POLITIQUE-AFRIQUE: Le Zimbabwe, une source d'irritation constante pour lecontinent

JOHANNESBURG, 23 juil (IPS) – Des informations rapportent que le président sud-africain Thabo Mbeki aurait dit au président des Etats-Unis, George W. Bush, que le président zimbabwéen Robert Mugabe quitterait ses fonctions à la fin de cette année.

En retour, Bush s'est engagé pour une assistance américaine de 10 milliards de dollars pour reconstruire le Zimbabwe dès que Mugabe sera parti ou chassé du pouvoir.

Mbeki, qui est à la pointe d'un Plan Marshall de l'Afrique pour qu'elle s'en sorte toute seule, a besoin d'argent. Avec le président sénégalais, Abdoulaye Wade, il est l'architecte en chef du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) qui coûtera environ 60 milliards de dollars à débourser.

Mbeki a, jusqu'à présent, poursuivi une politique de persuasion gentille et de "diplomatie douce" au sujet du Zimbabwe. Son émissaire, Nkosazana Zuma, l'ancienne épouse de vice-président sud-africain Jacob Zuma, et le député non-conformiste de l'aile gauche de l'ANC Pallo Jordan (jadis la voix critique du régime de Mugabe), qui est aussi le président de la Commission sud-africaine des Affaires étrangères, ont constamment répété le credo selon lequel le respect de la souveraineté est le pilier fondamental de le politique étrangère de l'Afrique du Sud. En outre, ils affirment que "la crise du Zimbabwe doit être réglée par les Zimbabwéens eux-mêmes". Des analystes, d'anciennes organisations de libération et commentateurs sont divisés sur la question de Mugabe. Steven Chan, un ancien conseiller du gouvernement de Mugabe et ex-diplomate au secrétariat du Commonwealth, qui a facilité le règlement négocié à Lancaster House en Grande-Bretagne, lequel a probablement conduit au leadership de Mugabe dans le pays, dit que le président zimbabwéen "a été, en fin de compte, mauvais pour le Zimbabwe".

Mais, c'est l'économie qui a été catapultée sous les feux de rampe. Goodson Nguni, un banquier de Harare, qualifie la crise actuelle de "hyper-inflationniste". La Banque centrale du Zimbabwe a décidé récemment d'injecter des milliards de dollars zimbabwéens sur le marché monétaire cette semaine. Augmenter la masse monétaire est un exercice qui ne rime à rien, estiment des économistes parce qu'il y a "trop d'argent à la recherche de très peu de biens".

Et dans le tortillon de l'histoire du capital blanc au Zimbabwe, un groupe de planteurs de sucre blancs vient de porter plainte contre une filiale d'Anglo American Corporation pour avoir participé au "vol et pillage" de leurs propriétés par les supporteurs de Mugabe. Ils prétendent que les fermiers noirs pillent leur récolte de canne à sucre et vendent à l'entreprise Anglo les propriétés de Hippo Valley.

Mugabe a le dos au mur. Même l'ancienne organisation de libération de l'Afrique du Sud, le Congrès pan-africain d'Azanie, est restée muette sur la question de Mugabe. Mais, c'est le Congrès national africain (ANC) qui continuera de tirer sur le Zimbabwe. Pour le moment, il est résolu que Mugabe doit partir volontairement. S'il ne le fait pas et est plutôt chassé du pouvoir, la Force de défense zimbabwéenne aimerait affirmer son autorité et poursuivre le chemin que Mugabe a frayé. Les généraux, tous nommés par Mugabe, vont apparemment rester loyaux à leur leader.

Au même moment, l'ANC n'est pas convaincu que Morgan Tsvangirai – leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l'opposition – soit une alternative crédible à Mugabe. En dépit de l'engagement dans le passé de Tsvangirai dans le syndicalisme, ses références par rapport à la lutte de "libération" sont considérées au mieux comme minces. Mbeki de l'Afrique du Sud semble s'engager pour une résolution graduelle de la crise du Zimbabwe. Mais, il a besoin du soutien international pour lancer le NEPAD et le rendre opérationnel. Son homologue nigérian, Olusegun Obasanjo, a jeté tout son poids derrière lui et restera en ligne si la communauté internationale continue d'injecter de l'argent dans les partenariats africains envisagés par le NEPAD.

Pendant que Mbeki a besoin de Bush, de préférence à distance, les voisins de l'Afrique australe semblent choisir de s'écarter si Mbeki ne facilitait pas une résolution rapide de la question de Mugabe.

Un changement de régime semble invraisemblable dans un avenir proche. La stratégie de Mbeki de créer les conditions d'une réforme de l'Etat au Zimbabwe et ses capacités d'arrangements pourraient bien s'effondrer s'il continuait à laisser la prise de décision économique et financière exclusivement aux diktats d'un leader qui est au pouvoir depuis 23 ans et qui a perdu la partie.

Mugabe pourrait bien avoir embrassé des idéaux socialistes dans les années 1970 et la première moitié des années 80, mais la distance considérable qu'il a créée par rapport la compassion humaine, à la solidarité et aux droits de l´Homme, transforme ses convictions précédentes en moquerie.

Mbeki pourrait bien avoir à faire face, plus tôt que plus tard, au choix de sacrifier sa disposition à caresser Mugabe ou de préparer les Sud-Africains, Mozambicains, Angolais, Namibiens, Zambiens et Botswanais à l'éventualité d'absorber les retombées l'afflux de réfugiés dans leurs pays, et la possibilité d'une guerre civile affreuse qui couve au Zimbabwe..