JOHANNESBURG, 14 août (IPS) – Se méfiant des promesses non tenues, des activistes anti-VIH/SIDA surveillent de près le gouvernement sud-africain, malgré son engagement plus concret de développer un plan de traitement étendu pour des personnes vivant avec la maladie d'ici à la fin de septembre.
Le ministère de la Santé indique que ses responsables se rencontrent déjà pour mettre au point les détails du plan en vue d'introduire un programme de traitement.
Alors que l'Afrique du Sud a un programme impressionnant de sensibilisation sur le VIH/SIDA, le gouvernement avait été accusé de traîner les pas dans l'introduction d'un plan de traitement étendu, malgré les quelque 4,7 millions de Sud-Africains vivant avec la maladie – le plus grand nombre existant dans un pays.
La Campagne d'action pour le traitement (TAC), qui a été au premier plan des efforts pour forcer le gouvernement à rendre les anti-rétroviraux disponibles gratuitement dans le système de santé publique, estime qu'environ 600 Sud-Africains meurent de maladies liées au SIDA par jour.
Les anti-rétroviraux sont des médicaments qui soulagent les effets du VIH/SIDA et réduisent la propagation de la maladie.
Malgré le nombre de victimes plus que jamais croissant, le ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, a, à maintes reprises, émis des doutes sur l'efficacité des anti-rétroviraux et a prévenu qu'ils étaient toxiques.
Même si la plupart des chercheurs acceptent que les anti-rétroviraux sont dangereux, ils insistent sur le fait qu'ils sont présentement le moyen le plus efficace pour traiter la maladie.
Au cours des derniers mois, le gouvernement a fait de plus en plus l'objet de pressions venant de ses propres rangs, de la communauté industrielle, de la société civile et des syndicats pour rendre les anti-rétroviraux gratuitement disponibles dans le système de santé publique.
Se référant à l'efficacité prouvée des médicaments, des sociétés financières et minières d'Afrique du Sud, entre autres entreprises, ont offert les médicaments à leurs employés, et à leurs familles, qui sont affectés par le VIH/SIDA – ignorant effectivement le scepticisme du gouvernement sur l'utilité des médicaments.
Le gouvernement se trouvera également devant une élection au début de l'année prochaine et des indications préliminaires laissent penser que ses atermoiements sur la fourniture des médicaments à ceux qui en ont besoin, vont apparaître comme une question cruciale au cours du scrutin.
Un autre moment critique a été la publication des détails d'un rapport d'un groupe de travail du gouvernement qui a constaté que le gouvernement avait les moyens de fournir les anti-rétroviraux. Le rapport a révélé que la fourniture des anti-rétroviraux pourrait sauver entre 500.000 et 1,7 million de vies au cours des cinq à dix prochaines années.
Le gouvernement a chipoté sur le rapport pendant des mois avant que la TAC n'en divulgue les conclusions à la presse. Avec les conclusions de son propre groupe de travail révélées, le gouvernement n'avait plus aucune excuse pour retarder la fourniture des anti-rétroviraux.
Et, la semaine dernière finalement, le gouvernement a annoncé qu'il fournirait les médicaments.
Se réjouissant de la décision, la TAC a déclaré : "Ceci est une étape critique pour développer un plan de traitement et de prévention plus vaste pour gérer l'épidémie du VIH/SIDA. Convenablement mis en oeuvre, cela va redonner l'espoir, la dignité et la vie à des millions de personnes dans notre pays, et l'espoir à travers le continent".
"La direction nationale de la TAC va officiellement suspendre la campagne de désobéissance civile et reconsidérer le litige en instance au début de la semaine prochaine. Nous nous réjouissons de la mesure hardie du gouvernement mais nous nous souvenons également de l'angoisse, de la souffrance et des pertes de vies inutiles au cours des quatre dernières années", a indiqué la TAC.
La TAC organisait une campagne de désobéissance civile et a, à maintes reprises, assigné le gouvernement en justice pour obtenir un soutien juridique pour ses exigences afin que les anti-rétroviraux soient gratuitement disponibles dans le système de santé publique.
Les activistes anti-VIH/SIDA attendent avec impatience de voir les détails du plan du gouvernement, notamment le nombre de personnes qu'il envisage de prendre en compte et à quelle vitesse il introduira le programme de traitement. Le cabinet a déjà prévenu qu'il pourrait s'écouler jusqu'à neuf mois avant que les médicaments ne parviennent à plusieurs de ceux qui en ont besoin.
La semaine dernière, le président Thabo Mbeki a signé un accord de financement avec le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, le paludisme et la tuberculose. L'accord, d'une valeur de 300 millions de rands (40 millions de dollars US), a été bloqué dans des querelles bureaucratiques pendant près de deux ans.
Le gouvernement sud-africain avait été accusé de retarder l'accord parce que certains des fonds étaient affectés pour la fourniture des anti-rétroviraux aux personnes vivant avec le VIH/SIDA. La voie a été déblayée maintenant pour que les fonds soient débloqués à l'Afrique du Sud et soient utilisés dans la lutte contre le VIH/SIDA.

