DAKAR, 13 août (IPS) – Le gouvernement du Sénégal a décidé, depuis le 9 juillet, d'interdire toute exploitation minière dans les zones de forêts classées et la fermeture prochaine des activités extractives qui y existent actuellement.
Ainsi, aucun nouveau titre minier ne sera désormais délivré dans les forêts classées sur l'ensemble du territoire national et les permis d'exploitation arrivés à expiration ne seront pas renouvelés, précise le gouvernement.
La décision, selon le Premier ministre Idrissa Seck, vise à restaurer et à re-dynamiser les forêts classées dont la plupart sont dans un état de dégradation jugé "inquiétant" par les autorités.
"Nous avons mis en place un dispositif pour revitaliser ces forêts classées. Les objectifs sont clairs : il faut conserver les forêts classées qui sont régénérables et les précieuses réserves foncières porteuses d'un énorme potentiel d'activités économiques adaptées à leur vocation environnementale", a expliqué le ministre sénégalais des Mines, de l'Energie et de l'Hydraulique, Macky Sall.
En présidant, fin juillet, un conseil interministériel sur la question, le Premier ministre a réaffirmé l'option "irréversible" de son gouvernement de sauvegarder et de revitaliser les forêts classées tout en préservant les activités des industries extractives menées dans ces zones.
Pour assurer la délocalisation des industries concernées, le gouvernement a décidé de décaisser une enveloppe de 3,5 milliards de francs CFA (environ 6 millions de dollars US) pour financer un programme de prospection, destiné à identifier, dans les quatre prochains mois, des sites alternatifs d'exploitation de calcaire, d'attapulgite, de grès et autres minerais. L'Etat s'engage également à participer à la prise en charge financière des coûts de délocalisation de ces industries. En attendant, le ministère de l'Environnement et de la Protection de la Nature va procéder à un audit destiné à évaluer le niveau de dégradation des forêts classées et à proposer les voies et moyens de revaloriser les sites protégés.
"Toutes les mesures prises par le gouvernement tendent à redonner aux forêts classées leurs atouts naturels : régénération, diversité de la faune et de la flore, restauration du climat et de l'écosystème", a indiqué Sall.
La mesure concerne 40 carrières d'exploitation minières. Selon les responsables de l'Association nationale des exploitants de carrières du Sénégal (ANEC), les sociétés concernées ont réalisé un investissement global de l'ordre de 100 milliards de FCFA (environ 175 millions de dollars US) pour un chiffre d'affaires de 150 milliards de FCFA (environ 262 millions de dollars US) en 2002.
L'Etat sénégalais aurait perçu quelque 30 milliards de FCFA (environ 53 millions de dollars US) de redevances sur ces activités, selon des sources non confirmées.
La mesure du gouvernement est favorablement accueillie dans le milieu des organisations non-gouvernementales (ONG) qui luttent pour la protection de l'environnement et de la nature. "C'est une décision salutaire. Nous pensons que l'Etat a laissé faire pendant très longtemps et qu'il fallait mettre un terme à la dégradation de nos forêts, surtout les forêts classées", a déclaré Moustapha Sarr, un des responsables de l'Association sénégalaise des amis de la nature (ASAN).
Le sentiment de l'ASAN est partagé par le Centre africain d'assistance et de protection de l'environnement au Sahel (CAPES), une association sénégalaise à vocation sous-régionale. "Nous saluons la décision du gouvernement sénégalais et souhaitons que son exemple soit suivi par les autres pays africains, plus particulièrement dans le Sahel. Il faut que nos Etats arrivent à harmoniser le développement socio-économique avec la protection de l'environnement", suggère Abdallah Goudiaby, membre du CAPES.
Tout en se réjouissant de la décision de l'Etat d'interdire l'exploitation minière dans les zones de forêts classées, les responsables de l'association sénégalaise SOS-Environnement estiment que cette mesure a un goût d'inachevé. "L'Etat doit aller jusqu'au bout. Il ne faut pas seulement limiter l'interdiction des carrières dans les zones de forêts classées. Il faut empêcher toute exploitation de carrières près des zones d'habitation pour préserver la santé des populations", souligne Alfousseyni Diba, membre de cette ONG.
L'année dernière, le ministère de l'Environnement et de la Protection de la nature avait mené une campagne de reboisement qui a permis de planter environ 5 millions de plans sur une superficie de 30.000 hectares. Cette campagne, menée tambours battant sur l'ensemble du pays, visait à freiner le recul des forêts sénégalaises qui ont perdu 50.000 hectares de leur superficie en 2000, selon les estimations de la Direction nationale des eaux et forêts.
"Le rythme du recul de nos forêts a fortement diminué. Ce recul qui était de 80.000 hectares, en 1982, est maintenant de 50.000 hectares. Cela montre les efforts considérables que le pays a menés avec l'aide de ses partenaires pour freiner la désertification qui semblait irréversible", se réjouit Demba Bâ, directeur des Parcs nationaux du Sénégal.
En plus de la sécheresse, la dégradation des forêts sénégalaises s'explique par une surexploitation de leurs ressources. Chaque année, les exploitants forestiers prélèvent entre 60.000 tonnes et 100.000 tonnes de bois pour en faire du charbon, du bois de chauffe et des oeuvres d'art.
A cela s'ajoute la forte pression démographique qui a poussé des agriculteurs à investir des zones forestières, se livrant à un déboisement massif afin de les transformer en terre de cultures. Le Sénégal est divisé en six zones éco-géographiques : la Vallée du fleuve Sénégal (nord), le Ferlo (zone semi-désertique, au centre-nord), le Bassin arachidier (centre), les Niayes (la façade atlantique comprise entre Dakar et Saint-Louis, la Casamance (sud) et le Sénégal oriental (est) qui abrite le parc forestier et animalier du Niokolo-Koba.

