POLITIQUE-LIBERIA: L'appel des femmes à la paix

WINNIPEG, Canada, 4 août (IPS) – Des femmes au Liberia, lasses de porter le poids de la guerre, ont lancé un appel à la paix dans ce pays ouest-africain déchiré par la guerre.

Les femmes, aussi bien chrétiennes que musulmanes, se sont retrouvées sous les auspices du Réseau des femmes dans l'édification de la paix au Liberia (WIPNET) pour exiger un cessez-le-feu inconditionnel de la part des forces belligérantes.

"Nous sommes fatiguées de la guerre, des femmes et des enfants souffrent et la situation commence par échapper à tout contrôle", a indiqué Comfort Freeman, membre fondatrice de WIPNET, à IPS, à la 10ème assemblée de la Fédération luthérienne mondiale (LWF), qui s'est déroulée à Winnipeg, au Canada.

Au moment où Freeman arrivait à la conférence de dix jours, qui a commencé le 21 juillet, elle a appelé le pays seulement pour apprendre que sa famille avait été déplacée par les combats en cours qui ont atteint Monrovia, la capitale du pays, il y a deux mois.

Mais elle se contient et est déterminée à trouver des solutions pacifiques au problème de son pays.

En avril, le WIPNET a lancé une manifestation de paix à Monrovia, et plus de 5.000 femmes se rassemblaient et scandaient des slogans anti-guerre.

"Nous avons rédigé notre déclaration que nous avons présentée à la CEDEAO (la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest, forte de 15 membres), au gouvernement et à l'ambassadeur des Etats-Unis à Monrovia", a-t-elle affirmé. "C'était une façon de dire au monde que nous en avions assez de l'effusion de sang".

"Nous nous asseyions en plein air au centre de Monrovia tous les jours de 8 heures à 17 heures sous le soleil ou la pluie, sans parler à personne.

Sans manger ou boire, brandissant juste des pancartes sur lesquelles étaient écrits des messages de paix, comme une protestation silencieuse contre ce qui se passe dans notre pays", a-t-elle expliqué.

Freeman a indiqué qu'elles avaient également présenté une pétition au mouvement rebelle, les 'Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie' (LURD). Dans la déclaration, elles ont exigé un cessez-le-feu inconditionnel et un dialogue entre le gouvernement et les forces rebelles.

Elle a ajouté qu'elles cherchaient à être représentées dans les négociations de paix en cours sur le Liberia, qui se déroulent à Accra, au Ghana, sous les auspices de la CEDEAO. "Nous luttons dur pour qu'on nous accorde un siège et que nos voix soient entendues aux au cours des pourparlers", a-t-elle souligné.

Freeman, qui est également la responsable des femmes de l'église luthérienne dans cet Etat ouest-africain troublé, a décrié l'absence de dignité humaine provoquée par le conflit, qui a conduit plus de 1.000 personnes à se réfugier dans l'église.

Elle a briefé les 820 participants à Winnipeg sur l'absence de liberté de mouvement et la catastrophe humanitaire généralisée au Liberia.

Elle a lancé un appel à la communauté internationale pour qu'elle écoute la voix des Libériens. "Nous crions depuis si longtemps et la situation au Liberia est passée inaperçue pour le monde. Maintenant, il est temps pour la communauté internationale de venir de toute urgence à notre secours", a dit Freeman.

La conférence a demandé aux Nations Unies d'envoyer une force de stabilisation au Liberia pour protéger les civils.

"Nous exhortons le Conseil de sécurité des Nations Unies à mandater immédiatement le déploiement d'une force multilatérale de stabilisation pour séparer les parties en guerre, protéger les civils, désarmer et démobiliser toutes les forces armées", a indiqué la LWF dans une déclaration.

Le secrétaire général de la LWF, Ishmael Noko, a rencontré le président du pays assiégé, Charles Taylor, pour exprimer clairement la position des femmes sur la paix et le dialogue. "Je l'ai rencontré deux fois l'année dernière à l'intérieur et à l'extérieur du pays, pour l'amener à ouvrir le dialogue avec les rebelles, ce qu'il a accepté", a affirmé Noko.

Il a regretté que les combats aient paralysé le Liberia. "Si le président avait suivi notre accord, ce qui se passe maintenant aurait largement pu être évité", a-t-il dit.

Noko a également établi un contact avec les factions rebelles, mais il affirme que pas grand-chose n'en est sorti.

Freeman souligne que les Libériens espèrent l'arrivée des forces de maintien de paix, mandatées par le président George W. Bush le 25 juillet pour mettre le cap sur la nation ravagée par la guerre et aider à restaurer la paix et la stabilité.

"Nous accueillons favorablement l'intervention de Bush sur l'envoi de ses hommes, mais au moment où ils arriveront, beaucoup d'autres Libériens seront déjà morts", a-t-elle ajouté.

Plus de 600 personnes sont mortes depuis que les rebelles, cherchant à renverser Taylor, ont marché sur Monrovia le mois dernier.

Les troupes américaines doivent aider un contingent de 3.000 soldats de la CEDEAO, attendus initialement le 30 juillet. Mais, seule une équipe avancée de moins de dix hommes est arrivée à Monrovia mercredi en mission d'inspection. Elle devrait y rester jusqu'à samedi. Le premier contingent de la force de la CEDEAO – composé de 750 soldats nigérians – est finalement arrivé à Monrovia ce lundi, 4 août. Le Liberia, fondé par des esclaves affranchis venant des Etats-Unis en 1920, est entré dans une spirale de conflits depuis plus d'une décennie.

La guerre a fait plus de 200.000 morts et déplacé 1,5 million de personnes.