KINSHASA, 18 juil (IPS) – Un nouveau pas vient d'être franchi dans le processus de paix en République démocratique du Congo (RDC), avec la prestation de serment, jeudi à Kinshasa, des quatre vice-présidents censés assister le chef de l'Etat pendant les deux années de transition.
Yerodia Abdoulaye Ndombasi, pour le compte du gouvernement, Azarias Ruberwa, pour le RCD/Goma, Jean-Pierre Bemba pour le MLC et Arthur Z'Ahidi Ngoma pour l'opposition politique non armée, se sont successivement engagés, devant la Cour suprême, à respecter l'esprit et la lettre de "l'accord global et inclusif" signé en avril dernier à Sun City, en Afrique du Sud. Ils s'engagent notamment à veiller à l'intégrité et à l'indivisibilité du territoire congolais. Les quatre vice-présidents prennent pratiquement le même engagement que le président de la République, Joseph Kabila, il y a deux mois, de mettre définitivement fin à la guerre et de travailler désormais pour la paix. La cérémonie s'est déroulée en présence de tout le corps diplomatique accrédité à Kinshasa, la capitale de la RDC, et devant une foule de Congolais, médusés et visiblement incrédules face à ce qui se passait dans ce palais du peuple plein à craquer.
Ruberwa, président du désormais 'RCD', parti politique, a toussoté, marquant une petite pose au moment où il prononçait la phrase fatidique de "veiller à l'intégrité et à l'indivisibilité du territoire de la RDC".
Etait-ce pour marquer l'importance de la phrase où une certaine émotion qui l'étranglait subitement, en tant qu'initiateur de la guerre du 2 août 1998 et allié du Rwanda voisin? Le public qui, bien évidemment, l'attendait à ce tournant, a fortement applaudi pour lui montrer qu'il était témoin. "C'est pour qu'il sache que nous sommes témoins de son engagement devant le peuple congolais", confie à IPS, Christiane Maneno, vice-gouverneur désignée de la province du Sud-Kivu, avec résidence à Kinshasa, pour raison de guerre.
La prestation de serment des vice-présidents de la République, notamment ceux issus de la rébellion, a contribué à beaucoup baisser la tension à Kinshasa et dans tout le pays, à la suite d'une série d'incidents récents entre le Comité national de suivi du processus de paix et les autorités du RCD qui avaient multiplié des actes cadrant mal avec l'évolution normale du processus de paix. Le RCD avait en effet créé, contre toute attente, trois régions militaires sur le territoire qu'il occupe, alors que le dossier se trouvait en discussion au comité de suivi.
Plus grave, le RCD avait nommé, à la tête de ces régions militaires, des personnes qui, par exemple, avaient trempé dans des problèmes liés à la sécurité de l'Etat. C'est le cas du major Bora, nommé à Kindu alors qu'il est cité dans l'assassinat du président Laurent Désiré Kabila. Ou encore d'autres qui avaient été cités dans des massacres à grande échelle de populations à Kisangani, dans l'est du pays, en mai 2002. C'est le cas d'un officier du RCD, identifié sous le sobriquet de "Tango Four", nommé curieusement à Kisangani. Au terme de sa réunion du 16 juillet, le Comité national de suivi, qui comprend deux représentants du RCD, a déclaré "nulles et de nul effet" les dernières décisions prises par le RCD. Apparemment, tout est rentré dans l'ordre, ce qui a permis une atmosphère de sérénité au cours de la cérémonie de prestation de serment.
Des signes évidents de détente avaient été observés dès mercredi dernier à l'arrivée, à Kinshasa, de Ruberwa. Le leader du RCD, dont on se demandait s'il allait finalement rejoindre ses collègues pour la cérémonie de prestation de serment, est arrivé dans la capitale congolaise ce mercredi, en fin d'après-midi, et a été immédiatement reçu par le président Kabila. A l'issue de la rencontre, Ruberwa a réitéré l'engagement du RCD, devenu désormais parti politique, d'abandonner le sentier de la guerre pour se consacrer au travail de reconstruction du pays. "Il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix. Nous allons désormais travailler pour la consolidation de la paix", a-t-il déclaré. Cependant, il n'empêche que le malaise persiste toujours dans le subconscient de la majorité des Congolais. Le spectre de la guerre demeure toujours vivace en dépit des professions de foi des ex-belligérants. Manara Kamitenga, professeur d'université, originaire de la province du Maniema (est de la RDC), se dit convaincu que les ex-rebelles sont venus avec des agendas cachés qu'ils livreront au grand jour, le moment venu : "Je ne conçois pas", a-t-il dit, "que le RCD ait coupé le cordon ombilical avec le Rwanda". Un autre souci pour les Congolais, c'est l'absence d'Etienne Tshisekedi, leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, opposition politique), dans la nouvelle configuration politique. "Si Tshisekedi n'est pas l'homme qui peut sauver la situation, il ne possède pas moins une dose certaine de nuisance", affirme Raphaël Kupanya, un juriste de Kinshasa.

