SANTE: Mandela appelle les Etats-Unis et l'Europe à faire davantage pourla lutte anti-SIDA

PARIS, 21 juil (IPS) – "La science nous a déjà donné le moyen de stopper la maladie (SIDA). Le problème est qu'il ne peut pas être utilisé là où il est nécessaire", a déclaré Nelson Mandela à la 2ème conférence scientifique de la Société internationale du SIDA (IAS), à Paris.

Mandela a fait sa déclaration le 16 juillet, à la veille de la conférence des donateurs du Fonds global créé il y a deux ans par les Nations Unies, contre le SIDA, la tuberculeuse et le paludisme, réunie pour faire le point sur les questions économiques liées à la pandémie. La 2ème conférence scientifique de l'IAS s'est tenue en partenariat avec l'Agence française de recherche sur le SIDA (ANRS), la semaine dernière. L'ancien président sud-africain a également évoqué la "réalité choquante" de "la plus grande crise sanitaire de notre histoire", égrenant des chiffres terribles : 45 millions de personnes dans le monde vivent avec le SIDA; 10.000 morts par jour; 26 millions de morts depuis le début de l'épidémie – pour 90 pour cent d'entre eux dans le Tiers-monde; des millions d'orphelins, sans oublier les 6 millions de personnes qui ont un besoin immédiat de traitement contre le VIH, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

N'oubliant pas de faire référence au programme américain consacrant 15 milliards de dollars sur cinq ans à la lutte contre le SIDA, dont près d'un milliard est destiné au Fonds global, Mandela a réagi en ces termes : "On voudrait que ce soit davantage. C'est un point de départ. Si les autres nations et le secteur privé s'engagent, rien n'empêchera les Etats-Unis d'augmenter la part des 15 milliards de dollars allant au Fonds global.

Nous, peuples africains, suivrons le déroulement de cet engagement".

Modibo Kane, président du Réseau africain des personnes vivant avec le VIH, venu du Mali, fait une analyse sévère de la situation : "Cette conférence est la preuve que les associatifs et les scientifiques du monde entier sont à pied d'œuvre, mais sont confrontés à un manque d'argent qui revient comme un leitmotiv. Or nous savons qu'il y en a. Lorsqu'une guerre éclate, on trouve des milliards. Par exemple, pour entretenir ses troupes qui occupent de manière illégale l'Irak, les Etats-Unis dépensent 4 milliards de dollars par an. Pour le SIDA, les bailleurs de fonds sont là, mais rien n'est annoncé. C'est à mon sens de l'homicide volontaire et un crime contre l'humanité".

Selon un rapport de l'ONU-SIDA, les dépenses pour lutter contre le virus dans les pays du Tiers-monde resteront inférieures aux 10,5 milliards de dollars souhaités par l'ONU pour 2005. "Même avec les récentes augmentations, l'écart entre les besoins et les fonds reçus continue d'être l'un des obstacles principaux au contrôle de l'épidémie", a expliqué Peter Piot, directeur de l'ONU-SIDA.

Cette situation, qui donne le sentiment d'une indifférence des pays riches, explique la colère exprimée par le plus célèbre des Africains dans le monde – Mandela – qui est venu dans la capitale française évoquer la détresse de l'Afrique privée de traitement. Mandela qui est devenu également une figure charismatique de la lutte anti-SIDA et l'avocat des pays en développement auprès des donateurs.

De son côté, le président Jacques Chirac a annoncé le triplement de la contribution française au Fonds global, qui passe de 50 millions d'euros à 150 millions d'euros. En prenant à témoin l'exemple français, Mandela a, en présence de Romano Prodi, président de la commission de l'Union européenne, insisté pour que les autres nations européennes augmentent "leur engagements vis-à-vis du fonds. Du fait de sa taille et de sa richesse, l'Europe devrait au moins égaler, sinon dépasser la contribution américaine", selon Mandela. Longuement applaudi, son discours a donné lieu à des manifestations et des interventions musclées de la coalition 'Fund the Fund' (Financez le fonds), qui comprenait l'ACT-UP Paris, l'organisation américaine 'Health Gap' et les Sud-Africains de la 'Treatment Action Campaign', avec des slogans comme : "Traitez les 6 millions! Où sont les 10 milliards?". Ces associations faisaient référence aux 10 milliards de dollars par an, estimés nécessaires par le Fonds global pour lutter de manière efficace contre le SIDA.

Sur le front de la recherche, l'Agence française de recherche sur le SIDA a annoncé qu'elle entreprendrait, en collaboration avec des Américains, une vaste campagne de traitement par tri-thérapie sur douze sites africains.

L'objectif est de protéger l'enfant et la famille de l'infection. Autrement dit, parallèlement aux programmes préventifs mis en place – de la mère à l'enfant – pour empêcher la contamination à la fin de la grossesse ou lors de l'accouchement, il sera bientôt possible de prévenir la transmission du VIH lors de l'allaitement maternel. C'est ce qu'a démontré l'étude SIMBA (Stopping Infection from Mother to Child via Breastfeeding in Africa), publiée à Paris. Elle a été menée à Kigali, au Rwanda et à Kampala, en Ouganda, avec un centre de traitement des Pays-Bas, en collaboration avec l'Institut supérieur de santé italien sur environ 400 femmes et nouveaux-nés, avec des essais concluants.

Le risque de contamination de l'enfant par le virus du SIDA dans le ventre de sa mère séropositive, est établi. Pour l'éviter, on peut avoir recours à une césarienne, mais seulement si le pays possède l'infrastructure nécessaire. Ce qui n'est pas le cas dans bon nombre de pays pauvres.

Une autre solution est possible, démontrée parallèlement par une autre série d'essais réalisés dans des pays développés : en prescrivant de la zidovudine (ou AZT) dans le dernier mois de grossesse, avec un complément de traitement après l'accouchement. Cette indication préventive s'additionne avec des anti-rétroviraux comme l'AZT couplé avec une dose de névirapine. Plusieurs protocoles sont possibles avec les anti-rétroviraux. Mais le plus simple est la mono-thérapie par l'AZT, qui réduit la transmission du virus à un taux d'environ 10 à 12 pour cent, comme le confirment des données scientifiques dans plusieurs régions d'Afrique. Le deuxième, plus efficace, fait chuter le taux de transmission du virus à 6 pour cent selon des résultats en Côte d'Ivoire, et à 2 pour cent en Thaïlande. De plus, ce type de prévention n'est pas très coûteux et peut s'adapter à un grand public, à l'échelle africaine.

Seulement, Dr François Dabis, coordonnateur du programme mère-enfant de l'ANRS à Abidjan, en Côte d'Ivoire, a regretté que la pénétration de ces programmes pilotes soit encore faible dans les pays du Sud. "Seulement 5 pour cent des femmes enceintes séropositives bénéficient d'une intervention quelconque pour empêcher la transmission du virus à leur enfant. Nous possédons pourtant des moyens performants avec les anti-rétroviraux, mais seulement 30 pour cent des femmes concernées acceptent cette prévention".