POLITIQUE-SOUDAN: L'église demande aux médiateurs d'assurer une paix durable

NAIROBI, 30 juil (IPS) – L'église a appelé les médiateurs pour les négociations de paix au Soudan à ne pas abandonner le processus, même après que l'accord final aurait été signé en août ou plus tard cette année.

Des négociations entre le gouvernement du Soudan et les rebelles de l'Armée de libération populaire du Soudan (SPLA) reprendront au Kenya le 10 août..

Les dirigeants de l'église au Soudan disent qu'ils veulent que l'Autorité inter-gouvernementale pour le développement (IGAD) évite les erreurs commises après la première guerre civile qui avait pris fin en 1972. Cette paix était de courte durée parce que les médiateurs avaient abandonné le processus en le laissant aux parties en guerre pour le conduire seules, affirment-ils. L'IGAD comprend le Kenya, l'Ouganda, la Somalie, Djibouti, l'Ethiopie, l'Erythrée et le Soudan.

L'accord, négocié par la Conférence de toutes les églises d'Afrique et le Concile mondial des églises, a duré de 1972 à 1983, la seule période de tranquillité que le Soudan ait vécue depuis que la première guerre civile avait éclaté en 1955.

Le conflit actuel a éclaté en mai 1983.

"Nous ne voulons pas un accord de paix à court-terme. Nous avons faim d'une paix durable et nous plaidons auprès des médiateurs pour qu'ils n'abandonnent pas le processus en cas d'accord final", indique Emmanuel Lowila, chargé de programme du Nouveau concile des églises du Soudan.

L'église, dit-il, construit des structures pour promouvoir le processus de paix. Elle sensibilise également la population sur ce qui sera convenu dans l'accord de paix proposé.

"Chaque fois qu'il y a une déclaration de l'IGAD, nous la prenons et y réfléchissons avec les populations et nous adressons nos observations au médiateur", affirme l'évêque catholique Paride Taban de Torit, dans le Sud-Soudan. L'église a un envoyé spécial aux négociations pour transmettre un sentiment plus large de la société civile.

"Nous sommes la conscience des populations, nous souffrons avec elles et nous nous réjouissons avec elles, aussi bien dans les camps de réfugiés qu'à la maison", fait remarquer l'évêque Taban.

"Depuis mai, nous voyageons de village en village, de paroisse en paroisse et de district en district pour sensibiliser les gens sur la paix", dit-il.

L'église du Soudan est également membre de l'Initiative de paix des dirigeants religieux acholi qui militent pour la paix dans le nord de l'Ouganda ravagé par le guerre. "Nous sommes impliqués parce que le conflit dans cette région nous affecte", indique Taban, faisant allusion au combat entre l'armée ougandaise et l'Armée de résistance du Seigneur (LRA).

"L'église a bien fait entendre sa voix et cela publiquement, et par ses efforts, l'accord de paix pourrait justement être une réalité", déclare Harold Miller, envoyé au Soudan du Comité central mennonite, une organisation chrétienne de secours au Canada.

Il est confiant que le processus actuel se terminera par une paix durable pour le Soudan qui a connu la plus longue et ruineuse guerre civile en Afrique. "La présence de l'ONU, de l'UA (Union africaine) et d'autres organismes comme observateurs, a consolidé les pourparlers de paix actuels..

Il y a une structure définie et un renforcement, contrairement à l'accord de 1972. Avec ce soutien, l'accord de paix attendu aura des dents et durera beaucoup plus longtemps", dit-il.

Setri Nyomi, secrétaire général de l'Alliance mondiale des églises réformées, estime que celles-ci espèrent également une paix durable au Soudan.

"Nous sommes impliqués dans des projets de paix, par le canal de l'église presbytérienne sur place et nous espérons tous une nation paisible", a-t-il dit à IPS depuis le Canada où il assistait à la dixième Assemblée de la fédération mondiale luthérienne.

Les négociations de paix actuelles ont commencé en juin l'année dernière à Machakos, à 65 km au sud-est de la capitale du Kenya, Nairobi. Les négociations ont conduit au protocole de Machakos signé entre le gouvernement du Soudan et la SPLA le 20 juillet 2002.

Le protocole vise à mettre fin à la guerre qui a tué plus de deux millions de personnes et déplacé plus de quatre millions à l'intérieur des frontières du Soudan, détruisant le tissu physique et moral de la société du Sud-Soudan.

Il concerne également le droit à l'autodétermination des Soudanais du sud ainsi que la séparation de la religion et de l'Etat qui était le point d'achoppement entre le sud et le nord.

Les parties en guerre sont tombées d'accord sur le droit à l'autodétermination pour le sud qui sera exercé à travers un référendum suivi par la communauté internationale après une période de transition de six ans.

Aux termes du protocole, la charia (loi islamique) sera uniquement appliquée dans les Etats du nord qui sont musulmans pendant que la région du sud, qui est majoritairement chrétienne, aura une législation laïque. Le sixième round de négociations a fini en queue de poisson après que le gouvernement a accusé l'IGAD de se pencher du côté du mouvement rebelle.

La Norvège, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Italie, qui observent les négociations, exercent une pression sur le gouvernement du Soudan pour qu'il retourne à la table de négociation.

Les pourparlers devraient reprendre le 10 août.