POLITIQUE-AFRIQUE DE L'OUEST: Brouille entre voisins

LAGOS, 14 août (IPS) – Le président nigérian Olusegun Obasanjo et son homologue béninois Mathieu Kérékou se rencontrent ce jeudi au Nigeria pour trouver une solution aux questions ayant conduit à la fermeture des frontières nigérianes avec son minuscule voisin de l'ouest.

La décision de fermer les frontières le 9 août vient juste quelques jours après le succès enregistré par le Nigeria sur le plan international pour le rôle qu'il a joué pour garantir la restauration de la démocratie et de la paix dans deux pays ouest-africains.

Le mois dernier, le Nigeria a joué un rôle important en rétablissant le président Fradique de Menezes de Sao Tome et Principe dans ses fonctions après son renversement par un groupe de soldats alors qu'il prenait part à un sommet au Nigeria.

Et, cette semaine, les efforts diplomatiques du Nigeria au Liberia ont été payants puisque le leader libérien assiégé, Charles Taylor, a commencé une nouvelle vie en exil au Nigeria pour épargner à son pays une effusion de sang supplémentaire.

Mais juste deux jours avant que Taylor ne fasse ses valises et ne parte du Liberia, le Nigeria a fermé ses frontières avec le Bénin pour une criminalité trans-frontalière croissante, dont le vol a main armée.

L'immigration nigériane, les douanes, l'unité de la police chargée de la sécurité d'Etat et de la lutte contre la criminalité aux frontières sont mises à contribution pour faire respecter l'ordre de bloquer la frontière.

"La décision du gouvernement de fermer les frontières est de réussir à faire comprendre ses préoccupations sur les crimes trans-frontaliers tels le vol à main armée, la contrebande et le trafic des êtres humains. Malgré la politique nigériane de bon voisinage, les réalités actuelles du nouveau programme de réforme, de croissance et de stabilité l'ont maintenant obligé à fermer ses frontières avec la République du Bénin avec effet à partir de samedi", a indiqué un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Le président Kérékou s'était engagé à mettre fin à la crise au cours des discussions avec son homologue nigérian Obasanjo, au sommet de l'Union africaine (UA) à Maputo, au Mozambique, en juillet. Rien ne s'est passé.

"Malheureusement, après cette réunion au cours de laquelle Kérékou avait demandé du temps pour s'attaquer à ce problème, il y a une augmentation du nombre de crimes trans-frontaliers et contrairement à cette promesse, aucune mesure visible n'a été prise", a ajouté le communiqué.

En tant que membre fondateur de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), le Nigeria dit qu'il honore le protocole de la libre circulation des personnes, des biens et des services au sein du bloc des 15 Etats membres.

Le Nigeria et le Bénin sont des membres fondateurs de la CEDEAO qui a été créée en 1975, pour favoriser l'intégration, la paix et la stabilité dans la sous-région.

Yussuf Isiaka, porte-parole du Service d'immigration du Nigeria, a dit que le protocole était en train d'être sapé par les Béninois pour perpétuer des crimes contre le Nigeria.

"L'anarchie aux frontières devient incontrôlable", a-t-il indiqué. "Des voyageurs nigérians sont harcelés et leur argent extorqué par des racoleurs béninois soutenus activement par leurs forces de sécurité".

Ces affirmations ont été réfutées par les autorités béninoises.

En fait, les crimes trans-frontaliers sévissent entre les deux pays. Les Nigérians soutiennent que des criminels venus du Bénin volent leurs voitures et les emportent dans un convoi. Les criminels, allèguent-ils, disparaissent souvent du côté béninois de la frontière, ayant une bonne connaissance des sentiers de brousse.

Des incidents de contrebande d'armes, de banditisme armé et de trafic d'êtres humains le long des frontières ont été également rapportés par des forces de sécurité.

Récemment, une jeep appartenant à un politicien haut-placé au Nigeria a été arrachée par des bandits armés. Le véhicule a été retrouvé dans le garage d'un homme d'affaires à Cotonou, la capitale économique du Bénin, mais les autorités de ce pays auraient nié avoir autorisé l'expédition de véhicules venant du Nigeria.

Des statistiques montrent qu'au cours des trois dernières années, plus de 2.000 véhicules volés du Nigeria ont été amenés au Bénin à travers les frontières poreuses.

"Le Nigeria est prêt à rouvrir les frontières dès que des garanties appropriées et des mesures concrètes seront prises par les gens du Bénin pour répondre à ses préoccupations sécuritaires", a indiqué le ministère des Affaires étrangères.

D'autres croient que le Nigeria a réagi de manière exagérée. "Bien que la mesure soit appropriée, elle pourrait affecter les relations bilatérales entre les deux pays", affirme Bola Akinterinwa, un chercheur principal à l'Institut nigérian des affaires internationales à Lagos.

Mais Segun Aribike, qui faisait la voie lucrative Lagos-Cotonou, soutient la décision gouvernementale de fermer la frontière. "Cela a tardé à venir.

Je ne comprends pas pourquoi le Nigeria a attendu aussi longtemps pour fermer les frontières", estime-t-il.

"Aucun gouvernement ne peut permettre que des bandits armés envahissent son territoire, tuent ses populations et les dépouillent de leurs voitures", indique Aribike.

Une délégation du Bénin, conduite par un ministre d'Etat, était à Abuja mardi pour arranger une réunion entre Kérékou et Obasanjo.

Remi Oyo, conseillère spéciale chargée de la communication et des relations publiques du président Obansanjo, a déclaré, après la réunion, que le Nigeria ne tolérera rien qui soit préjudiciable à sa sécurité. "Des armes légères et des munitions sont entrées au Nigeria par la contrebande, par la République du Bénin plus que par n'importe quel autre de nos voisins", a-t-elle affirmé, sans donner plus de détails.