POLITIQUE-RD CONGO: Une crise retarde la remise du rapport du Comité desuivi du processus de paix

KINSHASA, 15 août (IPS) – Le Comité de suivi du processus de paix en République démocratique du Congo (RDC) ne pourra pas remettre, à la date prévue, son rapport final au gouvernement à l'issue de la mission spéciale d'un mois que lui avait confiée l'Acte final de Sun City.

C'était normalement, le jeudi, 14 août, que le Comité de suivi du processus de paix devrait tenir sa toute dernière réunion avant de se saborder au profit du nouveau gouvernement de transition. Selon Athanase Matenda Kyelu, porte-parole du comité, le retard est dû au fait que le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) n'a pas encore fourni la liste de ses membres devant siéger à l'état-major de la nouvelle armée intégrée ainsi que dans les régions militaires. "Il était pourtant attendu, lors de la réunion du 11 août, que toutes les composantes devraient avoir remis la liste de leurs membres, au plus tard, le 12. Le comité de suivi a constaté avec regret que le RCD n'a toujours pas remis la sienne en dépit de sa promesse ferme. Ceci pose un grave préjudice au comité de suivi dont l'agenda prévoyait la fin de la mission ce jeudi 14 août", a indiqué Kyelu.

Le RCD ne fournit pas d'explication particulière. Visiblement gêné, Moïse Nyarugabo, le représentant du RCD au comité de suivi, a répondu que "la raison du retard ne résidait pas dans la fourniture de la liste, mais plutôt dans l'identité des candidats". Dans ce débat politicien où tout le monde joue à se faire peur, le RCD avait aligné, sur sa liste, des personnes qu'il devait savoir recherchées par la justice de Kinshasa, notamment le major Bora Uzima qui avait été cité dans le complot de l'assassinat du président Laurent Désiré Kabila, le père de l'actuel chef de l'Etat. Il y a quinze jours, le RCD avait provoqué la colère du comité de suivi et la suspension de ses travaux quand il avait procédé, contre toute logique, à la création de trois régions militaires dans les territoires qu'il contrôle. Il avait notamment désigné le major Bora pour la région du Maniema et un autre officier non identifié, répondant au sobriquet de Tango Four qui aurait dirigé les massacres de Kisangani en mai 2002, pour la région militaire de la province orientale. Estimant injustifiée la création de ces régions militaires au moment où la question de la réunification des armées était en discussion à Kinshasa, la capitale de la RDC, le comité de suivi l'avait jugée nulle et de nul effet.

Par contre, en compensation, des aménagements avaient été trouvés au profit du RCD dans la gestion des régions militaires dont le nombre avait été officiellement arrêté par le comité de suivi.

Cette crise qui couvait, vient donc de resurgir sous une forme nouvelle. Le comité de suivi a décidé de s'en remettre aux "sages conseils" de la Commission internationale d'accompagnement de la transition (CIAT) qui comprend les ambassadeurs des pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, doublés de ceux de la "Tierce partie" : la Belgique, l'Afrique du Sud et la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC). Joseph Olengankoy, membre du comité de suivi et ministre des Transports, s'est publiquement plaint de l'attitude du RCD qui, a-t-il déclaré, "fait tout pour retarder l'évolution normale des travaux du comité chaque fois qu'une avancée significative s'annonce". Cette nouvelle crise au sein du comité de suivi ne manquera pas d'accroître l'agacement de plus en plus perceptible de la population de Kinshasa envers l'ex-rébellion de Goma, accusée, à tort ou à raison, d'être à l'origine de la plupart des crises politiques depuis la signature de l'Acte final de Sun City, en Afrique du Sud. Jusqu'ici, la population a gardé un "sang froid exceptionnel pour donner sa chance à la réconciliation nationale", affirment plusieurs Congolais de la capitale. Malheureusement, la reprise des hostilités dans la province du Sud-Kivu, territoire contrôlé par le RCD, n'est pas de nature à calmer les esprits.

"Le RCD ne doit pas prendre notre patience pour une démission de notre part", réagit Michel Mulamba, un fonctionnaire de Kinshasa. "Ses représentants ont exigé et obtenu une protection spéciale pour leur sécurité. Mais ils ont vite remarqué qu'elle était sans objet du fait qu'ils peuvent se promener librement dans tout Kinshasa. Les Kinois ne veulent pas envenimer les choses et compliquer le processus de paix en cours". "Mais là, j'ai l'impression qu'ils (les rebelles) avancent le bouchon trop loin. Nous risquons de nous rappeler qu'en septembre 1998, ils ont coupé le courant au barrage d'Inga et provoqué la mort de nombreux bébés dans les salles de réanimation", ajoute Mulamba, en colère. En attendant, le RCD, devenu parti politique, recrute des membres à Kinshasa. Apparemment, beaucoup de jeunes Kinois ont répondu à l'appel. Les candidats se recrutent plus particulièrement dans les rangs de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d'Etienne Tshisekedi. Les jeunes reprochent au leader charismatique de l'UDPS son "messianisme dépassé" qui les aura empêchés de participer à la gestion de la transition actuelle.