de pluie dans le village de Sangalkam, fait partie d'un vaste programme de réalisation de 73 ouvrages du même type, initié depuis trois ans par le gouvernement du Sénégal avec l'appui de la Chine Taiwan. D'un coût global de près de 13 millions de dollars, ce programme s'étalera jusqu'en 2005 et concernera à terme l'ensemble des onze régions du pays. Mais, pour le moment, seules cinq régions, connues comme étant agricoles et avicoles – Matam et Louga au nord, Kaolack, Diourbel et Thiès au centre – sont concernées par ce programme qui prévoit de réaliser 50 bassins dès la fin de cette année. Initialement, le gouvernement sénégalais avait prévu de coupler le programme des 73 bassins de rétention avec un projet de pluies artificielles, dont le démarrage est prévu à la mi-septembre.
Ainsi, les localités abritant les bassins de rétention ont été choisies comme des zones tests de pluies artificielles. Le programme des pluies provoquées ciblera la zone sylvo pastorale et le bassin arachidier, deux régions frappées de plein fouet par le déficit pluviométrique et où il n'existe pratiquement pas d'aménagements hydrauliques capables de prendre en charge le surplus d'eau de pluie. Une expérience de pluies artificielles avait été tentée au Sénégal il y a 35 ans, sans grand succès. Mais cette fois-ci, l'expertise marocaine a été sollicitée. Selon Mamadou Seck, ministre sénégalais de l'Equipement, des Infrastructures et des Transports, le programme des bassins de rétention permettra, à long terme, de revitaliser le système des vallées fossiles, mais surtout d'offrir des pâturages capables d'apporter une réponse partielle à la question de la transhumance. Les bassins de rétention, qui auront une capacité de stockage de 20.000 à plus de 50.000 mètres cubes d'eau, permettront de recueillir l'eau de pluie, plus de sept mois après l'hivernage au bénéfice des maraîchers et des éleveurs, toujours confrontés à la rareté du liquide précieux dans ces régions arides. Un bassin de rétention comprend deux parties : un bassin de pré-décantation et un bassin de stockage. La taille des bassins de rétention dépend de la surface du bassin versant et de la pluviométrie.. Hormis les avantages qui consistent à retenir l'eau, à recharger naturellement la nappe phréatique, les bassins de rétention auront également la capacité de lutter contre l'érosion, selon Diene Faye, du ministère de l'Energie, des Mines et de l'Hydraulique. Les digues pourront servir aussi de points de passage pendant la saison des pluies et lorsque certaines zones du village seront inondées durant l'hivernage, explique-t-il. Avec la réalisation, en 2003, d'une cinquantaine de bassins sur les 73 prévus, on pourra espérer un volume d'eau retenu de quelque 4 millions de mètres cubes, selon le directeur du Génie rural, Mohamed Thiam. Cet important volume d'eau permettra d'irriguer 500 hectares et favorisera ainsi la production de 10.000 tonnes de fruits et légumes, soit l'équivalent de la production annuelle de la zone des Niayes, une bande de terre qui s'étire le long de la façade maritime, de Dakar à Saint-Louis, ajoute Thiam. "Dans les années à venir, on assistera à une délocalisation de la production maraîchère vers l'intérieur du pays", affirme Thiam, indiquant que "les autres avantages des bassins de rétention seront d'assurer la sécurité alimentaire, la diversification agricole et la polyculture vivrière". L'horticulture joue un rôle important dans la sécurité alimentaire au Sénégal, mais aussi dans la balance commerciale du pays. En 2002, avec une production de 300.000 tonnes, cette filière a rapporté 70 milliards de francs CFA (environ 123 millions de dollars US) de valeur ajoutée et exportée de 10.000 tonnes. Près de 60 pour cent de la production se fait dans les Niayes. Pour Salif Ba, chargé de la supervision de ce programme hydraulique, en plus du fait que les bassins de rétention permettront le rengorgement de la nappe phréatique, ils favoriseront également la pratique du maraîchage et le commerce de ses produits. "L'objectif visé à travers ce programme est de revitaliser l'emploi rural pour que les producteurs n'éprouvent plus le besoin d'aller chercher du travail en ville", affirme Ba.
Le programme de réalisation des bassins de rétention est cependant loin de faire l'unanimité. L'ancien ministre de l'Agriculture sous le précédent régime, Robert Sagna, n'a cessé de dénoncer l'inutilité de ce programme, rappelant la grande disponibilité de l'eau au Sénégal avec l'aménagement des barrages de Manantali et de Diama sur le fleuve Sénégal. A ce propos, Sagna voudrait savoir l'utilisation qui sera faite des 240.000 hectares aménagés dans la vallée du fleuve. "Avec l'eau disponible dans la vallée, on peut bien irriguer les terres de culture de la zone sylvo pastorale dans le but de favoriser la diversification agricole", affirme-t-il.

