LIBREVILLE, 28 juil (IPS) – Les premières dames d'Afrique, désireuses de partager les efforts de développement du continent, seront encouragées par l'élection de cinq femmes à la commission de l'Union africaine, au dernier sommet de l'organisation à Maputo, au Mozambique.
Elu lui-même au cours de ce sommet, à la mi-juillet, le premier président de la commission de l'Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré, travaillera avec neuf commissaires dont cinq sont des femmes. C'est la première fois qu'un organe de dirigeants sur le continent parvient à la parité de genre à sa tête.
Les cinq femmes, élues également par le sommet de l'UA, sont : Julia Dolly Joiner de Gambie qui s'occupera des affaires politiques; Philomena Gavanas Bience, la commissaire aux affaires sociales, de Namibie; Saida Agrebe, la commissaire aux ressources humaines, à la science et à la technologie, de Tunisie; Elisabeth Tankeu, la commissaire au commerce et à l'industrie, du Cameroun et Posebud Kurwijila, la commissaire à l'économie rurale et à l'agriculture, de Tanzanie.
"Aucun développement ne pourra se faire en Afrique sans l'implication de la femme, qui représente plus de la moitié de la population de ce continent", avait déclaré Honorine Ngou, porte-parole de la Coordination des organisations féminines africaines (CORFEM), en marge d'une réunion des épouses des chefs d'Etat africains, en mai dernier à Libreville, au Gabon. Ngou s'exprimait à l'occasion d'un forum consacré à l'éducation et la santé, visant à montrer que le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) est une opportunité supplémentaire pour développer leurs actions.
Pour Viviane Wade, l'épouse du chef de l'Etat sénégalais, "il serait illusoire de croire à une participation de la femme à la construction de la nouvelle Afrique telle que préconisée par le NEPAD tant que les questions sur l'analphabétisme, la déscolarisation en milieu rural restent entières".
"L'éducation des filles est plus une nécessité qu'une option. La sensibilisation, la formation ainsi que l'apprentissage des pratiques essentielles de nos questions de prévention de la santé, d'hygiène et de la valorisation de l'environnement doivent être maîtrisés par la mère à travers des programmes d'alphabétisation adaptés et accessibles au niveau le plus décentralisé", a défendu Viviane Wade dans une communication sur "L'éducation et le développement durable".
Par les efforts et la pertinence des travaux des épouses des chefs d'Etat, la Mission des premières dames d'Afrique pour la paix (MPDAP) a accédé, le 16 mai, à la reconnaissance de l'Union africaine (UA) et de l'Organisation des Nations Unies (ONU). Les statuts de la MPDAP prévoient notamment que les premières dames pourront participer, en qualité d'observatrices, aux sommets des chefs d'Etat de l'UA et aux sessions de l'ONU consacrées aux femmes et aux enfants.
Le président sud-africain Thabo Mbeki, président sortant de l'UA, avait déclaré, lors du récent sommet de l'union à Maputo, au Mozambique, que "les progrès accomplis, dans la plupart des pays en conflit sur le continent, démontrent clairement qu'en tant qu'Africains, nous devons continuer à résoudre nos propres problèmes en comptant sur nos efforts, notre détermination et nos ressources, même si celles-ci sont parfois maigres".
Edith Lucie Bongo, la première dame du Gabon, a renouvelé son appel à une solidarité plus agissante entre l'homme et la femme pour relever, au sein du NEPAD, les nombreux défis auxquels le continent africain est confronté.
La représentante du Collectif national des associations et organisations non gouvernementales gabonaises (CNAONG), Viviane Ndong, a souligné qu'il fallait "permettre à la femme d'occuper la place qui est la sienne dans le NEPAD et non lui tailler une place à sa mesure…".
Gnounka Diouf, du Comité de pilotage du NEPAD-Sénégal, a relevé, à Libreville, "le paradoxe qui prévaut entre le statut de la femme, principal agent économique, notamment dans le domaine agricole dont elle assure la majorité de la production, et ses difficultés pour accéder aux crédits".
Face aux obstacles qui freinent encore la démarche pour une intégration rationnelle de la femme dans le processus de développement du continent, le représentant de la société civile africaine, Babacar Diop, a préconisé le "maintien de la discrimination positive en faveur des femmes". Selon lui, "Les Africaines doivent d'abord connaître les fondements de la société moderne et traditionnelle avant de s'approprier le NEPAD".
Le NEPAD est soutenu par les nations riches, qui conditionnent cependant leur aide à des critères de stabilité politique, de bonne gouvernance et de démocratie. Des critères que n'a pas manqué de rappeler le président américain, George W. Bush, lors de sa récente tournée dans cinq pays africains au début de ce mois.
Signe encourageant, depuis environ une année, le continent africain s'est mobilisé pour remplir son carnet de projets susceptibles d'intéresser les bailleurs de fonds dans le cadre du NEPAD. Néanmoins, les fonds réclamés par les pays africains et certaines ONG occidentales, ne constitueraient pas non plus la voie royale du développement. Le Canada, qui en 2002 avait doté de 500 millions de dollars un fonds pour l'Afrique, n'a pu en consacrer jusqu'ici que 70 millions de dollars à des projets jugés viables. "L'Afrique manque de capacité de proposition et, plus encore, de capacité de gestionnaire pour absorber l'argent", explique un officiel canadien, "halluciné" par les 64 milliards de dollars que les Africains revendiquent pour la mise en œuvre du NEPAD.
Les épouses des chefs d'Etat du Sénégal, de Zambie, d'Algérie, du Rwanda, du Gabon et les déléguées de plusieurs pays ont souhaité "l'insertion relationnelle, dans le processus de développement, des sociétés du continent".
Le NEPAD est né en 2001 de la fusion de stratégies économiques panafricaines, mises au point par plusieurs chefs d'Etat du continent, dont ceux d'Afrique du Sud, du Nigeria, du Sénégal et d'Algérie, pour sortir l'Afrique du sous-développement et y attirer des investisseurs. Pour l'instant, le NEPAD s'appuie sur l'intégration économique du continent et une assistance financière qui se ferait sur de nouvelles bases : des investissements étrangers en échange du respect des principes de "bonne gouvernance" politique et de transparence dans les affaires.

