POLITIQUE-SOUDAN: L'objectif de parvenir à l'accord de paix en juin semblepeu probable

NAIROBI, 26 mai (IPS) – Dans l'effort d'accélérer les progrès visant à mettre fin à deux décennies de guerre civile au Soudan, le médiateur Lazaro Sumbeiywo rédige un accord de paix final à présenter aux deux parties belligérantes cette semaine.

"Je suis en train de mettre au point un accord final. Je travaille sur ça", a indiqué Sumbeiywo à IPS, la semaine dernière. Ceci fait partie du nouveau style holistique de négociation qui a commencé dans les dernières séries de pourparlers, tenues au Kenya, qui se sont interrompues le 21 mai avec plusieurs grandes questions toujours non résolues.

"C'est une nouvelle méthode, une nouvelle modalité, que je suis en train d'introduire après avoir discuté avec les parties et nous avons convenu que c'est la voie à suivre. Je vais avoir des consultations avec leurs responsables", affirme Sumbeiywo.

Le médiateur kényan se rendra à Khartoum pour discuter de l'avant-projet de document avec le président Omar el Bashir et au sud Soudan pour parler avec John Garang, le leader de l'Armée populaire de libération du sud Soudan (SPLA).

Ensuite, ils se mettront d'accord sur une date pour la prochaine session de pourparlers au Kenya. Lorsque le cinquième round a pris fin mercredi, Sumbeiywo a admis que l'objectif d'atteindre un accord final en juin semblait maintenant peu probable.

L'une des questions les plus épineuses restant encore à être résolues est celle des arrangements sécuritaires. Le gouvernement affirme que les deux armées devraient être intégrées durant la période intérimaire de six années acceptée dans le Protocole de Machakos de juillet dernier. A la fin de la période intérimaire, les populations du sud seront autorisées à voter pour dire si elles veulent ou non l'indépendance.

"Nous avons déjà décidé que nous allons faire unifier le pays pendant la période intérimaire, l'un des principaux piliers pour l'unité, notamment en Afrique, est d'avoir un pays, une armée et un commandement", affirme Mohammed Dirdeiry, un personnage important à l'ambassade soudanaise à Nairobi, la capitale kényane.

"Si la SPLA est très claire sur ce fait – qu'il devrait y avoir un seul pays et l'unité pendant la période intérimaire — nous pensons qu'ils devraient apprécier la nécessité d'avoir une armée dans le pays.

"Deux armées constituent une recette pour le conflit. C'est très clair.

Nous pouvons essayer de traiter de leurs doléances s'ils cherchent n'importe quelle garantie, mais essayer de maintenir de manière définitive deux armées au même moment n'est pas quelque chose que nous pouvons tolérer", souligne-t-il.

Mais la SPLA dit que les deux armées devraient rester intactes, séparées par une zone tampon sur le 12ème parallèle, qui marque la frontière entre le nord et le sud.

La SPLA soutient que l'armée soudanaise est une armée islamique. "C'est l'armée du Front national islamique au pouvoir. Ce n'est plus une armée nationale du Soudan. Ils l'ont purgée depuis qu'ils sont venus au pouvoir (en 1989). La grande partie du corps de l'armée est constituée des Mujahadeen, des combattants de la guerre sainte, pourquoi donc (devrions-nous) intégrer une armée d'un parti?", demande George Garang, le porte-parole de la SPLA à Nairobi.

"S'il doit y avoir une armée nationale, elle doit alors être constituée après un référendum. Nous ne parlerons pas d'intégration avant que le sud ne décide de ce qu'il faut faire – si elle doit rester attachée au Soudan ou s'il faut faire sécession. C'est le référendum qui décidera s'il faut avoir une armée nationale ou non", insiste-t-il.

Cette position prudente apparaît tout comme si la SPLA avait déjà décidé que la sécession était inévitable. Mais Garang soutient que ce n'est pas vrai.

"Il y a une possibilité, si nous rentrons vraiment dans un partenariat et que nous partageons le pouvoir et qu'ensuite le sud est développé, les gens peuvent décider en faveur de l'unité. Attendons de voir ce que nous pouvons faire. Nous pouvons faire sécession ou nous unir. Les deux possibilités sont là", souligne-t-il.

Malgré leurs positions divergentes, Dirdeiry a bon espoir qu'une solution peut être trouvée. "Cette nouvelle approche qui consiste à essayer de voir chaque chose ensemble à un moment, l'approche collective, holistique, nous aide beaucoup à régler cette question en particulier.

"Nous ne parlons pas des arrangements sécuritaires ou seulement du commandement des militaires. Nous lions également cela à d'autres questions comme la question de la présidence, qui sera le commandant en chef de l'armée?", ajoute-t-il.

Un Sumbeiywo également optimiste dit : "Je les ai écoutés. J'ai écouté leurs positions. Je vais fusionner leurs positions et leur apporter cela".

Les deux parties doivent également parvenir à un accord sur le partage des réserves pétrolières. Les champs de pétrole du Soudan ont été le centre d'intérêt de la guerre au cours des dernières années, avec la SPLA faisant son mieux pour saboter les canalisations alors que le gouvernement a été accusé de tenter de faire partir les populations locales des zones riches en pétrole.

La SPLA soutient qu'elle a droit à 60 pour cent des richesses pétrolières, tandis que le gouvernement désire lui offrir seulement 10 pour cent.

"Mais puisque que le gouvernement contrôle cette zone nous disons : 'D'accord, donnez-nous 60 pour cent pour que nous poursuivions la reconstruction, la réhabilitation et tout cela", déclare Garang.

Des analystes ont bon espoir qu'un compromis peut être trouvé à de telles questions dans les étapes finales. Le gouvernement et la SPLA doivent également arriver à un accord sur le statut des trois zones disputées, le partage du pouvoir et le statut de la capitale, Khartoum.

La SPLA a pris les armes contre le gouvernement à Khartoum en 1983 pour combattre pour une plus grande autonomie pour le sud. Quelque deux millions de personnes ont été tuées depuis, notamment à travers la famine liée à la guerre.