COTONOU, 17 juil (IPS) – La commémoration de la journée de la Renaissance scientifique de l'Afrique, le 5 juillet, a révélé au grand public les œuvres de quelques inventeurs béninois qui apportent des solutions concrètes aux problèmes quotidiens de leurs compatriotes.
Un professeur d'université, Joseph Hounhouigan, s'est illustré dans la recherche agroalimentaire. Il a inventé un procédé permettant de faire, sous forme de granulés secs ensachés, la bouillie la plus prisée des Béninois, le 'aklui', l'équivalent local du café ou du thé pris au petit déjeuner par les nantis. "Le aklui est populaire et fait l'objet d'une consommation quasi quotidienne chez les Béninois. A Cotonou, la plus grande ville du Bénin, c'est le deuxième produit consommé au petit déjeuner après le riz accompagné de sauce", révèle Hounhouigan, se référant à une enquête menée en 2000 dans la capitale économique béninoise qui compte quelque 700.000 habitants. La plupart des consommateurs achètent le 'aklui' auprès des productrices-vendeuses. Or, certaines personnes instruites et économiquement aisées mettent en doute la qualité sanitaire du produit vendu par ces dames et, de ce fait, en consomment peu ou pas du tout. De plus, le processus artisanal de fabrication du 'aklui' étant long et pénible, ces personnes ne pouvaient pas, elles-mêmes, en fabriquer à la maison. Résultat : elles n'arrivaient plus à consommer leur bouillie préférée. Il apparaissait alors nécessaire de stimuler la production et la consommation de cette bouillie en mécanisant partiellement sa production et en améliorant la qualité du produit. Les recherches de l'équipe du professeur Hounhouigan ont abouti à un produit roulé, sec, prêt à cuire, primé le 5 juillet par le Centre béninois de la recherche scientifique et technique (CBRST). Le CBRST a également récompensé une chercheuse autodidacte, Sébastienne Adjadogbé, qui a créé un thé à base de soja qu'elle a appelé "J'assure le thé". Un produit qui, selon elle, "possède des vertus alimentaires et thérapeutiques". La qualité première de ce produit déjà vendu dans les pharmacies et les supermarchés au Bénin, est que, contrairement au thé habituel issu d'un arbre, il est extrait du soja, une plante légumineuse, riche en protéines, en plusieurs vitamines et en sels minéraux. 'J'assure le thé' "est un substitut des thés et cafés occidentaux. Il a l'avantage de ne contenir aucun excitant. Pris avec de l'eau chaude, du sucre et du lait, il peut aider à limiter les maladies cardio-vasculaires", affirme Adjadogbé. Gado Idrissou, jeune étudiant sorti en 2002 du Complexe polytechnique universitaire (CPU) de Cotonou, a inventé un fumoir à poissons amélioré, qui permettra aux femmes de conserver pendant plusieurs mois, au lieu de quelques jours, leurs poissons fumés. "Avec ce fumoir amélioré, les poissons sont fumés à la vapeur et non au feu. Cela permet d'avoir des poissons bien fumés et mieux conservés", confie Idrissou. "Lorsqu'on sait que le poisson est l'un des aliments les plus consommés au sud du Bénin, on comprend mieux la portée de l'invention de Gado Idrissou", commente Désiré Vigan, professeur dans un collège de Cotonou. Une "mallette de sûreté" est l'invention classée première par le jury du CBRST. L'inventeur, un ingénieur agronome, Pierre Aïounou, dans le département du Mono (sud-ouest du Bénin), a constaté que ses agents de vulgarisation sont souvent agressés par des bandits quand ils vont sur le terrain. Leurs matériels, les motos notamment, sont volés, et les bandits attentent parfois à leur vie lorsqu'ils tentent de leur résister. Les enquêtes ont révélé que c'est par la carte de zone et l'ardoise murale, affichées devant la porte du logement de l'agent, que les malfrats arrivent à connaître son itinéraire de travail pour la journée pour se mettre à sa trousse en pleine brousse. Aïounou a alors conçu une mallette sécurisée contenant la carte de zone et l'ardoise murale, qui permet de garder secrètes les informations sur la position géographique des agents. Ainsi est née la CAMAP (Carte et ardoise murale à accès protégé). La mallette reste fixée au mur, mais est inaccessible aux intrus. "Avec la CAMAP, seules les personnes qui connaissent le code de la mallette, notamment l'agent et son patron, ont accès aux informations qui y sont contenues", explique Aïounou. La mallette permet également de mettre à l'abri – des intempéries et du vol – les outils de vulgarisation habituellement affichés. "Avec de tels résultats, peut-on continuer à dire, sans être gêné, que les Africains ne font pas de la recherche?", s'interroge le professeur Moudachirou Mansourou, chercheur au CBRST. Mansourou ajoute : "Ce qui nous manque le plus, ce sont les moyens.
Figurez-vous qu'au CBRST, cela fait plusieurs années que nous demandons sans succès qu'on nous augmente le débit de l'électricité. Lorsque le chercheur béninois doit se rendre sur un champ d'expérimentation, il est obligé d'y aller avec sa propre voiture. Et s'il n'a pas de voiture, que va-t-il faire? Il arrête ses recherches? Voilà pourquoi les chercheurs africains n'avancent pas. Il nous faut des moyens comme dans les pays occidentaux, ce n'est pas le talent qui nous manque". "Je constate que toutes ces inventions primées par le CBRST apportent des réponses ponctuelles à des problèmes qui se sont posés à un moment ou à un autre aux Béninois. C'est la preuve que les Africains sont capables de réfléchir et de trouver des solutions à leurs problèmes si on leur en donne les moyens", soutient Armelle Hounou, étudiante à l'Université d'Abomey-Calavi, à 15 kilomètres de Cotonou. Le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kèmoko Bagnan, a promis de soutenir les lauréats "pour entraîner les jeunes talents inventeurs et innovateurs béninois sur leur voie".

