DEVELOPPEMENT: Le Burkina Faso n'exclut pas l'introduction du cotontransgénique

BOBODIOULASSO, 21 juil (IPS) – Pour lutter efficacement contre les chenilles qui détruisent, chaque année, près de la moitié du coton graine en raison de la résistance croissante des parasites aux produits chimiques, le Burkina Faso n'exclut plus l'introduction du coton transgénique, selon les autorités.

Le coton transgénique permet également d'accroître la production cotonnière. Le coton représente 60 pour cent des recettes de ce pays pauvre d'Afrique de l'ouest, et fait vivre directement 2,5 millions de producteurs.

Depuis cette année, des essais sont menés dans des champs isolés par l'Institut national de l'environnement et de la recherche agricole (INERA) dans deux stations de l'est et de l'ouest du Burkina, sur le coton BT (Bacillius Thurengiensis). Le BT, un gène insecticidal, est injecté dans le cotonnier pour le rendre résistant aux ravageurs.

La révélation des recherches en cours et l'annonce de l'éventualité de l'introduction du coton génétiquement modifié ont eu lieu la semaine dernière à Bobodioulasso, à 360 kilomètres à l'ouest de Ouagadougou, la capitale burkinabè, à l'issue d'un atelier international sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) et le coton transgénique.

"Moyennant un certain nombre de conditions de respect de textes réglementaires en la matière, de biosécurité pour minimiser les risques et les inquiétudes par rapport aux OGM, il est permis d'envisager, dans un venir très proche, que le Burkina cultivera le coton transgénique", explique Georges Yameogo, directeur de la production cotonnière de la Société des fibres et textiles du Burkina (SOFITEX).

Les chercheurs burkinabè, qui travaillent déjà avec le principal groupe développant des OGM – le groupe américain Monsanto pour le coton – établira bientôt d'autres contrats de recherche avec la firme suisse Syngenta, spécialisée dans les OGM. "Devons nous rester en marge de la recherche sur les OGM pour nous laisser envahir un jour par la fraude ou, par obligation, par les produits des autres?", interroge Hamidou Boly, directeur de l'Institut national de la recherche agronomique. Il qualifie de "courageuse et justifiée" la décision des autorités de mener des recherches sur les OGM au Burkina.

"Cependant" avertit-il, "avant toute décision finale, nous allons faire des études économiques et sociologiques approfondies pour accompagner les études scientifiques sur l'adaptation aux conditions climatiques, la qualité de la fibre produite et l'avantage réel pour les producteurs".

Selon Mourad Abdennadher, directeur technique de Monsanto, les avantages directs du coton transgénique sont l'augmentation de la production de 30 à 60 pour cent, la baisse considérable des substances chimiques et la réduction de l'empoisonnement de l'utilisateur. "La nappe phréatique est ainsi sauvée de la pollution des substances nocives et le producteur gagne suffisamment car il a du temps pour faire autre chose", explique-t-il.

Le Burkina importe, chaque année, plus de 4 millions de litres de pesticides jugés nocifs pour l'environnement, la terre et les populations à terme. Les autorités comptent trouver, dans le coton transgénique, une parade pour réduire les 30 milliards de francs CFA (environ 52,6 millions de dollars US) qu'ils dépensent par an pour les intrants, dont 10 milliards FCFA (environ 17,5 millions de dollars US) pour les insecticides. La SOFITEX espère réduire de huit à deux le nombre de traitements du cotonnier.

Les espoirs des autorités résident dans la capacité présumée du coton transgénique de lutter "seul" contre les ravageurs du cotonnier, notamment la chenille 'hélicoverpa armigera' présentée comme l'ennemi principal du cotonnier dans les pays de la sous-région comme le Bénin, le Sénégal et le Mali. Le Burkina Faso étant l'un des pays signataires du protocole de Cartagena sur les préventions des risques biotechnologiques, les chercheurs affirment qu'ils respecteront les conditions de sécurité en exigeant l'utilisation de la variété locale sur laquelle sera transféré le gène qui permettra de lutter contre les parasites et nécessitera moins d'insecticides.

Les autorités, qui se veulent rassurantes, indiquent qu'elles ne vulgariseront le coton transgénétique qu'une fois les risques sur la biodiversité écartés à travers des tests en laboratoire et des directives nationales en élaboration.

Au vu des résultats atteints en Afrique du Sud depuis 1998, par l'introduction du coton transgénique BT, les autorités burkinabè espèrent une amélioration du rendement de 30 pour cent. Selon Phenas Gumade, fermier sud-africain qui a introduit le coton BT depuis 2000, sa production a augmenté de 75 pour cent, atteignant souvent les deux tonnes à l'hectare, et l'utilisation des insecticides a diminué de 40 pour cent. "La qualité et la quantité de la fibre font aujourd'hui des fermiers locaux de vrais opérateurs économiques qui emploient une main-d'œuvre et peuvent envoyer leurs enfants à l'école", souligne Gumade.

Au Burkina, la production par hectare est de 1,2 tonne en raison des dégâts causés par la chenille et on espère atteindre rapidement 1,5 tonne/hectare avec le coton transgénétique. Selon des chercheurs de la firme Monsanto, le rendement par hectare peut augmenter de 33 à 80 pour cent quand les conditions climatiques sont favorables.

Pour Célestin Tiendrebeogo, directeur général de la SOFITEX, il s'agit de parer au plus pressé avant que les parasites découragent les producteurs..

"Dans 10, 15 ans, les OGM vont s'imposer car avec la résistance actuelle aux pesticides, nous ne pourrons pas tenir longtemps, et les paysans risquent d'abandonner la culture du coton", explique-t-il.

"Le coton est vital pour le pays aujourd'hui, c'est donc une priorité pour nous d'explorer toutes les pistes qui offrent une opportunité d'augmenter les revenus du monde rural en luttant contre les ravageurs", ajoute Tiendrebeogo.

Pour Frederick Perlak, un spécialiste, l'exemple du Burkina sera probablement suivi par les autres pays ouest-africains. "L'introduction de la technologie rend le producteur plus compétitif et dans le cas du Burkina comme dans la sous-région que nous espérons voir s'intéresser à la recherche, nous allons d'abord tester les résultats avant de prendre toute décision finale", indique Perlak.

Pour les autorités, les nouvelles technologies doivent entraîner une réaction en chaîne qui augmentera la production de coton, de fibre et de tourteaux pour l'industrie et beaucoup d'huile. Les autorités entendent également clarifier la question du brevetage afin, disent-elles, que chaque partie gagne dans le projet et en matière de droits de la propriété intellectuelle. Il ne faut pas que le Burkina perde dans les transactions.

Mais les anti-OGM recommandent la prudence au gouvernement. "Il est urgent d'attendre, de prendre le temps d'élucider, de comprendre les acquis et les inconvénients car les dangers pour l'homme ne sont pas encore totalement étudiés", avertit le père Jacques Simporé, généticien membre de l'académie de la Vie au Vatican. "Il faut encore favoriser la recherche avant d'entreprendre la vulgarisation".

"Il est vrai que nous voulons gagner beaucoup de coton, mais il faut que nos préoccupations soient prises en compte, sinon nous ne serons pas au rendez-vous", estime François Traoré, président de la Fédération nationale des paysans du Burkina. Malgré les assurances des chercheurs se fondant sur des expériences concluantes menées en Australie et en Afrique du Sud, les paysans burkinabè craignent une contamination des gènes du nouveau cotonnier aux autres cultures de consommation qui sont produites près des champs de coton.