BADAGRY, Nigeria, 18 août (IPS) – Les activités économiques ont repris à Sèmè, une ville à la frontière avec la République du Bénin, qui a été fermée il y a une semaine par le Nigeria pour crimes trans-frontaliers dont le vol à main armée, la contrebande de produits pétroliers et le trafic d'êtres humains. Des voyageurs se sont retrouvés bloqués depuis le 9 août quand les deux côtés de la frontière ont été fermés. Vendredi après-midi, IPS a remarqué beaucoup d'activités aux deux frontières.
"C'est comme ça depuis ce matin où la frontière a été réouverte suite à la directive du président (Olusegun) Obasanjo. Grâce à Dieu, la vie est graduellement revenue dans cet endroit", a déclaré Bayo Shekoni, un habitant de Sèmè, à quelque 100 kilomètres à l'ouest de Lagos. Shekoni affirme que des agents de l'immigration et des douanes faisaient évacuer les voyageurs qui assaillaient les postes frontaliers. Les postes étaient devenus des villes fantômes pendant la période où les frontières étaient fermées puisque l'immigration nigériane, les douanes, l'unité de la police chargée de la sécurité d'Etat et de la lutte contre la criminalité aux frontières étaient mises à contribution pour faire respecter l'ordre de renforcer la fermeture de la frontière.
La fermeture a occasionné la misère pour des milliers de commerçants qui font la route animée Cotonou/Lagos. Lagos, le centre commercial du Nigeria, a l'un des plus grands ports au monde, mais les frais élevés d'amarrage, les longues durées d'attente, l'inefficacité et la corruption ont obligé plusieurs commerçants et importateurs à décharger à Cotonou. De Cotonou, les marchandises traversent la frontière dans des camions, parfois illégalement par des sentiers de brousse parsemant la frontière poreuse de plus de 700 kilomètres.
Des produits pétroliers raffinés bon marché en provenance du Nigeria sont également entrés en contrebande, par la frontière, au Bénin.
"Cela a été un problème sérieux pour nous à Cotonou. La semaine écoulée a été comme des vacances puisqu'un grand nombre de commerces étaient fermés.
Ce qui est triste, c'est que l'économie du Bénin est liée à l'économie nigériane. La fermeture a eu un impact très grave sur ceux d'entre nous qui font des affaires à Cotonou", a indiqué Cyril Uchendu, un homme d'affaires nigérian, à IPS.
Des efforts pour mettre fin à la crise sont venus jeudi, lorsque le président Obasanjo est arrivé à Sèmè avec son homologue béninois, Mathieu Kérékou, qui attendait d'être invité au Nigeria. Les deux chefs d'Etat se sont rendus en voitures, en cortège, à Badagry, à 50 kilomètres en territoire nigérian à un sommet organisé pour trouver une solution à la crise.
Obasanjo a regretté que les autorités béninoises n'aient pas fait beaucoup pour contenir la criminalité trans-frontalière malgré les assurances données par Kérékou plus tôt, selon lesquelles des actions seraient prises à l'encontre d'un certain Amani Tidjani, un Nigérien vivant au Bénin, qui a reçu plus de 30 véhicules volés du Nigeria. Au lieu de cela, Tidjani a été traité avec ménagement par le système judiciaire du Bénin qui l'a relâché, à la consternation des autorités nigérianes.
Kérékou a promis que Tidjani serait arrêté de nouveau et extradé.
Des statistiques montrent qu'au cours des trois dernières années, plus de 2.000 véhicules volés du Nigeria ont été amenés au Bénin à travers les frontières poreuses.
Dans un Protocole d'accord, que les deux dirigeants ont rendu public à la fin de la rencontre de Badagry, les deux parties ont convenu que les criminels seront extradés et que les articles volés, notamment les véhicules, seront retournés immédiatement aux autorités appropriées dans le pays d'où ils ont été volés.
"Là où une activité criminelle est suspectée, un rapport sera déposé immédiatement chez les autorités appropriées des deux pays pour une action nécessaire", indique le mémorandum.
Des agents de sécurité nigérians de l'immigration se sont souvent plaints du harcèlement de leurs homologues béninois chaque fois qu'ils essayaient d'intervenir pour empêcher les tracasseries subies par des ressortissants nigérians à la frontière.
Obasanjo a dit que leur réunion enverra des signaux clairs aux criminels des deux côtés pour leur dire que leurs jours sont comptés. "Depuis la fermeture de la frontière, aucun rapport de vol de voiture n'a été reçu", a-t-il souligné.
Les Nigérians ont salué la décision d'Obasanjo de rouvrir la frontière.
"Le Bénin a appris ses leçons. J'espère qu'ils réaliseront à présent qu'ils ne peuvent pas ne pas tenir compte de nous", affirme Isaac Ighure, un haut responsable gouvernemental à Lagos. Comfort Obilaja, une directrice d'école à Lagos, déclare : "L'épisode du Bénin enverra un signal clair aux autres pays voisins, qui aiment beaucoup harceler les Nigérians ou saper notre économie et notre sécurité à travers les frontières perméables, pour leur apprendre à réfléchir par deux fois".

