KINSHASA, 27 mai (IPS) – Les négociations politiques congolaises pour la mise en place des institutions de la transition sont interrompues par le retrait inattendu du Rassemblement congolais pour la démocratie (RDC/Goma) en raison des divergences sur l'attribution des postes de commandement militaire.
La délégation du RCD/Goma accuse notamment le gouvernement de Kinshasa de vouloir accaparer les postes de commandement des états-majors de la prochaine armée réunifiée, dévolus à son mouvement dans l'acte final de Pretoria, en Afrique du Sud, au terme des pourparlers de paix en République démocratique du Congo (RDC).
Mais le RCD/Goma était déjà mécontent de la désignation d'Arthur Z'Ahidi Ngoma, ex-membre fondateur du RCD, au poste de vice-président de la République pour le compte de l'opposition politique non armée.
"Nous n'avons nullement l'intention de torpiller le processus de mise en place des institutions de la transition", a déclaré à IPS, depuis Goma, Lola Kisanga, porte-parole du RCD/Goma. "Nous voulons que tout le monde puisse jouer franc jeu afin qu'aucune partie au processus ne puisse être lésée. Nous ne pouvons admettre que dans la démarche de la réunification des armées, le gouvernement de Kinshasa considère qu'il va, lui seul, gérer l'ensemble des états-majors de la future armée". Selon son calendrier, le Comité national de suivi attendait, jusqu'au 25 mai, les listes des candidats ministres, sénateurs et députés de toutes les composantes. Lundi, 26 mai, il devait mettre en place le nouveau président de la Cour suprême de justice ainsi que le nouveau procureur général de la République, mais rien n'a pu se faire. L'impossibilité provient de l'absence de Joseph Mudumbi, le représentant du RCD/Goma au comité de suivi. Le porte-parole du comité de suivi, Athanase Matenda, explique : "Lors de sa dernière réunion, le comité de suivi avait confié la gestion de la question militaire à une commission ad hoc qui s'est effectivement réunie le 21 mai 2003. L'évolution du débat avait conduit la délégation du RCD/Goma à solliciter et obtenir l'accord de se rendre à Goma pour négocier un mandat politique devant lui permettre de poursuivre les travaux et de finaliser la liste des députés et sénateurs dont les détails étaient attendus pour samedi, 25 mai". "Le retour de la délégation était prévu avant le 25 mai. A ce jour, l'absence d'un représentant de cette composante (RCD/Goma) pose problème pour la poursuite des travaux de la commission", ajoute Matenda. Le comité de suivi dit n'avoir pas encore formellement reçu la notification du retrait de la délégation du RCD/Goma du comité, et espère encore que cette composante pourra revenir à la table des négociations, selon le porte-parole.
Parrain du dialogue inter-congolais, le président sud-africain, Thabo Mbeki, a immédiatement dépêché un avion spécial à Goma pour ramener, en Afrique du Sud, les membres de la délégation du RCD/Goma afin de sauver ce qui peut encore l'être. Pour le président sud-africain, il n'est pas question que les négociations en cours, à Kinshasa la capitale de la RCD, s'arrêtent alors qu'elles se trouvent en si bon chemin. Des sources proches de la présidence de la République, à Kinshasa, annoncent, sans aucune confirmation officielle, un départ possible du chef de l'Etat congolais, Joseph kabila, pour l'Afrique du Sud en vue de nouvelles discussions avec le RCD/Goma. L'ombre d'Etienne Tshisekedi, le leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) se profile également derrière la crise actuelle. Il est toutefois difficile d'affirmer que Tshisekedi sera convié aux discussions, même s'il se trouve en ce moment en Afrique du Sud.
Candidat lui-même au poste de vice-président de la République pour le compte de l'opposition politique non armée, le leader de l'UDPS n'a pas pu avoir les faveurs du scrutin lors de la désignation de Arthur Z'Ahidi Ngoma. Son parti, l'UDPS, estime que la procédure de désignation du professeur Ngoma à la vice-présidence de la République a été entachée d'irrégularités, et continue, de ce fait, de considérer Tshisekedi comme son seul candidat à ce poste.
Cette nouvelle panne dans les négociations politiques est diversement commentée à Kinshasa, aussi bien dans les milieux politiques qu'au sein de la société civile. Nombreux sont les Kinois qui commencent à se dégoûter de l'allure que prennent les négociations politiques. Joseph Olengankoy, leader des Forces novatrices pour l'unité et la solidarité (FONUS) et membre du Comité national de suivi, s'est dit surpris, dans une déclaration à la télévision, de voir le RCD/Goma protester contre la confirmation, par le comité de suivi, de Ngoma au poste de vice-président de la République alors que son délégué Mudumbi avait été le premier à voter pour sa confirmation à ce poste. "J'estime que le RCD/Goma n'est pas sincère avec Etienne Tshisekedi", a-t-il dit. Concernant la gestion des états-majors de l'armée, beaucoup de Congolais soupçonnent le gouvernement de n'avoir pas joué franc jeu. "Si la délégation gouvernementale a effectivement signé l'accord de Pretoria qui affecte le poste de chef d'état-major des forces terrestres à au RCD/Goma, il n'a pas le droit de s'en accaparer sous prétexte de sécurisation du pays", estime Antoine Mboyo, un cadre de la Banque nationale du Congo. En réalité, beaucoup de Congolais ne sont pas tellement au courant des détails de l'acte final de Pretoria qui a met fin aux hostilités en RDC. La plupart des journaux de Kinshasa, parus ce mardi 27 mai, n'ont pas hésité pas à titrer sur une éventuelle reprise de la guerre par le RDC/Goma.

