EDUCATION: L'UNICEF invite les Etats africains à investir davantage pourl'instruction des filles

OUAGADOUGOU, 16 juil (IPS) – Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a lancé une campagne visant à réduire considérablement l'écart entre garçons et filles à l'école et à réaliser la parité des deux sexes en 2005 à travers l'initiative 25-2005.

L'initiative concerne huit pays d'Afrique de l'ouest et du centre. Selon l'UNICEF, les pays choisis comptent plus d'un million de filles non scolarisés et figurent sur la liste "Initiative accélérée" de la Banque mondiale relative à l'éducation pour tous. Ces pays sont 15 en Afrique parmi les 25 ciblés dans le monde par l'UNICEF pour l'accélération de l'éducation des filles.

Le Bénin, le Burkina Faso, la Centrafrique, la République démocratique du Congo, le Mali, la Guinée, le Tchad et le Nigeria font partie des 15 pays africains et des 25 ciblés dans le monde. Ils constituent également des pays à haut risque où l'inscription et la parité de genre sont menacées par l'impact du VIH/SIDA, les conflits, et les catastrophes naturelles. Dans les pays concernés, l'écart entre les deux sexes atteint souvent 25 pour cent. Le taux brut de scolarisation des filles est en dessous de 70 pour cent et l'écart de la disparité entre filles et garçons – au cours primaire – est égal ou supérieur à 10 pour cent.

Au Bénin, 57 pour cent de filles vont à l'école contre 28 pour cent au Burkina Faso. Au Nigeria, où 33 pour cent de filles vont à l'école, la disparité entre les deux sexes est de 5 pour cent.

L'initiative, qui consiste à inscrire le plus grand nombre de filles à l'école d'ici à 2005, correspond aux objectifs de développement du millénium. Elle vise à faciliter l'accès à l'école des filles des milieux ruraux et des quartiers pauvres, à garantir le maintien de toutes les filles inscrites à l'école à travers la promotion des écoles prenant en compte les besoins des filles. L'initiative vise également à s'assurer que les filles terminent le cycle primaire, atteignent le niveau de fin d'apprentissage et ont accès à l'enseignement secondaire.

Selon la directrice générale de l'UNICEF, Carol Bellamy, l'éducation des filles est urgente dans la sous-région. "Nous ne pouvons attendre passivement alors que des jeunes filles sont privées de leurs droits, de la possibilité de devenir des femmes en bonne santé, des citoyennes plus productives et des mères mieux informées. C'est cela qu'offre l'éducation et nous ne pouvons, en notre âme et conscience, le leur refuser", déclare Bellamy.

En Afrique sub-saharienne, moins d'une fille sur quatre atteint l'école secondaire. Des études de l'UNICEF dans 19 pays font ressortir que 40 pour cent des femmes non scolarisées n'ont aucune connaissance du VIH/SIDA, comparées à 9 pour cent de femmes qui ont au moins l'éducation primaire.

Chaque année, des adolescentes donnent naissance à 13 millions d'enfants.

Selon la Banque mondiale, une année scolaire, notamment pour une fille au secondaire, réduit de 10 pour cent la possibilité d'enfant précocement.. Et une année scolaire supplémentaire, pour 1.000 filles, signifierait deux fois moins de décès maternels dans ce groupe. "Améliorer l'accès à l'éducation pour les filles, peut contribuer à vaincre le cycle de la pauvreté entre une génération et la suivante et servir comme catalyseur pour le développement humain en général", souligne Bellamy.

Cependant, reconnaît l'UNICEF, l'élimination des disparités de genre en matière d'éducation signifie qu'il faut résoudre le problème dans un contexte de crises humanitaires de développement et aborder, outre les questions éducationnelles, celles liées au développement de l'enfance précoce, la nutrition, la santé, l'eau, l'assainissement et la protection de l'enfant.

L'UNICEF, qui reconnaît également que le manque de moyens financiers, l'insuffisance des infrastructures empêchent les pays africains d'opérer des réformes du système éducatif, s'est engagé à aider à mobiliser des donateurs. L'agence onusienne a toutefois invité les pays africains à mobiliser leurs ressources locales et à les utiliser rationnellement avant l'intervention des bailleurs de fonds.

Pour mieux réfléchir sur les options d'investissement et atteindre les objectifs de 2005, l'UNICEF et la Banque mondiale ont tenu à Ouagadougou, la capitale burkinabè, un atelier qui réunissait des experts africains et 24 ministres de l'Education du continent, à l'issue du lancement de l'initiative.

"Les pays doivent eux-mêmes rechercher les moyens d'accroître le taux de scolarisation à l'école à travers la mobilisation des communautés qui peuvent participer à la construction d'écoles ou même de logements d'enseignants. C'est d'abord le rôle de l'Etat de prendre les devants avant que les communautés suivent le pas si elles se rendent compte que l'école est faite pour elles et qu'elles en sont les bénéficiaires", a expliqué Rima Salah, directrice de l'UNICEF pour l'Afrique de l'ouest et du centre.

Selon Salah, les pays doivent revoir leur système d'investissement du système éducatif afin qu'une bonne partie des financements aillent réellement dans les infrastructures et la création d'un environnement favorable aux études. Les pays participants à l'atelier se sont engagés, dans une "Déclaration de Ouagadougou", à opérer des "choix difficiles" pour réduire l'inégalité entre garçons et filles d'ici à 2005 pour atteindre l'éducation pour tous en 2015.

"Il faut équilibrer les dépenses de fonctionnement afin de permettre de recruter le maximum d'élèves. Sinon, on recrutera très peu et les enfants resteront à la maison", explique Alain Mingat, spécialiste de l'éducation à la Banque mondiale. "Les enseignants doivent être bien payés, mais il faut équilibrer le problème des enseignants à l'école et celui des enfants qui restent à la maison". Mingat estime qu'il ne suffit pas de réduire aujourd'hui les salaires des enseignants, mais il faut introduire une meilleure gestion de leur carrière qui leur permet de contribuer réellement à l'éducation d'un plus grand nombre d'élèves.

"Pour atteindre les objectifs de 2005, il faut des sacrifices politiques.

C'est un acquis à ce niveau avec l'engagement des premiers responsables de nos pays. Mais, nous avons besoin d'une volonté politique pour la réalisation physique des objectifs et l'implication de toutes les communautés et la communauté internationale", estime Hadiza Hima, secrétaire générale de la Conférence des ministres de l'éducation des pays ayant en partage le français (CONFEMEN).

"Nous avons besoin de stratégies qui correspondent à nos réalités, mais aussi aux ressources des différents pays parce qu'il faut compter sur ses propres moyens avant de pouvoir compter sur les ressources des bailleurs de fonds qui ne sont pas des cadeaux, mais des prêts à rembourser", ajoute Hima.

Les pays africains sont invités à envisager l'abolition des frais scolaires là où cela peut constituer un frein à la scolarisation de tous les enfants sans discrimination, à améliorer la formation des enseignants afin qu'ils changent d'attitude vis-à-vis de la jeune fille.