POLITIQUE-RD CONGO: L'ONU promet une force multinationale ''d'impositionde la paix'' en Ituri

KINSHASA, 26 mai (IPS) – "Nous allons imposer la paix en Ituri", a déclaré Jean-Marie Guéhenno, secrétaire général adjoint des Nations Unies, chargé des opérations de maintien de la paix, à son arrivée, dimanche à Bunia, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

Guéhenno effectue actuellement une tournée d'information en RDC et dans les pays voisins impliqués dans la crise congolaise. Arrivé au Congo depuis la semaine dernière, il se trouvait samedi à Kisangani, dans l'est du pays, pour s'entretenir avec les autorités du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma) qui contrôlent la ville. Mais le but principal de sa mission, a-t-il dit, est de rencontrer les populations de l'Ituri et de les rassurer sur les efforts que déploient les Nations Unies dans la recherche d'une solution à la crise qui déchire ce district.

Selon Guéhenno, les débats pour la constitution de la force multinationale sont en cours au Conseil de sécurité et les Ituriens peuvent se rassurer du souci de l'ONU de restaurer la paix en Ituri : "Ce n'est pas une force pour favoriser une faction ou une autre", a-t-il indiqué. "Elle sera là pour favoriser le retour de la paix en Ituri et permettre aux Ituriens, qui ont tant souffert dans cette partie de la RDC, de reprendre goût à la vie, de se parler et de se fréquenter comme par le passé". Cette force "sera là également pour aider les organismes humanitaires à faire leur travail pour soulager la misère de la population", a-t-il ajouté. L'allusion s'adressait notamment à ceux des groupes ou milices qui avaient manifesté leur opposition au déploiement de la force multinationale en Ituri. Le secrétaire général adjoint des Nations Unies, chargé des opérations de maintien de la paix, a quitté Bunia, dimanche même, pour Kampala, en Ouganda, où il devait s'entretenir avec le président Yoweri Museveni. Le ministère congolais des Affaires étrangères, à Kinshasa, capitale de la RDC, se réjouit de la déclaration du chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU – mentionnant clairement une "force d'imposition de la paix en Ituri" – à l'adresse des populations de Bunia. La déclaration ne fait pas d'équivoque sur la différence du mandat assigné à la prochaine force multinationale par rapport au mandat actuel de simple observateur de la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC). Une mission de la MONUC qui a été très critiquée aussi bien en RDC qu'en Afrique du Sud où se sont déroulés les pourparlers du dialogue inter-congolais. "Nous pouvons espérer que les demandes répétées, que nous avons formulées aux Nations Unies pour le changement du mandat de la MONUC, pourront obtenir satisfaction", a indiqué à IPS, Vangu Mambweni, vice-ministre congolais des Affaires étrangères. "Ainsi donc, contrairement aux troupes de la MONUC qui ne sont pas armées, celles de la force multinationale le seront et pourront éventuellement faire usage de leurs armes pour ramener les nombreuses milices ituriennes à plus de sens de responsabilité et de droits de l'Homme", a-t-il ajouté.

A Bunia même, la paix, bien que précaire, semble s'instaurer progressivement. Ce qui permet à l'administration locale, issue de la Conférence de pacification de l'Ituri, de s'organiser et de s'occuper plus sérieusement de la gestion de l'après crise. Emmanuel Leko, le chef de la nouvelle structure administrative, s'est longuement entretenu avec Guéhenno, lors de son séjour à Bunia. Leko s'est dit "réconforté" par les assurances reçues du patron des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. "Nous avons toutes les raisons d'espérer", a-t-il déclaré sur Radio Okapi, la radio de la MONUC. "Nous avons demandé aux populations réfugiées dans la concession de la MONUC ainsi qu'à celles qui ont préféré quitter la ville, de rejoindre leurs domiciles. Pendant ce temps, nous restons en contact avec les responsables des différentes milices pour négocier le cantonnement de celles-ci en dehors de la ville et les dissuader de détruire ce qui reste encore comme infrastructure" dans la cité.

Environ 17.000 personnes vivent encore dans la concession de la MONUC à Bunia. Selon Patricia Tomé, directrice de l'Information de la MONUC, un bon nombre a commencé à quitter les bâtiments de la MONUC pour "regagner timidement la ville". Tomé déplore qu'en quelques jours, la ville de Bunia ait "inutilement perdu plus ou moins 300 personnes" au cours des combats entre milices lendu et hema à la mi-mai. Elle regrette également le meurtre de deux observateurs de la MONUC, tués à Monbwalu, dans le nord de Bunia sans qu'on ait pu élucider ni les circonstances ni les raisons de leur assassinat. Le commandant jordanien Safwat Oran et le capitaine malawite Siddon Davis Banda ont été sauvagement tués le 13 mai à Mongbwalu, à 70 kilomètres au nord de Bunia. Leurs corps ont été transférés à Kinshasa où un hommage leur a été rendu le 22 mai, avant leur rapatriement dans leurs pays respectifs.