ABIDJAN, 8 juil (IPS) – Les Forces nouvelles (regroupement des trois mouvements rebelles ivoiriens) et les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) ont annoncé ensemble la fin de la guerre dans le pays, au cours d'une cérémonie officielle à Abidjan, le 4 juillet.
Dans une déclaration commune, les colonels Sinima Bamba pour les Forces nouvelles et Jules Yao Yao pour les FANCI ont indiqué que les forces en présence depuis le 19 septembre 2002, "déclarent la fin de la guerre ce jour 4 juillet 2003 et s'engagent au respect des accords de Linas-Marcoussis (France)à et d'Accra (Ghana)".
L'ensemble des militaires ivoiriens, y compris les rebelles, "s'engage également à se soumettre au président de la République et au gouvernement de réconciliation nationale".
Les adversaires – durant les 10 mois de guerre qu'a connus la Côte d'Ivoire – se disent "déterminés à œuvrer ensemble pour dissuader toute velléité de reprise des hostilités par des manipulations souterraines".
L'un des volets de la déclaration en 18 points, qui a attiré l'attention de la population, est celui consacré au processus de désarmement. A ce sujet, les principaux acteurs de la crise ivoirienne "réaffirment leur engagement à la poursuite du programme de démobilisation, de désarmement et de réinsertion des combattants".
De façon symbolique, les états-majors des forces en conflit ont remis une kalashnikov au président ivoirien Laurent Gbagbo, chef suprême des armées, selon la constitution. Gbagbo a demandé à la population "de se joindre à lui pour féliciter les militaires qui ont fait leur devoir comme la patrie le recommande".
"Je suis l'homme le plus heureux", a dit le chef de l'Etat, ajoutant toutefois que "la fin de la guerre des militaires n'est pas encore la fin de la guerre". Gbagbo a annoncé que les membres du gouvernement s'emploieront, les jours à venir, à redéployer l'administration civile sur le territoire national.
Les réactions à la cérémonie ont été dans le sens de l'apaisement. "Nous marquons notre adhésion et notre accord à la déclaration des militaires", a déclaré Guillaume Soro, ministre de la Communication et secrétaire général du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), le principal et le plus ancien mouvement rebelle.
"A la limite, la décision des militaires, qui ont mieux et bien compris l'urgence de la paix, doit ramener tous ceux qui rament à contre-courant du processus de réconciliation à se ressaisir", a ajouté Soro.
Alphonse Djédjé Mady, secrétaire général du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), estime que "le PDCI est heureux d'assister à la cérémonie et reconnaît sa Côte d'Ivoire".
Patrick Achi, porte-parole du gouvernement et ministre des Infrastructures économiques, affirme : "Nous réunir autour de notre armée pour construire la paix est une bonne chose. J'espère que cela va augurer d'un bon avenir et de très grands projets". Le professeur Lanciné Sylla, de l'Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire (UDPCI, parti du général Robert Guéi, assassiné dès les premières heures de la rébellion), déclare : "Je suis très optimiste. La signification que je vois derrière le geste de ce jour, c'est la reconnaissance du chef de l'Etat en tant que chef suprême des armées". L'ancien ministre de la Défense, Moïse Lida Kouassi, du Front populaire ivoirien (FPI du président Gbagbo), pense que "L'état de siège est levé de fait. Et il faut que tout le monde soit optimiste pour l'avenir du pays".
Le Rassemblement des républicains (RDR) d'Alassane Ouattara estime "qu'il faut faire l'économie d'autres morts". Hamed Bakayoko, ministre RDR des Nouvelles Technologies et des Télécommunications dans le gouvernement de réconciliation nationale, souligne : "C'est une impression de joie qui s'accompagne par de fortes prières". Bakayoko souhaite que "tout ce qui vient de se passer ne soit pas de vaines paroles et que les Ivoiriens soient conscients que la seule voie est celle de se pardonner, de se regarder en frères et d'essayer de rebâtir ce beau pays". Même Mamadou Koulibaly, le président de l'Assemblée nationale, connu pour son hostilité à la rébellion, a déclaré : "Symboliquement, les militaires ont déposé les armes dans les mains du président, chef suprême des armées.
Pour le législateur que je suis, cela signifie que désormais, il n'y a plus de rebelle sur le territoire de Côte d'Ivoire".
Pour lui, "cela signifie aussi que désormais nous avons une armée unifiée et que tous ceux qui auront des fusils pour s'attaquer aux populations civiles, seront traités comme des bandits, des voyous".
A propos de la loi d'amnistie que le gouvernement vient d'approuver, Koulibaly a indiqué : "Le chef de l'Etat a suggéré, demandé le vote de cette loi compte tenu du fait que le blocage qu'il y avait au parlement était lié au dépôt des armes. Ce blocage est symboliquement levé"..
Le chef du diocèse de l'église du christianisme céleste de Côte d'Ivoire, Senior Ediémou Jacob Blin, estime que "la Côte d'Ivoire est un pays béni parce que ses enfants viennent de retrouver leur union tant recherchée après presqu'une année de guerre".
L'imam Idris Koudous, président du Conseil national islamique de Côte d'Ivoire, souhaite que "les plumes se taisent". Pour lui, la Côte d'Ivoire a retrouvé la paix. "On demande aux journalistes de travailler pour la réconciliation, l'entente et l'amour entre Ivoiriens. Les armes se sont tues, il faut absolument que les plumes se taisent", conseille-t-il. La presse ivoirienne avait fortement contribué à développer la haine ethnique pendant la crise.
N'épo Dodo, porte-parole des chefs traditionnels, espère que les militaires tiendront parole.
L'opération de désarmement des forces belligérantes doit officiellement débuter le 1er août prochain. Pourtant, les rues d'Abidjan n'ont pas encore renoué avec le calme. Les Jeunes patriotes, proches du président Gbagbo, ont entamé une série de manifestations à travers les rues d'Abidjan, la capitale économique, le lendemain de la cérémonie de paix. Ils entendent protester contre la suspension du directeur de la télévision nationale suite au lynchage manqué du ministre de la Communication, dans les locaux de la télévision, le 27 juin.
La Côte d'Ivoire est divisée en deux parties depuis septembre 2002. La moitié nord et l'ouest sont aux mains des trois mouvements rebelles et le sud contrôlé par l'armée gouvernementale, à la suite des combats qui ont fait plusieurs dizaines de morts ainsi que des milliers de déplacés et de réfugiés.

