MAPUTO, 29 juil (IPS) – Des efforts d'interdiction de la drogue par les programmes coordonnés des forces de police de la région ont donné des résultats mitigés à l'encontre des fermiers petits propriétaires terriens qui trouvent que la culture de la marijuana rapporte de loin leur récolte la plus lucrative au comptant.
"Chacun des 14 Etats membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) a participé aux efforts de démantèlement de la drogue, aussi bien par la collecte de renseignements que par le personnel mis à disposition par leurs forces de police nationale", indique l'inspecteur Vusie Masuku de la police du Swaziland.
Une esquisse des routes de la drogue à travers le sud du continent africain montre que la marijuana, ou dagga comme elle est appelée sur place, est cultivée dans l'est de l'Afrique du Sud, dans le sud du Mozambique et dans les zones montagneuses du Swaziland. La récolte est emmenée à Johannesburg pour son transbordement vers l'Europe.
"La plupart des gens de la région n'achètent pas la marijuana parce qu'ils la plantent eux-mêmes quand ils en ont besoin en dépit de l'illégalité", a dit David Pritchard, président du Conseil contre l'abus de la drogue et de l'alcool, à IPS. "L'intérêt des fermiers est l'export et leurs opérations, telles que l'achat d'insecticides et d'équipements d'irrigation, sont financées par les seigneurs sud-africains de la drogue qui achètent leurs récoltes.
Un parcours inverse de l'Afrique du Sud vers les pays voisins, est suivi par les drogues traitées ou manufacturées telles que mandrax et ecstasy.
Ces dernières sont soit produites en Afrique du Sud soit ramenées frauduleusement de l'Europe pour satisfaire les demandes en drogue des consommateurs sud-africains. Les envois vont alors aussi loin au nord qu'en Zambie, une nation qui importe elle-même ses drogues, selon Interpol.
Des sources de la police indiquent que le Nigeria a une industrie de trafic de drogue sophistiquée ayant un réseau mondial qui parvient en Afrique australe.
Depuis 2000, les officiers de la police du Nigeria disent avoir intercepté et détruit 300 kilogrammes de cocaïne et d'héroïne. Ils ont détruit également 3.000 hectares de plantations de cannabis, persécuté et emprisonné plus de 2.000 personnes. "Peut-être que le seul 'avantage' de la pauvreté endémique de la région est que les jeunes gens n'ont pas de revenu disponible pour acheter les drogues", estime Pritchard.
Plus de 350 millions de personnes, soit plus de 50 pour cent de la population africaine, vivent en dessous du seuil de pauvreté avec un dollar US par jour, selon la Banque mondiale.
Mais une population de jeunes de la classe moyenne cherche à imiter l'usage de la drogue de loisir des clubs de danse de leurs homologues des pays développés, tout juste comme ils imitent les tendances de musique et de mode.
L'année dernière, les efforts d'interdiction de la police ont éradiqué 50 pour cent de la récolte de marijuana du Swaziland, selon l'inspecteur Masuku. "Ceci doit avoir eu un effet dans les rues de Johannesburg où le dagga des montagnes du Swaziland est appelé 'l'or swazi'," dit Pritchard. La marijuana du Swaziland, appréciée pour son efficacité, est valorisée aux Pays-Bas où elle a été expédiée sous forme de boules via l'Afrique du Sud.
La semaine dernière au Swaziland, deux dealers de drogue ont été tués au cours d'une dispute entre trafiquants de marijuana. Une telle violence est rare dans le pays et pourrait indiquer une tension parmi les trafiquants lorsque les affaires de drogue illégale connaissent une expansion ou une récession.
La réduction des expéditions de marijuana du Swaziland l'année dernière est due aux missions de recherche étendue et de destruction menées conjointement par la police de l'Afrique du Sud, où la drogue est destinée, et la police swazi. Un nouveau système de route, à travers la région montagneuse de Hhohho dans le nord, a conduit aux zones où les fermes cultivant des plantes illicites étaient auparavant inaccessibles.
"En conclusion, les missions de recherche et de destruction étaient seulement en partie responsables de la baisse des expéditions de marijuana..
Il semble que les forces du marché aient aussi une grande influence sur le business du dagga", a indiqué une source de la police à IPS.
Depuis des années, la culture et l'exportation de la marijuana ont été les mêmes, que la récolte provienne du Mozambique ou de la province de Mpumalanga d'Afrique du Sud. Les moissons de dagga des fermiers sont fourrées ensemble et comprimées en boules, la taille des briques, pour un transport plus facile. "Chaque cultivateur de marijuana avait une machine à comprimer à domicile.
Celle-ci pourrait être notre indication qu'une cachette de dagga serait quelque part", dit la source de la police.
Mais les acheteurs européens ne veulent plus de la marijuana dans son état original, envahie d'herbes, qui peut être enroulée sous forme de cigarettes pour fumer. La demande maintenant est plutôt favorable au "chocolat", une épaisse résine brune qui est distillée à partir de la plante.
Les machines d'extraction nécessaires pour produire le "chocolat" ne sont pas d'habitude disponibles chez les pauvres paysans fermiers et ne sont pas fournies par les seigneurs de la drogue qui financent leurs opérations.
Conséquence : des cachettes de marijuana invendue ont été retrouvées par la police régionale en quantités record. Elles sont ordinairement brûlées, avec des échantillons conservées comme preuve dans les procès au tribunal.
"La demande pour la résine la marijuana semble attirer les clients, mais elle aide également les seigneurs de la drogue qui n'ont pas de souci à se faire pour expédier des quantités énormes de marijuana en vrac", affirme la source de la police.
Cependant, le besoin de cultiver de la marijuana pour produire le "chocolat" demeure.
Plusieurs petits cultivateurs propriétaires de terre soutiennent qu'il était de leur droit de cultiver de la marijuana parce que la plante se fumait depuis des siècles chez eux. L'argument "culturel" n'influence pas les agents de l'ordre, qui ne voient pas de raison de jouer avec des lois sur la drogue datant de la période coloniale.
"Tous les pays de la SADC ont signé des protocoles anti-drogues et cela les oblige à stopper le trafic de drogue dans leurs nations, et à coopérer avec les efforts régionaux pour faire de même", souligne dit l'inspecteur Masuku.
Des efforts pour convaincre les cultivateurs de planter du chanvre indien, une espèce de marijuana utilisée dans la confection des fibres de corde et de tissus, font espérer le développement d'une industrie qui peut effectivement transformer la matière brut en produits vendables.
Les ministères de l'Agriculture incitent les cultivateurs de marijuana à planter des cultures légales qui puissent être exportées pour de l'argent comptant, telles que des légumes. Mais aussi longtemps que la marijuana peut être cultivée pour plus de profit, les fermiers du district de Hhohho au Swaziland – estimés à 70 pour cent -, qui cultivent la drogue, disent qu'ils ne sont pas du tout pressés de changer de cultures.
Le problème ne se limite pas à l'Afrique. Une population estimée à 200 millions de personnes à travers le monde utilisent des drogues illicites, ce qui revient à 4,7 pour cent de la population mondiale âgée de plus de 14 ans, selon l'Office des Nations Unies en charge des drogues et du crime.

