MBABANE, 5 août (IPS) – L'ancien président sud-africain Nelson Mandela conduira un contingent mondial de chefs d'Etat anciens et actuels au Sommet britannique du Commonwealth pour le partenariat 'SMART', ou Global 2003, qui se déroulera au Swaziland le 13 août. Mais des détracteurs de telles rencontres extravagantes et coûteuses se demandent : A quelle fin ? De tous les sommets annuels, grands ou petits, consacrés aux questions économiques, environnementales, techniques ou de développement, le concept de Global 2003 est difficile à saisir pour certaines personnes.
Seuls 10 pour cent de Swazis connaissent son but. Ils sont mieux informés à travers la presse locale sur les dépenses scandaleuses qui sont attachées à l'événement.
"Je ne sais pas de quoi il s'agit", a affirmé un vendeur ambulant à Mbabane, la capitale du Swaziland.
"Le lieu où doit se dérouler le sommet est sur notre immeuble, mais nous ne savons rien de ce qu'ils font", a indiqué une femme d'affaires.
En fait, le Sommet du partenariat 'SMART' a rapport aux voies et moyens de mettre en contact les secteurs public et privé, le gouvernement et les entreprises, pour le développement national, notamment dans les nations les plus pauvres. Près de 20 chefs d'Etat ont confirmé leur participation. La plupart, comme Mandela, viennent d'Afrique.
"On leur servira un dîner bien arrosé comme si c'était le sommet du G-8 (la rencontre annuelle des chefs de gouvernement des huit nations les plus industrialisées du monde). Personne ne sait combien cela va coûter. Et cela se déroule dans un pays où deux-tiers des habitants vivent dans la pauvreté chronique sans aucune issue", a souligné à IPS Sipho Dube, un activiste politique.
Selon Dube, alors que les dignitaires et l'élite commerciale prennent du plaisir dans des maisons de luxe spécialement construites, les Swazis pauvres, souffrant actuellement à cause de leur troisième année de sécheresse et leur dixième année de croissance économique en déclin, ne tireront aucun avantage.
"Ceci est une autre parlotte et une partie de cocktail, et les pauvres paient pour cela", a-t-il ajouté.
Le Commonwealth et le gouvernement du Swaziland, les principaux sponsors de l'événement, ont une opinion différente.
"C'est seulement en se rencontrant et en discutant des questions qu'on peut trouver une voie de sortie de la pauvreté et qu'on peut aller vers un développement durable", indique la littérature publicitaire.
Dépenser avec excès tend à être associé aux sommets, et la question semble d'autant plus troublante lorsque de tels événements sont organisés dans des pays africains pauvres ayant des besoins financiers pressants. Pour payer les dépenses du Sommet Global 2003, le gouvernement a détourné des fonds de projets de développement et d'amélioration de l'infrastructure.
Initialement exalté par l'opportunité de montrer en vitrine le Swaziland sous le règne du roi Mswati III, le gouvernement est maintenant confronté à une kyrielle de problèmes. Des partis politiques interdits voient l'événement comme un moyen d'exposer leur propre programme. Ils vont essayer de récupérer le sommet pour manifester contre les violations des droits.
Les enseignants et les syndicats vont également organiser des marches de protestation pour mettre en exergue les lois fiscales peu équitables et l'absence de libertés politiques.
Même le leadership traditionnel favorable à Mswati envisage d'organiser une marche de protestation pour embarrasser le roi sur une promesse non tenue relative à l'octroi de gratifications.
'Le Times' du Swaziland a montré en détail la saga d'une tente de 15 millions de dollars US, achetée en Malaisie pour abriter certains événements du sommet. Le coût dépasse ce que le gouvernement consacre annuellement au développement agricole, dans un pays où un cinquième de la population est sans nourriture. 'Le Times' a découvert que la grande tente était usagée, et a publié des photos d'unités de climatisation corrodées, de piquets rouillés et de planches pourries.
"Après l'incident de la tente, notre pays sera assuré d'être sur la liste des premières économies les plus mal gérées au monde, juste sous le Zimbabwe (déchiré par des dissensions), a affirmé le rédacteur du 'Times', Martin Dlamini.
Par rapport aux protestations prévues lors de l'événement, Dlamini a déclaré : "A un moment où le pays devrait montrer un esprit d'engagement, œuvrant en vue d'un objectif commun, il semblerait que nous fassions grand étalage de notre désunion devant le monde".
Le procureur général Phesheya Dlaminia a menacé de démissionner si une enquête n'est pas ouverte pour faire la lumière sur les fonds du sommet. Mais le gouvernement a dit que le scandale était dû à de faux documents qui, selon lui, ont été "volés" par des journalistes. David Lukhele, du ministère de la Justice, a annoncé une nouvelle loi sévère pour traîner des journalistes devant la Haute Cour afin de révéler les sources de leurs articles. Au cas où il ne s'y conformerait pas, un journaliste ou un directeur de publication se verrait frappé d'une amende de E25.000 (3.125 dollars US), environ le double du salaire annuel d'un journaliste.
Les sommets en règle générale semblent attirer des critiques pour l'argent dépensé pour leur organisation. Le transport, l'hébergement et la réception des délégués reviennent cher. Cela en vaut-il la peine? Au siège de la Commission économique pour l'Afrique (CEA) à Addis Abeba, en Ethiopie, les conférences et les sommets sont des événements mensuels.
"Nul doute que le travail sera fait. Généralement, des responsables et des experts techniques de bas niveau travaillent dur pendant plusieurs sessions sur un problème spécifique, et lorsqu'un traité, une politique ou un programme est finalisé, les chefs de gouvernement se réunissent pour la ratification", a indiqué Arlindo Gama, un consultant mozambicain chargé de l'information et des communications, qui travaille sur une politique africaine de développement de l'information et des communications pour la CEA.
"Les sommets permettent aux nations de coordonner leurs efforts de développement. Il n'y a aucun substitut, même dans le monde actuel de communication électronique, à une rencontre face-à-face pour partager les idées", a indiqué un diplomate à IPS, au récent sommet de l'Union africaine à Maputo, au Mozambique.
L'argument en faveur du sommet met en relief le succès des initiatives environnementales comme celles contrôlant les émissions de gaz à effet de serre, l'utilisation de l'océan et de la biodiversité en tant qu'idées qui ont été transformées en politique à travers des sommets.
"Toutes les rencontres de politiciens de haut niveau suscitent des protestations, et elles sont des aimants pour des critiques", a affirmé un responsable swazi impliqué dans le sommet Global 2003. "On doit s'y attendre. Au bout du compte, le succès d'un sommet doit se mesurer à ses résultats".

