BAMAKO, 4 août (IPS) – Il faut "redonner à Bamako sa robe verte, tout en faisant du Mali, pays sahélien, un espace vert", déclarait récemment le ministre malien de l'Environnement, Nancouma Kéita, au cours du lancement d'une campagne nationale de reboisement.
L'objectif de la campagne est de créer des ceintures vertes de protection autour des villes en reboisant une superficie de plus de 1.550 hectares.
C'est au son des cris des enfants "Ceux qui détruisent nos forêts, hypothèquent notre avenir"; "Bamako se meurt parce qu'il n'y a plus de poumons verts", que le chef de l'Etat malien, Amadou Toumani Touré, a procédé, en juillet dernier, au lancement de cette campagne de reboisement.
Pour l'événement, le président Toumani Touré a planté un jeune pied de baobab. Pourquoi un baobab? Selon les techniciens, c'est parce que le baobab est une "espèce africaine" locale qui ne demande pas assez d'eau.
Mieux, le baobab n'a pas besoin d'entretien pour se développer. Il représente aussi beaucoup de symboles au Mali. Enfin, le baobab fournit à la fois des ressources médicinales et de la nourriture aux populations.
La campagne de reboisement va durer un mois, au cours de laquelle, la superficie prévue sera reboisée par les populations à travers des associations, des groupements d'intérêts économiques (GIE), des organisations non-gouvernementales (ONG) et les services techniques de la Direction nationale de la conservation de la nature. "Pour les besoins de la cause, déjà 700.000 plants sont disponibles", selon le ministre de l'Environnement. Il a insisté sur la réhabilitation du couvert végétal qui a longtemps souffert du fait des populations et des touristes. "Bamako se meurt à cause de l'incivisme des populations", a déploré Kéita.
La campagne est menée par la société civile, notamment les associations, les ONG, les groupements de femmes et de jeunes, ainsi que l'armée nationale. Ainsi, 28 ONG, GIE et associations de femmes sont chargés de planter 2.000 pousses sur chaque espace de dix hectares. Pour la secrétaire exécutive de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (CAFO), Oumou Traoré Touré, "les femmes s'engagent parce qu'elles sont à la fois victimes et responsables de la dégradation de l'environnement". Elle ajoute que "nous nous engageons pour la sauvegarde de l'environnement parce que nos vies en dépendent…" Les jeunes, à travers le Plan d'accompagnement et de généralisation à l'éducation environnementale au Mali (PAGEEM), entendent eux-aussi "servir le pays à travers une action citoyenne en reboisant", déclare le coordinateur, Mamadou Coulibaly. Assistés d'un technicien, les jeunes vont s'occuper du reboisement et de l'entretien des arbres des différents ministères. Selon Coulibaly, ils veulent partager l'adage qui dit : "Celui qui a planté un arbre dans sa vie n'a pas vécu inutile".
Durant cette campagne, le ministère de l'Environnement, en partenariat avec les Forces armées maliennes, entend faire reverdir les grandes avenues du district de Bamako, la capitale malienne, et des grandes villes des régions du pays. La campagne vise également à sensibiliser les élus communaux et les populations sur le rôle des espaces verts. Par rapport à l'engagement des élus communaux, le maire de la commune VI de Bamako, Dieudonné Zallé, a eu une idée originale en rendant obligatoire, pour les futurs époux, la plantation d'arbres avant la célébration de leur mariage civil. "L'importance de l'arbre n'est plus à démontrer. Pour accentuer le reboisement, nous avons institué, au niveau du Conseil communal, une pratique obligeant ceux qui voudront se marier à planter d'abord deux arbres avant le mariage, et deux autres à la déclaration de la première naissance. Cette mesure a pour but de rappeler aux habitants de la commune toute l'importance du reboisement", a expliqué Zallé à IPS.
L'association pour la défense de l'environnement "Agir" a entrepris, elle aussi, un volet reboisement "Pour un Mali vert". "Notre pays est basé sur un système agroalimentaire. L'agriculture et l'élevage ne vont jamais sans humidité, et l'arbre est l'une des sources d'humidité, c'est pourquoi nous exhortons tous les Maliens à planter des arbres", a déclaré la présidente de "Agir", Aminata Kéita Maïga.
"Une chose est de planter un arbre, une autre est de l'entretenir", a martelé un vieux notable, interpellant dans une plaisanterie le président Toumani Touré. "Ton arbre ne doit pas mourir", ajoute-t-il, s'adressant au chef de l'Etat.
Le ministre de l'Environnement a assuré que des moyens ont été dégagés pour l'entretien des arbres. "Ces moyens seront confiés, soit à un GIE, soit à un groupe de femmes ou de jeunes. Ces personnes seront responsabilisées par rapport aux espaces aménagés", a souligné Kéita. Il a promis qu'à l'évaluation du projet en mai 2004, les blocs les mieux entretenus feront l'objet de décorations avec des primes.
Pour le président Toumani Touré, cette campagne ne doit pas être un slogan.
"J'engage le gouvernement à faire en sorte que ce projet aboutisse", a-t-il dit, lançant également un appel : "Pour la réussite de l'opération, plantons tous un arbre pour assurer l'avenir et la survie de nos enfants". Le Mali est l'un des plus vastes pays d'Afrique, avec une superficie de 1,240 million kilomètres carrés dont une importante partie est désertique dans le nord.

