DROITS-ZIMBABWE: Des femmes d'un courage incroyable

OHANNESBURG, 13 août (IPS) – Lorsqu'elle a ouvert la porte principale de sa maison, Patience Makoni, âgée de 28 ans (pas de son vrai nom), pensait qu'elle laissait entrer une amie qui l'avait appelée plus tôt pour lui dire qu'elle lui rendrait visite plus tard dans la journée.

Trente minutes plus tard, avec une lèvre supérieure fendue, un cou sévèrement contusionné et saignant du vagin, il lui était de plus en plus évident qu'elle avait ouvert une porte au plus grand viol de sa vie.

Les événements de ce jour sont encore très vifs dans sa mémoire. Makoni, une vendeuse de légumes et partisane du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a été violée brutalement et à plusieurs reprises par sept soldats pendant l'action de masse organisée par l'opposition et des groupes de la société civile en juin, pour protester contre les graves violations des droits de l'Homme au Zimbabwe.

Dans un témoignage émouvant qui a laissé plusieurs en pleurs, Makoni a décrit comment elle a été attaquée. "Dix hommes sont venus m'amener. Ils m'ont accusée de recevoir de l'aide du (leader du MDC), Morgan Tsvangirai.

Ils m'ont conduite dans un buisson à proximité, ils ont commencé par m'agresser avec leurs armes et des coups de poings. L'un d'entre eux a déchiré mes sous-vêtements et ils m'ont violée à tour de rôle, tout en me maintenant au sol par le cou", témoigne-t-elle.

Trois des soldats ont refusé d'y prendre part parce qu'ils n'avaient pas de condoms sur eux.

Makoni n'est que l'une des centaines de femmes au Zimbabwe qui paient le gros de la violence motivée par la politique. Le gouvernement refuse de reconnaître que la violence existe et a été accusé de la perpétuer davantage. Des rescapées, essayant de rapporter des passages à tabac, le viol, la mise à sac et le pillage de leurs biens ainsi que d'autres actes criminels, sont parfois arrêtées, tandis que les auteurs des viols se déplacent en toute liberté dans les rues, déchaînant la violence contre des gens sans défense.

Convaincues que rien ne brisera leur esprit pour ramener la paix au Zimbabwe, Makoni et un groupe d'autres femmes, qui ont également subi d'autres formes de violence, racontent leurs histoires dans l'espoir que cela mobilisera l'action aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays pour obliger le gouvernement à mettre fin à cette violence.

Ces femmes risquent leurs vies. Elles pourraient être la cible d'attaques beaucoup plus violentes. "Je n'ai plus peur, rien d'autre ne pourrait être pire que ce que j'ai déjà subi comme expérience", a affirmé Makoni.

L'Afrique du Sud est leur première étape, et fait partie de leur périple qui les amènera dans d'autres pays africains sous les auspices de Coalition pour un règlement de la crise au Zimbabwe. Profitant de la Journée des femmes en Afrique du Sud, commémorée le 8 août, la Campagne de plaidoyer pour le Zimbabwe basée en Afrique du Sud, en collaboration avec Coalition pour un règlement de la crise au Zimbabwe, a fait venir cinq femmes du Zimbabwe pour raconter leurs histoires.

"Le gouvernement a tenté avec acharnement de m'empêcher d'exiger la bonne gouvernance par mon soutien au MDC", a indiqué, fougueuse, Sarah Muchineripi. "J'ai été plusieurs fois battue, ma jambe et mon bras ont été cassés. J'ai perdu tous mes biens, mes casseroles et mes cuvettes, ma maison et les moyens de m'occuper de mes enfants", a-t-elle dit à un groupe de personnes, dont des activistes des droits humains, qui se sont réunis à Johannesburg pour écouter leurs histoires, samedi.

La machinerie d'Etat du Zimbabwe a été mise à jour au cours des années afin de diviser pour mieux régner sur la société. L'esprit communautaire est brisé puisque des femmes comme Muchineripi ne peuvent plus compter sur la famille et des amis pour les aider, étant donné que toute personne qu'on aperçoit en train de les aider peut devenir également une victime. L'oncle de Muchineripi est à l'hôpital depuis, se remettant des blessures causées lorsqu'il a été battu pour avoir soi-disant hébergé Muchineripi. "Je suis vraiment attristée par tout ceci parce que mon oncle ne savait même pas où je me trouvais – ils l'ont juste attaqué parce qu'il a des liens avec moi", a déploré Muchineripi.

En 2000, le monde a célébré l'avènement d'un nouveau millénaire.

Malheureusement pour le Zimbabwe, cette année a marqué le début de l'instabilité politique qui a commencé après que la majorité des Zimbabwéens ont refusé d'accepter une nouvelle constitution qui était considérée comme le produit d'un processus défectueux qui ne reflète pas les aspirations du peuple.

Les élections législatives, qui ont suivi en juin de la même année, ont vu le gouvernement faire face à sa plus farouche opposition depuis l'indépendance en 1980. le parti au pouvoir, la ZANU-PF, a perdu une majorité de ses sièges dans les zones urbaines en faveur de l'opposition MDC. La violence est montée s'est intensifiée.

Les élections présidentielles, marquées par la controverse, ont suivi en 2002, envoyant un message clair au gouvernement que le soutien dont il jouissait auparavant diminuait rapidement et que le soutien à l'opposition était clairement en train d'augmenter. Le gouvernement a paniqué. Il a lâché des groupes de milice (composés de jeunes hommes et de jeunes femmes) qui sont formés pour utiliser des tactiques violentes pour faire taire toute opposition Malheureusement, des femmes continuent de payer le plus gros de cette violence.

Les activistes des droits humains croient que les femmes sont des cibles faciles de la violence à cause de leur statut dans la société. "Le fait que des centaines de femmes soient en train d'être violées, indique clairement un type de violence contre les femmes, résultant de perceptions socialement construites sur la position des femmes dans la société et le pouvoir des hommes", a déclaré Everjoice Win, une activiste de genre et des droits de l'Homme. Elle est également porte-parole de Coalition pour un règlement de la crise au Zimbabwe.

Les violations d'une nature sexuelle restent inchangées parce que le viol n'est toujours pas considéré comme une question importante par la société.

Win a également le sentiment que les Zimbabwéens et les étrangers n'ont pas encore saisi la gravité de la violence politique dans ce pays parce que les victimes n'ont pas une identité. "Le monde entend actuellement des histoires de ces femmes et de ces filles en train d'être violées au Zimbabwe. Mais le monde ne sait pas qui sont ces femmes, quels sont leurs noms et il n'aura jamais l'opportunité d'entendre leurs voix en train de décrire ce qui leur est arrivé", a-t-elle souligné.

"En amenant ces femmes en Afrique du Sud pour parler de leurs expériences, nous espérons que vous pourrez mettre des noms et une histoire sur les victimes de la violence au Zimbabwe, au lieu de parler seulement des centaines de femmes qui sont en train d'être violées", a indiqué Win à la rencontre.

En racontant leurs histoires, ces femmes veulent que le monde, notamment les voisins du Zimbabwe, comprennent l'étendue des violations des droits de l'Homme qui sont actuellement perpétrées contre les femmes. Elles veulent contribuer aux efforts d'élaboration d'une meilleure réponse coordonnée à la crise au Zimbabwe et dans d'autres parties du monde où des femmes se retrouvent dans des conditions similaires.