LISBONNE, 23 mai (IPS) – Les investisseurs portugais ont commencé à se retirer du Mozambique, autrefois l'une des plus grandes colonies portugaises en Afrique, attirés par la désormais pacifique Angola où, depuis plus de 15 mois maintenant, les armes se sont tues.
La consécration en apparence définitive de la paix en Angola a un effet économique pervers pour le Mozambique car elle y a contribué à aggraver la chute des investissements privés.
Les escarmouches d'artillerie féroces dans les villes assiégées et les fréquentes embuscades dans les trains, colonnes de camions et autobus ne font plus partie du quotidien des 12 millions d'Angolais comme c'était le cas pendant deux décennies et demie.
L'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), parti insurgé, a déposé les armes le 22 février 2002, le jour où mourait au combat son charismatique leader, Jonas Savimbi.
Avec l'avènement de la paix et avec l'UNITA au parlement maintenant comme principal parti de l'opposition, l'ex-colonie portugaise d'Afrique occidentale s'est transformée en "terre d'opportunités" pour les entreprises de l'ancienne métropole coloniale.
Mais une autre ancienne "province d'outre-mer" du Portugal, le Mozambique en Afrique australe, avec ses 22 millions d'habitants, est en train de payer la facture, à cause de la chute des entrées de capitaux directs.
Les investissements au Mozambique avaient augmenté rapidement après la fin de la guerre civile en 1993 et la cohabitation démocratique postérieure et inespérée entre les deux rivaux – le Front de libération du Mozambique (FRELIMO), parti au pouvoir et la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO), parti d'opposition – qui s'étaient affrontés pendant 18 années sur les champs de bataille. Mais la paix en Angola n'a fait qu'accélérer un phénomène déjà en cours — la chute des investissements privés au Mozambique.
Les capitaux portugais au Mozambique sont passés de 100,5 millions de dollars à 15,3 millions entre 2000 et 2001, ce qui a valu au Portugal de descendre du premier au troisième rang dans l'échelle des investissements étrangers directs dans ce pays, après l'Afrique du Sud et l'Italie.
Une étude publiée cette semaine dans le Diario Económico de Lisbonne, indique que "la tendance à la baisse a continué l'année dernière et cette année".
Toutefois, le Mozambique a continué d'être le principal bénéficiaire de l'aide publique au développement en provenance du Portugal.
Selon les dernières statistiques officielles disponibles pour 2001, le Mozambique a bénéficié de 34,25 millions de dollars destinés à l'aide au développement et de 43,98 millions de dollars pour l'assistance publique, venant du Portugal cette année, dépassant de loin les 11,87 millions de dollars et 15,25 millions de dollars que l'Angola a reçus respectivement pour les deux destinations. L'expansion de l'industrie mozambicaine au cours des dernières années a été marquée par la prépondérance de l'investissement direct portugais, et plus spécifiquement du groupe Ferreira dos Santos qui a investi dans cette nation africaine un montant de 47 millions de dollars, en 2001.
Le dernier investissement de cette entreprise qui a commencé à investir au Mozambique en 1987, en pleine guerre civile, est relativement modeste pour l'Europe occidentale, mais significatif pour la taille de l'économie mozambicaine.
Le conflit armé "n'a jamais constitué un motif pour interrompre les programmes d'investissement", a dit à IPS Joao Ribas, le porte-parole à Lisbonne du groupe Ferreira dos Santos.
Le groupe opère dans le secteur de l'agriculture et l'agro-industrie, plus spécifiquement dans la production, la récolte et la distribution de coton, tabac, noix de cajou, sisal, thé et agrumes, a-t-il expliqué.
Les initiatives d'affaires des entreprises portugaises, impliquant 294,5 millions de dollars, "ont créé 31.133 emplois" au Mozambique entre 1996 et 2000, indique un rapport publié le 12 mai par le Centre de promotion de l'investissement.
La tendance actuelle à la baisse de l'économie mozambicaine, excepté dans le secteur bancaire, constitue actuellement une préoccupation pour le gouvernement portugais.
Le Portugal est le principal pays étranger représenté dans le secteur bancaire de ce pays. Ce secteur mobilise annuellement 1,2 milliard de dollars, contrôlés dans sa majeure partie par la Banque commerciale portugaise (BCP), la Banque portugaise d'investissement (BPI) et la Caisse générale des dépôts (CGD).
La Banque internationale de Mozambique (BIM) occupe la première place dans les capitaux du pays, avec 53 pour cent du marché des prêts, assurances, investissements et lignes de crédit. Mais, la BCP contrôle la BIM dont elle détient les 67 pour cent du capital.
Le Portugal étudie d'autres formes de canalisation des investissements pour le Mozambique, depuis que l'Angola est devenu "un pays très attrayant", a indiqué José Cesário, secrétaire d'Etat (vice-ministre) aux Relations extérieures du Portugal, en charge des communautés portugaises, lors d'une visite à Maputo, la capitale mozambicaine.
De même, les milieux industriels portugais consultés par IPS affirment qu'à la différence de l'Angola, il existe au Mozambique de sérieux obstacles bureaucratiques à l'obtention d'autorisations de résidence pour les travailleurs spécialisés portugais, ce qui entrave le développement de leurs activités.
Ce qui est nécessaire pour le développement des marchés africains, et en particulier du groupe des Pays de langue officielle portugaise (PALOP), est une évaluation des capacités de chaque Etat à garder en perspective une plus grande croissance, a conclu le forum Africa Hoje (Afrique aujourd'hui) organisé le 13 mai à Lisbonne.
Dans la communauté PALOP, comprenant l'Angola, le Cap Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique ainsi que Sao Tomé et Principe, "le patronat et les organisations internationales doivent parier sur les techniques du commerce multilatéral, qui constituent une partie du processus d'intégration régional", a déclaré la secrétaire d'Etat à l'Economie du Portugal, Dulce Franco, à ce séminaire.
La secrétaire d'Etat a exhorté à la création de sociétés favorables à la promotion de l'investissement qui constitue, selon elle, une "condition essentielle pour le développement des économies africaines".
A ce séminaire de Lisbonne, Carlos Feijó, coordinateur de la Commission de révision de la législation en Angola, a indiqué que le gouvernement de son pays a prévu de prendre de nouvelles lois pour supprimer les obstacles à l'investissement étranger. Le Mozambique n'a pas encore pris de mesure pour lever ces obstacles.
Les experts croient que le Mozambique devrait miser sur le tourisme et devenir ainsi une des principales destinations des visiteurs en Afrique australe.
Le groupe industriel portugais Pestana a investi 27,2 millions de dollars dans des infrastructures touristiques du Mozambique l'année dernière et prévoit investissement supplémentaire de 12,2 millions de dollars cette année.
Mais, ces capitaux viennent, non pas du Portugal, mais de l'Afrique du Sud où Pestana tire également de gros profits du tourisme, en particulier des hôtels localisés dans la zone naturelle et protégée de Kruger Park.
Le directeur du forum Africa Hoje, Alberico Cardoso, a soutenu qu'au cours de la rencontre, "un intérêt latent et univoque" s'est exprimé de voir l'expansion économique portugaise s'affirmer" dans les nations du PALOP.
"Maintenant, il est nécessaire de contaminer les jeunes générations d'entrepreneurs avec le 'virus' de l'Afrique", a-t-il ajouté.

