POLITIQUE-AFRIQUE DE L'EST: Des projets en cours pour créer une régionpaisible

NAIROBI, 24 juil (IPS) – Les pays de la région des Grands Lacs, l'Union africaine et les Nations Unies se sont mis ensemble pour élaborer une stratégie à long terme visant à promouvoir la paix dans la zone.

Les représentants des deux organisations avec ceux de la région des Grands Lacs, au nombre desquels le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC), se sont rencontrés récemment à Nairobi et se sont engagés pour travailler afin de calmer les tempêtes de guerre qui ont envahi la région.

Dénommée Conférence internationale pour la paix, la sécurité, la démocratie et le développement pour la région des Grands Lacs, la réunion était la première du genre. Elle a marqué le début d'un processus visant à lancer un Plan Marshall pour la région par un pacte qui explique bien clairement les mécanismes d'instauration d'une paix durable, d'une démocratie durable et d'une bonne gouvernance, de même qu'un développement économique et une intégration régionale pour toute la région. Le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU dans la région des Grands Lacs, Ibrahim Fall, a plaidé pour un soutien de la communauté internationale à tous les niveaux, estimant que la région était l'épicentre de l'Afrique. L'établissement d'une telle organisation pour la région a été le résultat d'une idée récurrente depuis le début des années 1990, et notamment après le génocide de 1994 au Rwanda. C'est une nécessité exigée par les situations actuelles en RDC, au Burundi et en Ouganda où des milliers de civils ont continué à mourir et d'autres sont déplacés du fait des guerres civiles.

En RDC, la région du nord-est continue d'être volatile avec les rebelles, notamment des groupes de milices lendu et hema se battant présentement les uns contre les autres pour le contrôle des ressources. Par ailleurs, le conflit entre les rebelles et les forces gouvernementales a dominé cette nation – la troisième plus grande d'Afrique – pendant les quatre dernières années, et aurait tué à près de 3,3 millions de personnes.

La situation est similaire au Burundi où la guerre, entre les forces gouvernementales et les rebelles des Forces de libération nationale (FLN) et FDD (Forces pour la défense de la démocratie), continue de ravager le pays avec un nouveau combat ayant éclaté entre les rebelles Hutu et l'armée dominée par les Tutsi dans la capitale Bujumbura, la semaine dernière.

Les parties belligérantes sont en conflit depuis 1993, ce qui a entraîné la mort de plus de 300.000 personnes, la plupart des civils. Un cessez-le-feu signé l'année dernière à Johannesburg, en Afrique du Sud, par le gouvernement et les FDD, a été largement violé, obligeant des milliers de personnes à fuir leurs domiciles.

Et en Ouganda, les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), qui dominent le nord du pays, terrorisent les résidents dans la région depuis que ce mouvement a commencé ses opérations contre le gouvernement il y a 16 ans.

La LRA lance des attaques massives contre des enfants, les violant, les enlevant, les torturant et les assassinant. Des 1,2 million Acholi qui résident en majorité dans la région, 850.000 ont fui la guerre et sont dans des camps.

Voilà des questions auxquelles la conférence doit faire face. Le sentiment général, qui a émergé au cours de l'inauguration des deux jours du processus préparatoire de la conférence, le mois dernier, était que si un conflit n'était pas maîtrisé dans ces pays, il pourrait rapidement s'étendre à travers toute la région. La réunion s'est engagée à s'impliquer dans la question de genre, notamment dans les processus de réconciliation, citant le cas du Rwanda où les femmes ont été activement impliquées dans des projets de paix. "Les femmes et les enfants étaient les principales victimes du génocide. Face à cela, les femmes ont vu le besoin de s'approprier le processus", a indiqué Eda Mukabagwiza, une déléguée rwandaise à la conférence dans un entretien exclusif avec IPS.

Elle a dit que les femmes de différents champs du pays se sont rassemblées sous une organisation-mère, Twese Hamwe (nous tous ensemble) pour réfléchir à la manière de renforcer le processus de réconciliation, considérant qu'elles constituent plus de 53 pour cent des huit millions de la population.

"Nous voyons ce qui se passe en RDC et nous souffrons aussi", a-t-elle dit, ajoutant qu'il était temps d'être sur ses gardes contre les mauvaises situations qui pourraient survenir dans l'avenir.

Le révérend Dr Kasonga wa Kasonga de la RDC affirme qu'un conflit dans un pays peut facilement s'étendre à un autre et causer des ravages. "Le cas du massacre rwandais, plusieurs Rwandais se sont enfuis comme réfugiés au Congo", indique-t-il, ajoutant : "Maintenant, nous souffrons parce qu'ils se sont immiscés dans nos affaires". Le révérend Kasonga travaille à Nairobi, à la Conférence des églises de toute l'Afrique.

Il regrette que l'implication de l'Ouganda et du Rwanda sur le territoire congolais, complique la situation, estimant que "L'immixtion étrangère est un gros handicap pour la paix au Congo. Ils veulent avoir le contrôle des territoires au Congo, qui sont riches en ressources minières, et cela alimente le conflit". Les deux pays sont accusés de fournir des armes aux rebelles en RDC.

Le révérend Kasonga affirme que si ces deux nations se retiraient complètement du pays, la paix pourrait revenir aussitôt. "S'ils partent, les Congolais peuvent eux-mêmes régler leurs propres problèmes avec l'aide de l'ONU", explique-t-il.

Il déclare que l'avènement de la conférence ne pouvait pas mieux tomber, mais a appelé les participants à parler avec franchise contre les pays qui s'immiscent dans les affaires des autres pour leurs propres intérêts, soulignant que c'était la genèse du problème.

L'émissaire de l'Union africaine, Ken Walubita, a dit : "Notre espoir est que la région entre dans une nouvelle ère de paix, de sécurité et de développement et nous nous efforcerons de laisser la région devenir une zone sans guerre". Une série de réunions a lieu entre les éléments focaux nationaux de la résolution des conflits et les membres de la société civile dans les six pays, pour étudier la meilleure manière d'établir le processus.

Un premier sommet des chefs d'Etat, sous la présidence du représentant spécial du secrétaire général de l'ONU et de l'UA aura lieu bientôt avant qu'un dernier sommet n'adopte les politiques et projets à mettre en œuvre à travers la région.