POLITIQUE-SAO TOME ET PRINCIPE: Un nouveau défi pour l'Afrique

JOHANNESBURG, 22 juil (IPS) – Les dirigeants africains sont de plus en plus frustrés par les auteurs de coups d'Etat, les groupes rebelles et les gouvernements errants dont le combat incessant entrave le développement du continent.

Certains d'entre eux recherchent sans cesse des solutions militaires pour les conflits africains.

Même avant que certains chefs d'Etat ayant participé au sommet de l'Union africaine (UA) à Maputo, au Mozambique, ne retournent chez eux, le gouvernement élu de Sao Tomé et Principe a été renversé par un coup d'Etat la semaine dernière.

"Survenant si tôt après l'assemblée de l'UA, le renversement du gouvernement de Sao Tomé souligne le défi auquel l'Afrique continue de faire face avec une attention à la question critique de la défense et de l'enracinement de la démocratie", a dit l'ancien président de l'UA et président de l'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, dans son bulletin d'information hebdomadaire.

Hormis le coup d'Etat de Sao Tomé et Principe, il y a eu un assaut renouvelé des rebelles anti-gouvernementaux, y compris les Forces de la libération nationale (FLN) sur Bujumbura, la capitale du Burundi. Environ 170 personnes, y compris des enfants soldats, ont été tuées au cours de l'attaque. Les assauts ont mis en péril un processus de paix lancé pour mettre fin à la guerre civile de 10 ans dans le pays.

Au Libéria, les mouvements rebelles continuent de lancer des attaques menaçantes sur la capitale Monrovia, bien que des négociations internationales soient en cours pour assurer le départ de Charles Taylor du pays. Voilà quelques-uns des onze conflits qui ont été débattus par les dirigeants africains au sommet de l'UA.

Pendant que la vague des conflits sur le continent pourrait constituer un embarras pour l'Union africaine, cela a également rendu plus difficile la mise en œuvre de leur résolution face aux gouvernements errants, les mouvements rebelles et les auteurs de coups d'état.

Pour le moment, la rhétorique des dirigeants africains semble être d'en appeler au soutien des efforts diplomatiques avec la force militaire, et beaucoup s'engagent dans des initiatives de forces d'interposition de paix et de maintien de paix.

Même avant que la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) – forte de 15 membres – n'envoie des médiateurs à Sao Tomé et Principe, le nouveau président de l'UA, le président du Mozambique, Joachim Chissano, s'est rendu au Nigeria pour discuter de la possibilité d'une intervention militaire pour mettre fin au coup de force.

Le Nigeria est la puissance régionale et il a des relations économiques étroites avec Sao Tomé et Principe.

De toute évidence, énervés par les reportages persistants au sujet d'une intervention militaire possible, les auteurs du coup d'Etat, qui ont une armée estimée à quelque 200 hommes, demandent avec insistance à l'UA de rester en dehors de cette affaire.

Mbeki a rejeté un appel des dirigeants du putsch pour que l'Union africaine n'intervienne pas pour restaurer la démocratie. "La réalité, c'est qu'ils ont manqué beaucoup de respect aux décisions et politiques de l'union.

Etant donné les décisions que nous avons prises eu égard à l'intégration africaine et à l'unité, comme le reflètent l'UA et son programme de développement social et économique, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique, nous ne pouvons pas accepter que des évènements de Sao Tomé et Principe constituent 'une affaire de famille' que l'Afrique doit seulement condamner et apprendre à faire avec, par ailleurs. La démocratie à Sao Tomé doit être rétablie comme une question d'urgence", souligne Mbeki.

Des médiateurs internationaux sont déjà arrivés à Sao Tomé et ont commencé des négociations pour trouver une sortie de crise.

Entre-temps, les meneurs du coup d'Etat ont relâché les ministres et officiels de haut rang du gouvernement de Sao Tomé et Principe, comme un signe de leur volonté de négocier une fin de crise, selon des informations.

Les dirigeants africains étudient également la possibilité de déployer une force régionale pour tenter de stopper le combat dans et autour de Bujumbura et de clarifier le processus de paix du Burundi.

L'idée de renforcer la présence des forces africaines de maintien de paix et d'étendre leur mandat pour protéger le processus de paix des attaques des rebelles, a été soulevée pour la première fois par le président ougandais Yoweri Museveni. Museveni et le président tanzanien Benjamin Mkapa ont discuté de cette idée à un sommet régional en Tanzanie le 20 juillet.

Le vice-président sud-africain Jacob Zuma, qui assure la médiation au Burundi, a indiqué, dans une déclaration à la suite de la réunion, qu'un sommet régional au complet sera convoqué dans l'intervalle de trois semaines pour finaliser tous les sujets en suspens, y compris la question de l'extension du mandat de la force africaine de maintien de paix.

Des efforts pour positionner des forces africaines de maintien de paix au Burundi où un cessez-le-feu très précaire entre le gouvernement et les groupes rebelles est à bout de souffle, ont vacillé. L'Ethiopie et le Mozambique – qui contribuent aux troupes pour cette force – n'ont pas les moyens de transporter leurs forces de maintien de paix dans le pays ravagé par la guerre.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui devraient aider les forces de maintien de paix à parvenir au Burundi, n'ont pas encore fourni le soutien nécessaire. Conséquence : un petit contingent militaire sud-africain d'environ 900 soldats est le seul à avoir été déployé au Burundi.

Les Sud-Africains ont seulement pour mandat de protéger les politiciens du Burundi qui sont impliqués dans le processus de paix, et ne peuvent pas intervenir dans le combat entre le gouvernement et les rebelles.

Au Libéria, la CEDEAO s'apprête à déployer une force estimée à 5..000 soldats pour des tâches de maintien de paix entre le gouvernement chancelant du président Taylor et le principal mouvement de rebelles, les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD).

Les troupes de la CEDEAO devraient arriver au Libéria le 20 juillet, mais leur déploiement a été apparemment retardé par des problèmes logistiques et financiers.

Les dirigeants ouest-africains font pression sur les Etats-Unis pour qu'ils fournissent des troupes et du support logistique pour l'opération, mais ont dit avec insistance qu'ils prendraient la direction pour mettre fin au conflit au Libéria. C'est un départ significatif par rapport à la pratique du passé où les anciens colonisateurs devraient intervenir pour rétablir l'ordre à leur manière.

Le sommet de l'UA a demandé aux chefs d'Etat d'accélérer la ratification du Protocole de paix et de sécurité de l'organisation, qui renforcera sa capacité à entreprendre des opérations de maintien de paix.

Le protocole balisera la voie de la création d'une Force africaine en état d'alerte (ASF) qui devrait être en mesure d'assurer les missions de maintien de paix. Seulement environ 14 pays ont ratifié le Protocole de paix et de sécurité. Au moins 27 pays – sur les 53 membres de l'UA – doivent s'engager pour le protocole pour qu'il entre en vigueur.

Les diplomates africains disent que le processus de ratification est lent, non pas parce qu'il y aurait des objections politiques au protocole, mais parce que des pays étudient le processus pour voir comment il influera sur leur souveraineté et lois nationales.