POLITIQUE: Les réfugiés sierra léonais retournent chez eux

FREETOWN, 16 juil (IPS) – "Dieu soit loué qu'on soit rentré sain et sauf", déclare Emerson Fowai âgé de 20 ans, qui faisait partie des 360 Sierra Léonais évacués la semaine dernière du Libéria déchiré par la guerre.

"J'ai vécu au Libéria pendant dix ans et considéré ce pays comme ma patrie, mais j'ai pensé que l'état actuel de l'insécurité est trop pour moi pour y rester", ajoute Fowai qui était dans un collège à Monrovia.

Mariama Koroma, mère de trois enfants, est aussi retournée au pays après huit ans comme réfugiée au Libéria. "Je suis heureuse d'avoir été secourue du piège de la mort (Monrovia). J'ai vu la mort et la destruction au cours des combats de rue du mois dernier entre les forces rebelles et les troupes gouvernementales. Je ne veux plus être à nouveau victime d'une telle situation".

Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a commencé le rapatriement des réfugiés sierra léonais du Libéria la semaine dernière.

Et jusqu'à présent, près de 700 ont été transportés en deux contingents.

"Il y a environ 36.000 réfugiés sierra léonais au Libéria. Jusqu'à présent, 5.000 se sont fait enregistrer dans notre bureau de Monrovia pour le rapatriement", indique l'officier supérieur chargé de logistique, Maggie Heraty.

Un navire danois MV Overbeck est en location pour les besoins de rapatriement et les officiels du HCR disent que l'exercice pourrait durer deux mois.

La plupart des candidats au retour sont des femmes et des enfants. Ils ont passé deux nuits en haute mer et selon des informations, ils auraient vécu des conditions climatiques violentes. Certains sont descendus avec le rhume et la fièvre. Un bon nombre d'enfants paraissaient mal nourris, certains étaient non accompagnés. Philips Kamara, un officiel de l'Agence de coopération internationale pour la protection de l'enfance (COPI) a dit à IPS, la semaine dernière au port où le navire a accosté avec les candidats au retour : "Nous sélectionnons les enfants et identifions ceux qui sont non accompagnés. Nous les mettons ensuite dans un centre de soin provisoire et nous les assistons dans leurs besoins". Pour les adultes aussi, quelques organisations non-gouvernementales (ONG) harmonisent leurs stratégies et ressources afin de les réinstaller. Ceux qui vivent dans les provinces sont transportés dans leurs villes natales et villages respectifs. "On leur fournit de la nourriture et des ustensiles comme un moyen de commencer une nouvelle vie", dit Heraty.

Beaucoup de réfugiés, notamment du camp VOA près de Monrovia, disent qu'ils ont fui pour venir au Libéria il y a six à dix pour échapper au conflit en Sierra Léone. VOA est l'un des quatre camps de réfugiés à Monrovia, qui hébergeaient ensemble 15.000 réfugiés sierra léonais avant le récent round de combats. Selon les officiels du HCR, le camp tentaculaire de VOA est pratiquement déserté et beaucoup d'anciens résidents se cachent encore comme des Libériens déplacés dans différentes ambassades, des locaux des Nations Unies, écoles et églises de la capitale libérienne assiégée.

Le désir des réfugiés de rentrer pourrait être lié au départ de l'ONU et des travailleurs humanitaires des ONG internationales le 9 juin suite à l'aggravation de la situation de la sécurité à Monrovia. "Nous vivions dans des conditions extrêmement difficiles et n'avions reçu virtuellement aucune assistance des agences de secours. C'était alors impératif pour nous de partir", se lamente Momoh Kawa, père de six enfants.

Avec la baisse des combats au Libéria même, il semble que l'aide humanitaire revient peu à peu, mais le sentiment d'insécurité continue à éloigner les gens. Beaucoup craignent la reprise des hostilités malgré l'espoir qu'une force militaire régionale, soutenue par les Américains, pourrait aider à stabiliser la situation.

Les officiels du gouvernement sierra léonais sont enthousiastes de voir leurs nationaux évacués du Libéria. Le mois dernier, au moment où les combats s'approchaient de Monrovia, l'ambassadeur de Sierra Leone dans ce pays assiégé, Patrick Foyah, avait indiqué à IPS que son gouvernement menait des négociations avec des groupes comme l'Organisation internationale des migrations (OIM) et l'agence des réfugiés de l'ONU afin de faciliter le rapatriement des Sierra Léonais du Libéria.

Un officiel de la Commission des ouvres sociales de Sierra Leone (NaCSA), l'agence s'occupant des questions de réinstallation, a dit à IPS le 11 juillet, que le gouvernement s'occupait actuellement du problème des candidats au retour.

"Le gouvernement, par l'intermédiaire de la NaCSA, aide les candidats au retour en leur donnant des refuges et des objets essentiels pour leur permettre de recommencer leur vie", a affirmé l'officiel.

Pendant ce temps, les Sierra Léonais se préparent au retour de leurs compatriotes, ainsi qu'aux réfugiés libériens qui veulent quitter leur pays.