MAPUTO, 15 juil (IPS) – Les grands hommes de l'Afrique, ses chefs d'Etat, ont dominé la ville portuaire du Mozambique, Maputo, la semaine dernière pendant que leurs cavalcades traversaient en carène les routes étroites de la cité.
Les convois de sept à 15 véhicules d'un coup – la taille dépendait de l'importance de l'homme à l'intérieur de la Mercedes Benz au milieu du convoi – dispersaient tous les citoyens ordinaires dans leur sillage, remplissant l'air du bord de la mer dormante avec le hurlement de leurs klaxons.
Ils ne couraient pas seulement aux sessions officielles, mais aussi entre des réunions pour démarcher en faveur des chefs exécutifs qui vont prendre les rênes de l'union dans sa commission à partir de septembre 2003.
L'Union africaine (UA) et son initiative de développement, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), est la 14ème tentative de l'Afrique d'un programme politique et économique pour tirer le continent de son bourbier au bas de l'échelle du développement.
Le rapport de l'index du développement humain annuel du Programme des Nations Unies pour le développement, publié à Maputo la semaine dernière, a conclu que le continent n'est pas près d'atteindre les indicateurs prévus du développement humain de base appelés les objectifs de développement du millénium à la date proposée de 2015. Trente-quatre des pays les moins avancés du monde sont en Afrique.
Alpha Oumar Konaré, l'ancien président du Mali, était élu sans opposition la semaine dernière comme le président de la commission de l'UA. Comme son prénom Alpha l'indique, il est maintenant l'un des premiers hommes de l'Afrique et a prêté serment samedi à la fin de la réunion.
Comme l'équivalent du chef exécutif, la place de Konaré sera vitale pour assurer que l'union ne s'éloigne pas de tous les autres plans qui étaient bien intentionnés, mais qui sont allés au-delà de leurs versions écrites.
"Il est un pan-africaniste engagé et un grand fils de l'Afrique", a dit le président mozambicain Joachim Chissano à l'investiture de Konaré. Konaré travaillera avec neuf commissaires dont cinq seront des femmes. C'est la première fois qu'un corps dirigeant sur le continent parvient à la parité de genre à sa tête.
Les cinq femmes, élues aussi à la réunion de l'UA, sont Julia Dolly Joiner de Gambie qui s'occupera des affaires politiques; Gavanas Bience Philomena, la commissaire aux affaires sociales, de Namibie; Saida Agrebe, la commissaire aux ressources humaines, à la science et à la technologie, de Tunisie; Elisabeth Tankeu, la commissaire au commerce et à l'industrie, du Cameroun et Posebud Kurwijila, la commissaire à l'économie rurale et à l'agriculture, de Tanzanie.
Un diplomate sud-africain a décrit Konaré comme "très charismatique". Un autre a ajouté : "Il est très respecté comme une personnalité politique influente". L'ancien secrétaire général de la commission de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), Amara Essy, qui a également servi comme président intérimaire de l'Union africaine depuis sa création en juin de l'année dernière, a quitté la course au moment où sa patrie, la Côte d'Ivoire a retiré sa candidature.
Des sources au sein de l'UA ont indiqué que les chefs d'Etat voulaient élever la place du président de la commission à celle d'un chef d'Etat pour donner à l'union du poids. Essy était un ancien ministre des Affaires étrangères.
Tous les neuf commissaires sont des personnalités publiques de premier rang, reconnues dans la vie publique, dans le secteur académique ou la société civile. "Nous voulions élever le profil de l'organisation. Les dirigeants (du monde) n'auront aucun problème à rencontrer Konaré et nous sommes assurés qu'il ne sera pas renvoyer au rang des ministres de la Coopération et du Développement", a déclaré un ancien émissaire de l'ONU.
Dans son discours d'acceptation, Konaré a montré que son mandat aurait à s'ouvrir sur l'extérieur afin d'obtenir du soutien. "L'Afrique ne peut pas survivre sans le partenariat avec le reste du monde. L'Afrique a besoin du soutien de la communauté internationale, le soutien politique et matériel", a-t-il dit.
Pendant que ses lobbies se confondaient en compliments au sujet de Konaré, d'autres revues sur l'homme âgé de 57 ans étaient mitigées, avec des analystes faisant remarquer que l'ancien professeur d'histoire et d'archéologie a manqué de faire démarrer un programme de développement perceptible dans sa patrie, le Mali. Un profil de la BBC sur lui l'année dernière l'a peint comme un "maître du tournoiement".
Konaré était le président de 1992 jusqu'en juin l'an dernier et a, auparavant, occupé le poste de ministre des Sports et des Arts en 1978.
Entre 1999 et 2000, il était le président de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) regroupant 15 nations.
Anthropologue passionné, il est crédité d'avoir été un protecteur énergique de grosses ressources archéologiques, académiques et d'histoires culturelles du Mali. Il prendra fonction à son poste au siège de l'UA en Ethiopie en septembre. Konaré est marié à Adame Konaré et père de trois fils et d'une fille.
En plus de la fonction du président de la commission de l'Union africaine, il est aussi membre du groupe chargé des questions sur la faim du projet millénium des Nations Unies et président de la commission africaine sur les nouvelles technologies électroniques.
Ses tâches immédiates seront d'assurer le démarrage correct et rapide des nouvelles structures de la commission et de collecter des fonds pour l'Union africaine. Huit pays membres ont des arriérés pour l'union.
Les protocoles ou lois, qui établiront les normes supranationales pour l'union, doivent aussi être ratifiés par le nombre requis de pays. Ceux-ci incluent le conseil de paix et de sécurité, ainsi qu'un parlement pan-africain et le mécanisme africain de revue des pairs.

