BLANTYRE, 25 juil (IPS) – Beaucoup de Malawites vivant avec le VIH/SIDA sont obligés de compter sur des médicaments illicites pour traiter des maladies opportunistes, calmer la souffrance et prolonger leur vie.
Certains de ces faux médicaments ont submergé le marché parallèle du pays avec un impact sanitaire potentiellement désastreux.
L'absence de médicaments reconnus moins chers dans plusieurs hôpitaux, cliniques et centres de santé, en plus de leur coût sur le marché, pousse beaucoup de Malawites ayant le VIH/SIDA dans les bras de colporteurs de médicaments non agréés proposant des traitements suspects.
Au Malawi où un million des 11 millions de la population portent le virus du VIH/SIDA, les gens se précipitent pour acheter des médicaments faux, illicites et même périmés des colporteurs de médicaments, ignorant les avertissements du ministère de la Santé et de la police.
Les tentatives des autorités de briser les ventes illicites de tels médicaments se sont révélées sans succès.
Un médicament se vendant particulièrement bien sur le marché parallèle est la capsule Conthy, un produit traditionnel chinois qui aurait été développé par la Compagnie pharmaceutique Jinjiang Xini de Beijing.
Les capsules Conthy sont aussi stockées secrètement par certains hôpitaux et cliniques privés dans la ville commerciale de Blantyre et la capitale Lilongwe. Un paquet de 20 capsules Conthy coûte jusqu'à 5.000 Kwacha Malawi (55,5 dollars US).
Le médicament n'est pas sur la liste approuvée par les centrales d'approvisionnement du gouvernement et n'est pas enregistré à l'Office de la pharmacie, des médicaments et des poisons du Malawi.
Selon un ancien praticien de la médecine à Blantyre, Dr Charles Nyirenda, le médicament est notamment utilisé pour accroître l'immunité. "Il n'est pas considéré comme un médicament en Chine, mais comme une vitamine", a-t-il dit.
Une notice accompagnant les capsules prétend que "les résultats des expériences pharmacologiques et des tests cliniques ont montré que la capsule Conthy pourrait tuer effectivement le virus d'immunodéficience (VIH) et augmenter rapidement le nombre des cellules".
"Elle a été utilisée pour prévenir et traiter le SIDA aux Etats-Unis, en Afrique, en Asie du sud-est et dans plusieurs hôpitaux des provinces de Yunnan et Guanngi en Chine. Le test clinique a montré que c'était plus efficace dans le traitement et la prévention du carcinoma de l'estomac, hepatocarcinoma et mastrocarcinoma. Elle pourrait être simultanément utilisée avec la radiothérapie, la chimiothérapie et une opération chirurgicale", affirme la notice.
Un autre produit pharmaceutique que les Malawites croient alléger les symptômes de certaines infections opportunistes, comme la diarrhée et la tuberculose qui apparaissent au début du SIDA, est une combinaison de Rifampicin et IHN qui sont ordinairement utilisés pour traiter la tuberculose. La préparation est connue diversement comme Rifinah et Bazuka.
Chaque capsule coûte aussi dérisoirement que 10 kwacha malawi (0,1 cent US).
Le directeur du programme pour la tuberculose au Malawi, Dr Félix Salaniponi, estime que même si la combinaison de Rifampicin et IHN, quand c'est bien utilisé, guérit effectivement la tuberculose, il est tout à fait dangereux d'essayer de traiter les maladies liées au VIH/SIDA avec ces produits. Dr Salaniponi dit que l'utilisation de ces produits par les gens vivant avec le VIH/SIDA et ceux souffrant de maladies sexuellement transmissibles, a conduit à l'émergence d'une dangereuse pression de multiples résistances à la tuberculose.
"Dix patients diagnostiqués dans les douze derniers mois ont développé un type de tuberculose résistant à plusieurs médicaments. Les recherches ont montré que les patients ayant ce type de tuberculose ont utilisé, à un moment ou un autre, du Rifanah dans une tentative de traiter les maladies liées au VIH/SIDA ou des maladies sexuellement transmissibles", a-t-il dit.
Les médicats anti-SIDA, qui sont populaires dans des pays industrialisés comme l'AZT – qui a l'approbation du gouvernement – sont trouvés uniquement dans des hôpitaux de référence de Malawi et dans des hôpitaux privés confortables. Les produits sont si chers (certains hôpitaux les stabilisent à un montant de 100 dollars US par mois) qu'ils sont virtuellement inaccessibles aux masses dont 60 pour cent vivent avec moins d'un dollar par jour. Pendant ce temps, le gouvernement continue d'en appeler aux agences de donneurs internationaux et aux firmes pharmaceutiques multinationales pour rendre disponibles des thérapies moins chères.
Le ministère de la Santé et de la Population a intensifié ses efforts pour informer le public des dangers à acheter des produits chez des vendeurs non agréés.
"La vente illicite des produits s'est accrue par des gens qui achètent auprès des colporteurs et des vendeurs de rue non agréés et c'est pour cela que nous attaquerons le problème sous cet angle plutôt que d'arrêter les colporteurs", dit le ministre de la Santé, Yusuf Mwawa.
Il avertit que ceux qui achètent des produits illicites devraient supporter les conséquences de leurs actes du moment qu'ils sont bien informés que les hôpitaux de référence du gouvernement sont les seuls endroits légitimes où il peuvent obtenir des médicaments anti-VIH/SIDA.
Mais la quête de médicaments anti-SIDA et la prolongation de la vie conduisent les gens à prendre n'importe quel produit ayant un renom sur le marché parallèle.
Depuis plusieurs années, Marindiana introduit frauduleusement de l'Ouganda, a submergé les villes de Mzuzu, Blantyre et Lilongwe. Et au début de la pandémie du VIH/SIDA au Malawi, plus de 700.000 Malawites ont visité un herboriste nommé Chisupe qui prétendait que les esprits de ses ancêtres lui avaient révélé des noms d'herbes qui pourraient guérir le SIDA.
Beaucoup de gens visitent les sorciers et les herboristes qui prétendent qu'ils ont des traitements. L'un de ces mélanges d'herbes traditionnelles, vendus comme des gâteaux chauds, est appelé Maju.
En dépit de l'affluence vers ces charlatans pour acheter les produits, la maladie a atteint des proportions de crise. Conséquence : la productivité et la main-d'ouvre baissent pendant que les dépenses en santé augmentent – le pays dépense 30 pour cent de son budget pour la santé en baisse pour se débrouiller avec les effets du fléau du VIH/SIDA.
Certains observateurs locaux croient que dans la recherche continue pour le traitement du VIH/SIDA, des efforts concertés entre des professions médicales scientifiques et les guérisseurs traditionnels devraient être encouragés au Malawi.
D'autres croient que les nations riches détiennent la clé pour résoudre la crise du SIDA par la fourniture gratuite de médicaments anti-VIH/SIDA.

