POLITIQUE-NIGERIA: Le Safari de Bush profitera aux investisseurs américains

LAGOS, 11 juil (IPS) – La visite du président américain George W. Bush au Nigéria profitera uniquement aux investisseurs américains, affirme un activiste des droits de l'Homme.

"C'est purement un voyage d'affaires. Il servira à persuader (le président Olusegun) Obasanjo d'opter pour une sortie de l'OPEP afin d'assurer aux Etats-Unis la main-mise sur le pétrole du pays", s'exclame Segun Jedege, directeur des programmes du Comité pour la défense des droits de l'Homme (CDHR), basé à Lagos.

Le Nigéria, le sixième grand producteur de pétrole et membre de la puissante Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) basée à Vienne, bénéficie de gros investissements américains, notamment dans le secteur pétrolier.

Le géant pétrolier américain Chevron/Texaco est l'un des prospecteurs de tête au Nigéria. Il dit avoir dépensé cinq milliards de dollars en Afrique dans les cinq dernières années. Et qu'il dépensera par ailleurs 20 milliards de dollars US sur le continent au cours des cinq prochaines années.

L'Afrique de l'ouest où le Nigéria est le plus gros producteur, est considérée comme les sources de pétrole et de gaz pour le marché américain grandissant très rapidement.

Le pétrole africain fournit déjà 15 pour cent des importations américaines et il pourrait atteindre 25 pour cent à l'horizon 2015, selon le rapport sur la politique énergétique.

Le Nigéria produit deux millions de barils de pétrole brut par jour.

Mais le gouvernement dément que la visite de Bush serait seulement axée sur le pétrole. Le porte-parole du président Obasanjo, Remi Oyo, indique que le Nigéria chercherait plus de possibilités d'investissements américains dans d'autres domaines.

"La visite de Bush sera significative car ce sera la reconnaissance du rôle de leadership du Nigéria en Afrique. La visite sera caractérisée par les discussions des deux présidents sur les relations bilatérales", dit Oyo.

Le Nouveau partenariat pour le développement de (NEPAD) sera aussi discuté, ajoute-t-elle.

Le NEPAD, un programme pour relancer le développement économique de l'Afrique, engage les gouvernements africains à la bonne gouvernance en échange d'un meilleur commerce et des accords d'aide des économies développées.

Le NEPAD recherche 64 milliards de dollars US par an des investisseurs étrangers pour le redressement de l'Afrique.

La guerre au Libéria figurera aussi avec prééminence dans les discussions entre Bush et Obasanjo.

Le Nigéria a dépensé plus de 350 millions de dollars US dans les opérations de maintien de paix au Libéria et en Sierra Leone dans la décennie passée, selon des statistiques officielles.

Plus de 104 millions de dollars US seront nécessaires aux troupes ouest-africaines pour rétablir la paix au Libéria pendant six mois, selon une déclaration de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO) regroupant 15 nations.

Une force robuste de plus de 5.000 hommes est en train d'être proposée pour l'opération à cause de la nature du terrain et des tâches qui doivent être exécutées.

Le secrétaire exécutif de la CEDEAO, Mohammed Ibn Chambas, a exprimé l'espoir de voir les Etats-Unis commander cette force.

La Grande-Bretagne et la France, qui ont envoyé récemment des troupes pour calmer des crises politiques dans leurs anciennes colonies respectivement en Sierra Leone et en Côte d'Ivoire, ont fait appel aux Etats-Unis pour intervenir au Libéria, leur ancienne colonie. Bien que Washington ait encore à décider de l'envoi des troupes au Libéria, le président Bush a demandé la semaine dernière au leader libérien assiégé, Charles Taylor, de quitter le pouvoir.

Le président Obasanjo a visité Monrovia, la capitale du Libéria, le week-end dernier afin de persuader Taylor d'aller en exil. Taylor est d'accord à quitter le pouvoir, mais seulement après le déploiement d'une force internationale de maintien de paix dans son pays "pour éviter un bain de sang".

On s'attend aussi à ce que le président Bush presse le Nigéria de faire plus de progrès dans la lutte contre la corruption. Le Nigéria est réputé comme l'une des nations les plus corrompues au monde.

Bush a promis 10 milliards de dollars US en augmentant l'aide étrangère aux pays qui s'engagent à lutter contre la corruption et à ouvrir leurs marchés.

Le VIH/SIDA et le terrorisme figureront aussi dans les discussions, selon des analystes. Bush s'est engagé à dépenser 15 milliards de dollars US pour la lutte contre l'expansion du VIH/SIDA en Afrique.

Cet argent aidera le Nigéria où environ cinq millions de personnes vivent avec le VIH/SIDA, selon le Comité d'action nationale sur le SIDA (NACA) basé à Lagos.

Bien que le terrorisme ne fasse pas trop partie des problèmes de l'Afrique de l'ouest, le soutien, dont a bénéficié Osama ben Laden dans le nord du Nigéria au cours de la guerre en Afghanistan, pourrait être une source de préoccupation pour le président américain.

Le Nigéria a des frontières perméables et un espace aérien qui rend l'Amérique préoccupée par une possibilité d'attaques terroristes dans la région. Washington se souvient encore du bombardement des ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 et de l'assassinat de touristes israéliens au Kenya récemment. Bush a offert 100 millions de dollars US à l'Afrique de l'est pour améliorer la sécurité autour de leurs aéroports et ports. Le même geste pourrait s'étendre au Nigéria durant la visite de Bush à Abuja ce vendredi.

"La visite de Bush ne profitera pas aux masses pauvres du Nigéria. Le voyage appauvrira davantage les masses par la promotion des politiques économiques peu populaires comme la privatisation et la suppression des subventions", affirme Jedege.

Plus de 30 jeunes ont été arrêtés à l'ambassade américaine dans la capitale nigériane Abuja, la semaine dernière.

Les jeunes ont porté une lettre de protestation à l'ambassade américaine, disant que la visite de Bush donnerait une légitimité au gouvernement d'Obasanjo qui, affirment-ils, n'a pas remporté les élections du 19 avril.

Bush se trouve aujourd'hui en Ouganda, après le Sénégal, l'Afrique du Sud et le Botswana. Le président américain arrivera au Nigéria ce vendredi soir avant de retourner à Washington samedi.