ENERGIE: Le pétrole du Tchad coule dans le pipeline

N'DJAMENA, 17 juil (IPS) – Le pétrole au Tchad devient de plus en plus une réalité, le premier baril de brut a symboliquement coulé dans le pipeline depuis le 15 juillet. Depuis quelques jours, la mise en production des champs pétrolifères de Miandoum a démarré dans le sud du pays.

Le pétrole brut est pompé à partir des champs de Miandoum où les différentes installations de surface – nécessaires à la production – sont déjà prêtes. L'oléoduc s'étend sur 660 miles des champs pétroliers du sud du Tchad à un terminal flottant de stockage et de déchargement situé en mer à sept miles de Kribi au Cameroun. L'oléoduc est long de 1070 kilomètres. Les travaux de construction des unités centrales de traitement au Tchad continuent, et le niveau normal de production sera atteint à la fin de l'année. Les opérations de forage se poursuivent également sur les deux autres champs, à Kome et Bolobo, tous dans la région de Doba, dans le sud.

Une fois les forages achevés, la production des 225.000 barils/jour sera couverte à partir des puits et installations de ces champs.

Pendant les 25 ans prévus pour l'exploitation, le pétrole fournira au Tchad un bénéfice annuel de 2 milliards de dollars US et le budget du gouvernement pourra augmenter de 45 à 50 pour cent. Le gouvernement tchadien a pris des mesures pour mieux gérer les revenus pétroliers. Il prévoit de mettre de côté 10 pour cent des revenus pour les générations futures, 5 pour cent pour le développement de la zone pétrolière et 80 pour cent pour les secteurs dits prioritaires : éducation, santé et services sociaux, développement rural, infrastructuresà Dans un communiqué de presse annonçant l'entrée en fonction du pipeline, le gouvernement, a exprimé sa "satisfaction et sa gratitude à la Banque mondiale qui, malgré les controverses, a continué de soutenir le projet à cause des avantages qu'il présente sur le terrain de la lutte contre la pauvreté au Tchad". Il a félicité également "le consortium composé de Esso, Chevron Texaco et Petronas pour ses efforts en vue de l'exécution satisfaisante de cette phase du projet, et particulièrement du respect de ses engagements dans le cadre des plans de gestion environnementale et socio-économique". Le communiqué s'est appesanti sur le fait que le "Collège de contrôle, avec l'appui de la Banque mondiale, continuera à faire progresser la mise en œuvre du plan de gestion des revenus" pétroliers.

Exprimant aussi sa satisfaction pour l'exécution des travaux de construction, Rex Tillerson, vice-président du Groupe Exxon Mobil a déclaré : "A ce jour, la sécurité globale des travailleurs sur le projet a été exemplaire, avec plus de 50 millions d'heures de travail sans enregistrer un seul accident avec arrêt de travail sur les sites de construction et de forage".

Cependant, les réactions des Tchadiens sont multiples, les uns et les autres essayant de voir plutôt ce que ce pétrole peut apporter comme changement dans leur vie quotidienne. Aliouda Limane, planificateur de vol à la 'Mission Aviation Followship', explique : "Le pétrole tchadien aura probablement des conséquences sur mon travail car le nombre de vols (d'avion) va peut-être augmenter. Les organisations non-gouvernementales (ONG) avec lesquelles nous travaillons vont commander plus de voyages qu'auparavant, ce qui nous permettra de faire des entrées importantes d'argent et à d'augmenter nos salaires". Bérénice Rimbarné, vendeuse de pagnes au grand marché de N'Djamena, la capitale tchadienne, émet un espoir : "Grâce à l'argent que le pétrole va amener, il n'y aura plus d'achat à crédit. Les gens auront suffisamment d'argent pour pouvoir acheter cash mes pagnes. Car en ce moment, on souffre beaucoup; les gens prennent les marchandises à crédit et il faut pratiquement les poursuivre pour récupérer son argent. Alors, j'espère que le pétrole va nous aider".

Lorsque pour certains, le pétrole doit leur permettre d'accroître leur chiffre d'affaires, pour d'autres, cela constitue plutôt une source de préoccupation. "La gestion des revenus pétroliers doit être bien faite.

Nous avons obtenu la création du Collège de contrôle et de surveillance des revenus pétroliers dans cet objectif. C'était du forcing au niveau de la société civile et de la Banque mondiale", déclare Dobia Assingar, président de la Ligue tchadienne des droits de l'Homme (LTDH). Selon Assingar, la Banque mondiale "devait, pour financer le projet pétrole, accepter notre exigence. Donc, c'est dire que la mise en place du collège n'est pas arrivée parce que le gouvernement veut la bonne gestion.

Car pour preuve, les populations n'ont bénéficié, jusque-là, que de la poussière des chantiers. Maintenant que le brut est sorti, il faudra que le collège se mette sérieusement au travail".

collège se mette sérieusement au travail".

Pour les Tchadiens ordinaires, c'est également le doute qui domine encore quant à la réalité de ce pétrole. "Pour moi, le pétrole peut jaillir, mais je ne suis pas encore sûr; parce qu'il me faudra d'abord mettre ce pétrole dans ma lampe avant que je ne puisse croire au pétrole tchadien. Il y a un proverbe chez moi (Ngambaye) qui dit que lorsqu'on attrape une silure, il faut d'abord la prendre par la tête pour en être sûr; si c'est par la queue, elle peut disparaître. Et donc, ce pétrole tchadien est comme une silure pour moi, je ne suis pas sûr", dit Faustin Gayandé, un jeune Tchadien de la capitale.

Pour marquer le démarrage officiel des opérations de l'oléoduc, des cérémonies d'inauguration sont prévues à la fin septembre au Tchad et à la fin d'octobre au Cameroun.