LIBREVILLE, 9 juil (IPS) – L'Afrique centrale s'est enfin doté, le 27 juin, d'une Bourse des valeurs mobilières (BVMAC) indispensable pour stimuler et capter les investissements, et réduire le retard par rapport à l'Afrique de l'ouest où la culture boursière est déjà ancrée.
La BVMAC, dont le siège est à Libreville, au Gabon, est une société anonyme au capital de 1,779 milliard de francs CFA (environ 3,1 millions de dollars US). Ses activités démarreront en avril, l'année prochaine. Des banques ainsi que des sociétés d'assurances, de bois et de pétrole participent également au capital de la BVMAC. "La BVMAC est officiellement constituée. Depuis quelques années, nous étions lancés dans un processus d'approche de cette bourse. Aujourd'hui, la bourse existe", se réjouit Henri-Claude Oyima, président du Conseil d'administration de la BVMAC. "Nous marquons notre solidarité agissante avec l'ensemble des opérateurs économiques et investisseurs de la sous-région, convaincus comme nous que c'est ensemble que nous la développerons", a ajouté Oyima qui est également directeur général de la Banque gabonaise et française internationale. Mais, le Cameroun ayant déjà inauguré sa bourse à Douala, le 23 avril, la question se pose de savoir s'il y aura de la place pour deux bourses en Afrique centrale. Oyima répond : "Notre objectif est qu'il y ait une seule bourse dans la sous-région pour des raisons de compétitivité, de rentabilité parce que toutes les études menées jusqu'à présent, indiquent qu'une seule bourse est suffisante".
Néanmoins, la bourse de Douala, la capitale économique camerounaise, a pris une bonne longueur d'avance sur celle de Libreville, confirmant ainsi le rôle de leader économique du Cameroun en Afrique centrale qui compte quelque 33 millions d'habitants.
Répondant à la question de savoir si la guerre des bourses aura lieu, l'économiste camerounais, Ebe Evina, a estimé que le "soi-disant conflit" entre la bourse de Douala et celle de Libreville n'avait "pas de raison d'être dans la mesure où les mêmes valeurs ne seront pas cotées dans ces deux bourses complémentaires". Pour justifier la création d'une bourse au Cameroun, le Premier ministre de ce pays, Peter Mafany Musonge, a expliqué : "Pour maintenir à un niveau élevé la croissance économique retrouvée, le Cameroun avait besoin d'une autre forme de financement, différente des banques et de l'apport extérieur".
"Comme le Cameroun brasse 70 pour cent de l'économie de la sous-région, les autorités ont pensé qu'il valait mieux créer notre propre bourse des valeurs à Douala", premier port de la sous-région, a expliqué Mathurin Ndoumbé-Epée, directeur général de la bourse appelée en anglais la 'Douala Stock Exchange' (DSX). La bourse a été créée avec l'appui de la bourse tunisienne.
"La DSX devrait voir sa fiabilité et sa crédibilité assurées par un certain nombre d'institutions : la PROPARCO (une filiale de l'Agence française de développement), la Banque européenne d'investissement (BEI), le FMO (un fonds hollandais de développement) et, bientôt, la Société financière internationale (SFI)", a ajouté Ndoumbè-Epée. La DSX, dont la création avait été annoncée par le président camerounais Paul Biya en décembre 2001, est une société anonyme privée, au capital de 1,2 milliard de FCFA (environ 2,1 millions de dollars US) dont 55 pour cent est détenu par des banques, 20 pour cent par des sociétés parapubliques, 15 pour cent par les assurances, 5 pour cent par un partenaire international, et 5 pour cent en portage par deux établissements de crédit.
Le directeur des études du Comité de pilotage de la bourse de Libreville, Antoine Nkoda, a déclaré que "la décision de créer la BVMAC témoigne d'une marque de confiance dans l'avenir de la sous-région au plan économique et financier". La création de la BVMAC est née d'un constat établi, en novembre 1994, par la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) de l'absence d'un instrument approprié de financement des investissements longs dans la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) qui regroupe le Cameroun, le Congo, le Gabon, la République centrafricaine, la Guinée Equatoriale et le Tchad.
"L'absence de culture boursière est un frein au développement de la bourse des valeurs. Il faut éduquer les populations, les opérateurs économiques et les investisseurs au rôle et au fonctionnement de la bourse…", estime Jean-Félix Mamalepot, gouverneur de la BEAC dont le siège se trouve à Yaoundé, la capitale du Cameroun. André Ryba, représentant de la Banque mondiale, a indiqué que "ce qu'on appelle le lieu de la bourse, c'est simplement un ordinateur central avec les organes de direction. Le siège de la bourse des valeurs s'apparentera à l'endroit où il y a le tissu industriel le plus développé, là où il y a le plus de transactions. C'est une logique économique qui va être suivie".
"Une bourse régionale structurée conditionne l'option qui permettrait aux pays de la sous-région de se doter d'une infrastructure financière à même de répondre aux exigences des économies en pleine mutation structurelles", a commenté Sunil Benimadhu, directeur général de la Bourse de l'Ile Maurice. Selon des experts financiers, la bourse de Libreville, calquée sur celle de l'Ile Maurice, devrait favoriser des synergies avec la Bourse de l'Afrique de l'ouest implantée à Abidjan, en Côte d'Ivoire, afin d'établir des mécanismes favorisant l'émergence du secteur privé en Afrique au sud du Sahara.

