JOHANNESBURG, 9 juil (IPS) – Le président George W. Bush arrive en Afrique avec sa carotte représentée par ses crédits – pour les défis du millénaire – de 10 milliards de dollars sur trois ans pour alléger la pauvreté et ses 15 milliards de dollars sur cinq ans pour lutter contre le VIH/SIDA.
Bush arrive également avec la Loi américaine sur la croissance et les opportunités (AGOA), qui permet aux exportateurs africains de vêtements et de textiles d'accéder aux marchés américains, exempts de taxes.
En étayant cette largesse apparente, n'est-ce pas son bâton sans compromis pour rayer des pays en développement de la liste des bénéficiaires de l'aide militaire s'ils ne garantissaient pas l'immunité au personnel militaire américain quand ils sont cités à comparaître pour des "crimes contre l'humanité" par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye.
Son périple le conduit au Sénégal, en Afrique du Sud, au Botswana, en Ouganda et finalement au Nigeria.
Selon un quotidien financier sud-africain, le 'Business report', Alec Erwin, ministre du Commerce et de l'Industrie d'Afrique du Sud, explique que son gouvernement et l'administration de Bush discuteront de leurs relations commerciales et des problèmes survenus par l'insistance américaine continue et l'engagement de fournir des subventions agricoles à ses fermiers.
Mais Kevin Watkins, directeur de la recherche à Oxfam, cite d'un ton mordant le président du Mali, Amadou Toumani Touré, dans sa critique au safari africain de Bush : "Les subventions des pays riches tuent l'agriculture africaine".
L'AGOA est un couteau à double tranchant. Watkins s'y réfère comme un instrument insidieux : "L'amélioration de l'accès au marché dépend de la réciprocité à la générosité américaine des gouvernements africains par l'ouverture de leurs marchés aux investisseurs américains, faisant valoir les revendications de la propriété intellectuelle américaine, et par la baisse des barrières commerciales pour des produits américains. C'est un commerce inégal dans sa forme la plus insidieuse". Pendant que le gouvernement sud-africain est optimiste au sujet de la visite de Bush, des nuages de tempête s'accumulent depuis quelques jours au-dessus de la nation sud-africaine. Bush ne s'accommode simplement pas bien de la population noire d'Afrique du Sud. Non seulement il était ainsi que son père, l'ancien président George Bush, de ceux qui bloquaient les sanctions pendant que le pays était encore sous le régime dictatorial de l'apartheid avant 1994 – date des premières élections démocratiques -, mais encore des gouvernements républicains successifs ont soutenu avec consistance des groupes terroristes comme l'UNITA, dont le leader était feu Jonas Savimbi en Angola et la RENAMO pro-américaine au Mozambique.
On s'attend que Bush prêche les valeurs de la libre entreprise et d'équité dans le commerce au cours de sa rencontre avec le gouvernement sud-africain et son chef, le président Thabo Mbeki, mercredi dans la capitale politique du pays, Pretoria.
Mbeki est un ancien membre du Parti communiste sud-africain (SACP), lequel conduit, avec la coalition anti-guerre et d'autres groupes de la société civile, des protestations dans toute la nation pour manifester à Bush ce que les Sud-Africains pensent de son "va-t-en-guerre". Selon le secrétaire général du SACP, Dr Blade Nzimmande, le président américain doit être autorisé à venir sur le continent africain pour voir lui-même ce que les populations locales pensent de sa politique étrangère, de ses tactiques brutes et de ses efforts moins sophistiqués de soumettre le monde à son contrôle. Bush sait que l'axe Afrique du Sud-Nigeria tient la clé pour une intervention effective en Afrique. Ces deux pays sont les sièges de pouvoirs économiques et la clé pour fixer le barème en sa faveur. A son avis, pour mettre en oeuvre des réformes de bonne gouvernance au Zimbabwe, l'administration Bush doit cajoler le président Olusegun Obansanjo du Nigeria et le président sud-africain afin qu'ils acceptent que l'idéologie ne peut pas orienter la relation de l'Afrique avec les Etats-Unis. Au lieu de cela, on s'attend à ce que le président américain insiste sur le fait que le commerce et l'accès aux marchés américains soient la pierre angulaire de cette relation. Mais c'est là où le bât blesse. Pendant que des régimes comme ceux du Swaziland sont autocratiques et despotiques, ou ceux trop longtemps au pouvoir comme en Libye et au Zimbabwe sont là, des courants socio-démocratiques et socialistes puissants briguent la tâche suprême dans la chaîne de la nourriture.
L'Afrique du Sud, avec sa tradition démocratique de masse et d'histoire anti-impérialiste, mène la danse. Déloger ces courants de la soumission aux stratégies de marché, serait difficile à comprendre pour l'étroitesse continue de la pensée des Américains.
Si Mbeki trouve compliqué de mélanger son ancien communisme avec les dictats du marché, il y a de quoi penser que Bush trouverait cela juste comme une preuve, plus qu'un défi, pour lui de savoir qu'il n'est pas aimé, non pas à cause de sa personnalité, mais parce qu'il a singulièrement manqué de comprendre l'idéologie. Mais là encore, il porte le sac des dollars, et beaucoup de politiciens de principe en Afrique sont victimes de l'attrait du billet vert.

