BLANTYRE, 28 juil (IPS) – La colère gronde sans cesse entre le Malawi et la Zambie à travers des accusations réciproques d'empiètement de territoire et de braconnage le long de la frontière commune entre les deux pays à cause du manque de terre.
Au centre de la controverse, se trouvent des andains de terres arables fertiles le long des districts de Chama et Chipata sur la frontière orientale de la Zambie, et des districts du Kasungu et Mchinji produisant du tabac sur la frontière centrale du Malawi.
Du fait du manque de meilleures terres arables, les résidents des deux côtés, y compris certaines entreprises, empiètent sur le territoire pour planter du tabac et pour chasser des espèces menacées pour des parties lucratives.
Le mois dernier, la Zambie était la première à siffler lorsque l'administrateur de la région de Chama, Boniface Nkhata, a accusé la firme de tabac, la General Farming Limited, d'empiéter sur 131 hectares du territoire à Kalovya et d'abattre des arbres pour le traitement de la feuille de tabac.
Le tabac constitue la plus grande rentrée de devises étrangères du Malawi comptant pour près des deux-tiers de ses revenus d'exportation.
Contre-attaquant, le vice-ministre du Malawi des Parcs, de la Faune et du Tourisme, Fidson Chisesele, déclare que la faune dans le parc national de Kasungu, la plus grande enclave du pays pour le grand jeu à cinq – lion, éléphant, buffle, hippopotame et zèbre – se vide à cause du braconnage des Zambiens.
"La variété de la faune dans le parc national de Kasungu s'est détériorée à cause du braconnage de nos voisins avec la complicité des Malawites. La situation prive le Malawi d'opportunités de croissance économique, d'emploi et de tourisme potentiel", a indiqué Chisesele il y a plus d'une semaine.
Silus Galule, un membre du parlement pour cette région, dit que les Zambiens ont vandalisé la clôture électrique et braconnent les éléphants pour leur ivoire.
Il affirme que le commerce informel d'ivoire trans-frontalier entre le Malawi et la Zambie est en augmentation, en plus du regain du braconnage et de l'empiètement du territoire le long de la ligne de frontière des deux voisins.
Les activistes de la faune disent qu'ils sont préoccupés par le fait que les réserves d'éléphants – au nombre d'environ 2000 – risquent de baisser encore à cause du braconnage.
Mike Bamford, de la Société de la faune du Malawi, dit que les rapports du commerce de l'ivoire impliquant le Malawi et la Zambie, qui circulent en Europe depuis la fin de l'année dernière, donnaient une mauvaise image des deux pays dans les cercles de conservation mondiale. Aussi bien le Malawi que la Zambie sont signataires de l'interdiction de 1989 du braconnage et du commerce aux termes de l'accord de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES).
"Les éléphants, à la fois de la Zambie et du Malawi, tombent sous le coup de l'Appendix 4, qui n'est pas autorisé pour le commerce selon l'accord de la CITES", a indiqué Bamford.
Plus d'un million de gens manquent de terre arable et six autres millions partagent moins d'un hectare à cinq, selon le sondage du questionnaire d'un Groupe d'indicateurs de bien-être au Malawi en 2002 publié par l'Office national des statistiques de ce pays dans la capitale, Lilongwe, il y a plus d'une semaine.
Le sondage informe que 46 pour cent des personnes sans terre vivent dans les centres urbains pendant que sept pour cent des ménages ayant moins d'un hectare sont dans les zones rurales.
"Comme le Malawi a une population majoritairement rurale, la possession d'une terre de culture par des ménages pourrait expliquer en partie pourquoi des ménages pauvres sans source de revenu fiable ou sans terre n'ont pas souvent la sécurité alimentaire", indique le rapport.
Les officiels de l'agriculture ont averti que les pénuries de terre pourraient empirer à cause du boom de la population suite aux mariages précoces et à l'urbanisation.
Le dernier recensement de la population, effectué en 1998, avait établi que la population du Malawi était de 10 millions d'habitants, mais des officiels prévoient qu'elle atteindrait 13 millions en 2008 au prochain recensement.
L'année dernière, le gouvernement a lancé une réforme agraire controversée qui vise à faire face au manque de terre, entre autres, par l'expropriation des étrangers de la terre et sa ré-affectation aux citoyens de bonne foi confrontés au manque de terre.
Pendant que les critiques de cette politique l'ont décrite comme raciste et un obstacle à l'investissement, le gouvernement a continué à distribuer de grandes portions de propriétés de thé à Thyolo et Mulanje aux fermiers paysans.

