COMMERCE-AFRIQUE: Bush appelle pour plus d'accès au marché américain

MAPUTO, 14 juil (IPS) – Lorsqu'on évoque la Loi américaine sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA), le pacte de commerce préférentiel avec 36 pays africains, le verre est à moitié vide ou à moitié plein selon l'intéressé à qui on s'adresse. Si vous parlez aux représentants de l'administration américaine, le pronostic est rose, avec le verre se remplissant rapidement.

La semaine dernière, l'AGOA était la raison principale du voyage du président Georges W. Bush dans cinq capitales africaines. Avant sa visite, au cours d'un briefing à Washington, il avait déclaré : "L'AGOA prouve le pouvoir du commerce".

La semaine dernière, Bush a visité le Sénégal, l'Afrique du Sud, le Botswana, l'Ouganda et le Nigeria, la première visite officielle du président en Afrique, bien qu'il ait assisté aux célébrations de l'anniversaire d'indépendance de la Gambie au nom de son père – alors président George Bush senior – en 1992.

Il s'est vanté que les exportations africaines aux Etats-Unis se soient accrues de 10 pour cent par rapport à leurs niveaux de 2001 en passant à neuf milliards de dollars US. "Dans les pays à travers tout le continent africain, l'AGOA aide à réformer les vieilles économies, crée des emplois nouveaux, attire de nouveaux investissements; et plus important, donne l'espoir à des millions d'Africains". La semaine dernière, le président sud-africain Thabo Mbeki a dit que "l'AGOA a un très grand impact en termes de développement de notre économie".

Les exportations africaines représentent actuellement deux pour cent du total des exportations vers les Etats-Unis, le plus grand marché du monde.

La plupart des biens sont des textiles et des vêtements, un domaine dans lequel l'Afrique jouit d'un avantage concurrentiel à cause de ses ressources naturelles et des coûts de production relativement modestes. L'industrie des vêtements d'Afrique du Sud a été sauvée car des compagnies dans le KwaZulu-Natal et des provinces de l'ouest du Cap profitent de l'AGOA. Les exportations de vêtements aux Etats-Unis sont passées de moins d'un milliard de dollars US à huit milliards de dollars US l'an dernier. Si la chute de la monnaie en Afrique du Sud expliquait en partie l'accroissement de près de 800 pour cent, il n'y a aucun doute que l'accès préférentiel peut aider les économies émergeantes en Afrique ayant une capacité d'exportation.

C'est l'un des 22 pays – 36 sont éligibles – avec l'infrastructure, les ressources et les qualifications nécessaires à profiter de l'AGOA. Le Kenya, le Lesotho, Madagascar, l'île Maurice, le Swaziland et l'Afrique du Sud sont les plus grands bénéficiaires de l'accord de commerce préférentiel avec les Etats-Unis.

"J'en appelle au Congrès américain pour proroger l'AGOA au-delà de 2008", a indiqué Bush à Washington le mois dernier. Il a ajouté : "Nous devons proroger l'AGOA pour donner aux affaires la confiance de faire des investissements à long terme en Afrique". La semaine dernière, Bush a dit aux pays visités que l'AGOA serait prorogée. Vu sous cet angle, le verre est à moitié plein. Mais en observant l'AGOA du Sud, l'image est déformée.

Avant tout, les critiques disent que les pays pauvres ne peuvent pas négocier leur voie pour sortir de la situation. "… Nous sommes convaincus que le commerce entre des partenaires inégaux ne peut pas être la seule réponse au développement de l'Afrique", a indiqué Leon Spencer, directeur exécutif au Bureau de Washington sur l'Afrique à une audition au Congrès américain le mois dernier. En plus, Spencer a fait remarquer qu'exporter aux Etats-Unis était complexe et nécessitait plus d'aide relative au commerce pour permettre à davantage d'affaires africaines de profiter de ses avantages.

La principale organisation caritative britannique Oxfam a également critiqué les politiques de commerce contradictoires des Etats-Unis en Afrique : pendant que l'AGOA ouvre des marchés, les subventions américaines ferment effectivement les portes non seulement aux Etats-Unis, mais aussi aux marchés secondaires. "Des producteurs américains difficiles à concurrencer se battent déloyalement avec de petits fermiers pour produire des choses telles que le maïs, le riz, la volaille, le coton pour le marché mondial", ont écrit Irungu Houghton et Shehnilla Mohamed dans le journal 'Mail&Guardian' de Johannesburg, il y a environ deux semaines.

Ils ont ajouté : "La vente à perte du coton (américain) subventionné a conduit à la perte de gains de près de 250 millions de dollars US aux économies ouest-africaines".