LOME, 20 août (IPS) – Les pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) souhaitent accélérer la croissance et lutter contre la pauvreté par la promotion et le financement des petites et moyennes entreprises (PME) dans l'espace de l'union.
Les huit Etats de l'UEMOA s'engagent à faire émerger un tissu dense de PME productif, compétitif par l'adoption d'une stratégie régionale qui consiste à élaborer une définition et une charte communautaires des PME, à simplifier et alléger la fiscalité pour ces entreprises.
Cet engagement a été pris le mois dernier à l'issue d'un atelier sur la promotion et le financement des PME, organisé par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) à Lomé, la capitale du Togo. L'atelier a offert l'opportunité d'une concertation élargie entre les ministres en charge des PME, avec la participation des opérateurs économiques.
Après l'état des lieux, les pays membres de l'UEMOA souhaitent mettre en place des dispositifs juridiques favorisant la continuité de l'activité des entreprises en difficulté, menacées de liquidation. Ils veulent rendre simple et accessible l'acte de création d'entreprise.
"Il faut que nos Etats encouragent la création des PME qui sont convenables à l'environnement africain au point de vue des ressources humaines et financières et de la disponibilité technique", conseille Mamadou Konaté, un entrepreneur malien. "Si la contribution des PME à la formation du produit intérieur brut (PIB) n'est estimée qu'entre 7 et 10 pour cent en moyenne dans l'union, il convient de souligner la dimension humaine et sociale de ces structures qui occupent 270.000 actifs en 2001, comparables aux 300.000 emplois fournis par les grandes entreprises", indique Boni Yayi, président de la BOAD.
Pour Yayi, le développement des PME apparaît aujourd'hui comme l'un des leviers stratégiques les plus adaptés pour relever les défis de l'accélération de la croissance économique, de la création d'emplois et de la réduction de la pauvreté dans les pays en développement, notamment ceux de l'UEMOA.
L'UEMOA disposerait au maximum de 20.000 entreprises, toutes tailles confondues, soit 15 fois moins que la Suisse dont la population de 7 millions d'habitants est 10 fois moins élevée que celle de l'ensemble des pays de l'union. Fatima Trapsida, ministre de la Privatisation et de la Restructuration des Entreprises du Niger, reconnaît que la PME constitue un moteur de développement économique. "Il faut bien qu'il y ait des actions en vue d'amener les PME à être compétitives dans notre espace car on ne peut pas produire s'il n'y a pas de PME et elles ont besoin d'être soutenues et renforcées", déclare-t-elle.
"La petite et moyenne entreprise constitue un des socles les plus importants dans l'industrialisation et la création de richesses", estime Marie Thérèse Diedhiou, directrice générale de l'Agence de développement et d'encadrement des PME, basée au Sénégal. Elle a recensé certaines contraintes au développement des PME. "Ces contraintes s'articulent autour des insuffisances de l'environnement institutionnel, des difficultés d'accès au financement, de l'inadaptation du système d'assistance conseil", écrit-t-elle dans un document distribué au cours de l'atelier de Lomé.
"Les données qui existent ne permettent pas aux Etats d'avoir une vraie politique de développement", affirme Victor Ndiaye, consultant international.
Selon Aïchatou Agne Pouye, ministre des PME et du Commerce du Sénégal, 80 à 90 pour cent des entreprises dans l'espace UEMOA sont des PME.
Dama Dramani, ancien ministre togolais du Commerce, de l'Industrie, des Transports et du Développement de la zone franche, estime que dans les pays de l'union, le tissu économique est porté par un nombre infime de grandes entreprises, un nombre limité de PME et une multitude de micro-entreprises.
Les contraintes structurelles, notamment les coûts élevés de l'énergie, de l'eau, des transports et des télécommunications, l'accès difficile au financement adapté et la persistance des insuffisances relatives à l'environnement global des affaires, font partie des obstacles majeurs à la création et au développement de l'entreprise dans l'UEMOA. Par exemple, L'UEMOA n'a pas encore adopté une définition claire et homogène de la PME. Selon Ndiaye, le Bénin a élaboré, en 1997, une définition consensuelle de la PME. "Est PME, toute entreprise légalement constituée tenant une comptabilité régulière, qui n'est pas une filiale de multinationale et qui satisfait aux critères quantitatifs ci-après : un effectif de cinq à 50 employés permanents; un capital social compris entre un million et 50 millions de francs CFA (entre 1.754 et 87.719 dollars US environ), ou des investissements d'un montant compris entre cinq millions et 500 millions FCFA (environ 8.772 et 877.193 dollars US environ", rapporte Ndiaye. Ndiaye relève deux critères de définition d'une PME : le nombre d'emplois permanents et le chiffre d'affaires.
Mais Konaté estime que le nombre d'emplois est le seul critère fiable et vérifiable, tandis que Ibrahim Diouf, directeur des PME du Sénégal, va plus loin, insistant sur le montant des investissements et la taille de l'entreprise. "Ces deux critères doivent s'ajouter au nombre d'emplois pour définir la PME dans notre espace", souligne-t-il.
La promotion et le financement des PME dans les pays de l'UEMOA est un volet essentiel de la politique industrielle commune de l'union, définie et approuvée en décembre 1999. C'est pourquoi la centaine de participants à l'atelier de Lomé ont insisté, dans leur déclaration finale, sur l'offre de financement adaptée à la PME par la création d'un environnement plus incitatif sur le plan financier, par l'aménagement des incitations fiscales, et par la réduction des coûts d'enregistrement des PME dans l'espace UEMOA. Un tel effort pourrait amener les banques commerciales à financer davantage les PME et les micro-entreprises. "Il faut que le financement des PME se fasse de façon simple pour éviter l'inflation", avertit Seretti Kokou Gozan, directeur de l'agence de Lomé de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest (BCEAO).
Les pays membres de l'UEMOA, de la BOAD et de la BCEAO sont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Togo et le Sénégal.

