LAGOS, 6 août (IPS) – La mort de deux enfants, à qui on a administré un stimulant cardiaque, après des opérations du cœur réussies dans la ville d'Enugu, dans l'est du Nigeria, a mis à nu les dangers que constituent les médicaments contrefaits et abîmés pour des patients.
L'Agence nationale nigériane pour l'administration et le contrôle de l'alimentation et des médicaments (NAFDAC), qui se bat contre les commerçants corrompus, a détruit des montagnes de médicaments non conformes aux normes d'une valeur de 5,5 milliards de naira (55 millions de dollars US) depuis 2001.
"Je suis attristée par la perte (des deux enfants) parce que la NAFDAC a travaillé très dur pour débarrasser le pays des médicaments contrefaits. En fait, je ne suis pas remise du choc de leur mort", affirme Dora Akunyili, chef de la NAFDAC.
Des sources dans l'industrie pharmaceutique du Nigeria estiment que 50 pour cent des médicaments en circulation dans le pays sont, soit contrefaits, soit abîmés. La plupart des médicaments sont importés d'Inde, de Chine, du Pakistan et d'Indonésie.
Le ministre d'Etat indien du Commerce et de l'Industrie, Shri Rajiv Pratap Rudy, a visité le Nigeria en juin et a promis d'aider ce pays ouest-africain à se débarrasser des médicaments de qualité médiocre pour éviter des pertes de vies inutiles.
Akunyili accuse la direction de l'hôpital de la mort des deux enfants. "Si les autorités médicales s'étaient conformées à mes directives demandant d'acheter les médicaments directement auprès des fabricants ou des représentants de fabricants agréés, l'incident aurait dû être évité", a-t-elle dit sur une télévision locale.
Des investigations révèlent que les médicaments – infusion d'adrénaline et décontractant musculaire – étaient des contrefaçons.
Ils étaient destinés à faire réactiver les cœurs des enfants après le retrait de l'équipement respiratoire artificiel. Les médicaments ont été achetés auprès de la pharmacie du Centre hospitalier universitaire à Enugu, ce qui a choqué aussi bien l'équipe de chirurgiens que la direction de l'hôpital.
Les chirurgiens, constitués de 21 expatriés et de dix médecins locaux, venaient juste d'opérer six autres enfants nigérians avec succès. Dans le monde entier, ils ont traité plus de 1.500 enfants.
Les deux enfants étaient bénéficiaires de la Fondation cardiaque Kanu. Ils font partie des 30 enfants qui ont été choisis au Nigeria pour être opérés gratuitement du cœur.
Kanu, un joueur nigérian de football, avait subi une opération cardiaque aux Etats-Unis en 1996. Depuis lors, il est retourné au football actif.
Kanu, qui exerce son métier en Grande-Bretagne, a créé la fondation pour aider les gens qui n'ont pas les moyens de se faire opérer à l'étranger.
Depuis lors, la NAFDAC, qui essaie de faire respecter la norme des médicaments au Nigeria, a fermé 17 pharmacies à Enugu.
Le tristement célèbre marché de Onitsha, dans l'Etat voisin d'Anambra, a été également fermé, en attendant de passager au crible à la NAFDAC. Le marché Onitsha a été décrit comme le principal centre de concentration des médicaments contrefaits et abîmés au Nigeria. Depuis la nomination de Akunyili en 1999, la NAFDAC a détruit des médicaments non conformes normes dans de grandes villes dont Lagos, Aba, Onitsha, Abuja et Kano.
Selon Celestine Nwomuku, porte-parole de la NAFDAC, des enquêtes montrent que la plupart des pharmacies à Enugu achetaient des médicaments auprès des sources non enregistrées, sans facture proforma ni reçus adéquats, contrairement aux directives de l'agence. "La plupart des médicaments stockés dans ces pharmacies étaient obtenus sur le marché libre, et à partir d'adresses introuvables avec des factures proforma non fiables et irrégulières", a-t-il indiqué dans une déclaration.
Anthony Mba, administrateur médical principal à Enugu, affirme qu'ils vont "enquêter à fond sur la manière dont les médicaments de qualité médiocre arrivent dans la pharmacie de l'hôpital et savoir la firme qui les fournit".
Le président Olusegun Obasanjo a juré de faire fermer les sociétés des marchands qui fournissent des médicaments contrefaits. Aucun pays, a-t-il affirmé, ne pourrait atteindre un quelconque degré de développement ou réussir à réduire la pauvreté sans une bonne santé.
Le gouvernement a interdit l'importation des médicaments et des matières premières pharmaceutiques par des frontières terrestres. Les importateurs n'utiliseront maintenant que des aéroports et des ports désignés comme points d'entrée pour les médicaments. Conformément à la nouvelle loi, ils doivent également présenter un manifeste de transport – délivré par toutes les compagnies aériennes – à la NAFDAC avant l'arrivée des médicaments importés.
Akunyili a juré de débarrasser le Nigeria des médicaments contrefaits d'ici à 2004.
Mais des analystes croient que seules des mesures draconiennes peuvent restaurer l'ordre dans l'industrie.
"Les gens qui vendent des médicaments contrefaits devraient être jugés pour meurtre et condamnés à la pendaison. Je crois que c'est la meilleure façon d'arrêter la menace des marchands de médicaments contrefaits qui ont tué des milliers de personnes par leur cupidité", estime Segun Aribike, un commentateur social à Lagos.

