POLITIQUE-NIGERIA: Menace de perturbation de l'investiture du présidentObasanjo

LAGOS, 27 mai (IPS) – Au moment où la nation la plus peuplée d'Afrique se prépare pour l'investiture du président Olusegun Obasanjo cette semaine, une coalition de partis politiques nigérians menace d'organiser des manifestations de masse coïncidant avec l'événement.

Obasanjo prêtera serment à Abuja, la capitale du Nigeria, cette semaine, dans un climat de revendications de certains partis politiques selon lesquelles les résultats des élections du 19 avril ont été truqués en faveur du parti au pouvoir, le People's Democratic Party (PDP).

Dans une émission diffusée sur l'ensemble du territoire la semaine dernière, l'inspecteur général de la police, Tafa Balogun, a prévenu que les manifestants, y compris les organisateurs, seraient arrêtés et poursuivis.

"Certaines personnes projettent d'organiser des manifestations anti-gouvernementales massives pour s'assurer que l'investiture du 29 mai n'aura pas lieu. Certains jeunes ont été mobilisés et sont actuellement formés dans le but d'être utilisés pour semer la pagaille et la confusion à une date à fixer ultérieurement", a indiqué Balogun.

Plus de 47 chefs d'Etat, pour la plupart d'Afrique, devraient prendre part à la cérémonie d'investiture à Abuja, selon des sources gouvernementales.

Le Eagle Square, le lieu de l'investiture, arbore déjà un nouveau look, suite au badigeonnage et aux travaux de décoration.

En prélude à l'investiture, le président Obasanjo a dissous son cabinet de 47 membres et les a remerciés pour "un travail bien fait pendant les quatre dernières années".

"En tant que membres de cet organe de prise de décision au sommet 'Conseil exécutif fédéral (FEC)', vous avez été tous au centre du progrès, de la bonne gouvernance et de la consolidation de la démocratie dans les quatre dernières années. Dans les domaines où cette administration peut largement revendiquer le succès au cours des quatre dernières années, le FEC a été l'origine de décisions clés qui ont fait avancer ce pays", a déclaré Obasanjo à ses ministres sortants le 21 mai.

Le nouveau cabinet, a souligné Obasanjo, serait réduit, avec un ministre représentant chacun des 36 Etats du pays en plus de celui venant de la capitale fédérale, Abuja. Des critiques ont qualifié le gouvernement sortant de pléthorique et ont demandé sa réduction.

Des politologues disent que les manifestations prévues ne sont pas de bon augure pour Obasanjo, âgé de 66 ans, au moment où il se prépare à entamer son second mandat. Ils estiment que les protestations pourraient donner l'impression à la communauté internationale que tout n'est pas bien au Nigeria.

La plupart des observateurs locaux et étrangers ont qualifié les élections du 19 avril de "pacifiques dans l'ensemble".

Toutefois, la Conférence des partis politiques du Nigeria (CNPP), une institution représentant les partis de l'opposition, a allégué une fraude massive dans certains Etats pendant le scrutin. Par conséquent, les principaux rivaux de Obasanjo, Muhammadu Buhari, du All Nigerian People's Party (ANPP) et Odumegwu Ojukwu, de la All Progressive Grand Alliance (APGA), projettent une protestation de masse.

Buhari et Ojukwu ont, tous deux, introduit des requêtes séparées auprès de la Cour d'appel à Abuja pour contester les résultats des élections présidentielles dans 21 Etats du Nigeria, où ils alléguaient que les élections n'avaient pas eu lieu.

Le bruit court que l'APGA envisagerait de former un gouvernement parallèle et d'installer Ojukwu comme président le 29 mai prochain. Mais le président du parti, Chekwas Okorie, a dit aux journalistes la semaine dernière que Ojukwu, qui a conduit le mouvement sécessionniste manqué de 1966-1970 pour créer un Etat indépendant, appelé la République du Biafra, dans l'est du Nigeria, est un démocrate qui utiliserait toujours des voies légales pour faire connaître ses griefs.

Les manifestations se dérouleront dans les grandes villes du Nigeria : Abuja, Lagos, Kano, Port Harcourt et Enugu.

Dans une déclaration la semaine dernière, le National Conscience Party de l'activiste des droits humains, au parler franc, Gani Fawehinmi a indiqué : "Les Nigérians, qui se sentent légitimement obligés de démontrer leur aversion pour les dernières élections générales, devraient aller de l'avant et ignorer les élans insensibles et antidémocratiques de l'inspecteur général de la police".

Balarabe Musa, candidat présidentiel pour le People's Redemption Party (PRP), a déclaré : "l'action de masse est simplement résistance organisée à l'injustice".

"Les populations protestent simplement contre la conduite des élections qui viennent à peine de s'achever, et qui ont été entachées de fraude et d'irrégularités et il n'y a rien d'illégal au sujet de l'action", a-t-il dit.

Pour Kenny Martins, du National Democratic Party (NDP), "les protestations, les rassemblements et toutes formes de manifestations pacifiques sont internationalement acceptés comme un moyen de protester contre toute atteinte aux droits du peuple".

Même ainsi, on craint que des actions de masse ne soient récupérées par des voyous qui pourraient semer la pagaille, piller et voler des Nigérians innocents.