POLITIQUE: Le président libérien furieux contre le projet onusiend'embargo sur l'exportation du bois

MONROVIA, 20 mai (IPS) – Le président libérien Charles Taylor paraît furieux à l'annonce des Nations Unies, la semaine dernière, d'imposer un embargo contre l'exportation du bois libérien dans deux mois "sauf si le gouvernement met fin à son soutien aux groupes rebelles dans des Etats voisins".

Ce n'est pas la première fois que l'institution mondiale prend des sanctions contre le Libéria. Il y a un an, elle avait flanqué des sanctions à ce pays ouest-africain déchiré par la guerre, pour avoir alimenté la guerre en Sierra Léone voisine en échangeant des armes contre des diamants avec les rebelles de ce pays – une accusation démentie par Monrovia.

La semaine dernière, l'organisation mondiale a voté unanimement pour proroger les embargos existants sur les ventes d'armes, les achats de diamants et le voyage à l'étranger des responsables libériens pour 12 autres mois.

C'est "impossible", a déclaré Taylor, que les Nations Unies interdisent l'exportation du bois libérien au moment où les Libériens font déjà face à "d'énormes difficultés humanitaires et socio-économiques dues aux effets des précédentes sanctions de l'ONU".

Près de 1,4 million sur les 3,5 millions d'habitants du Liberia vivent dans une pauvreté abjecte. Taylor prévient qu'une nouvelle interdiction onusienne des exportations de bois, le second plus grand secteur de l'économie du pays, "aggravera davantage les souffrances de la nation déjà appauvrie".

De précédentes statistiques onusiennes montrent qu'un embargo contre les activités d'exploitation de bois causera probablement la perte de quelque 10.000 emplois. Avec une moyenne de neuf personnes à charge pour chaque personne employée et un nombre probablement au-dessus de la moyenne par personne employée dans ce secteur économique plus riche, on pourrait s'attendre à ce que 90.000 à 95.000 personnes perdent leurs principaux moyens d'existence, indique le rapport.

Le Liberia était l'un des pays les plus économiquement avancés d'Afrique.

Son Produit intérieur brut (PIB) était d'environ 485 dollars US et l'espérance de vie à la naissance dépassait 54 ans, avant l'éclatement de la guerre civile en 1989.

L'activité économique au Libéria d'avant-guerre était fortement concentrée sur la production et l'exportation du minerai de fer, du caoutchouc naturel, du bois et des cultures, dont le café, le cacao et les produits dérivés du palmier. Un large secteur traditionnel s'occupait principalement de l'agriculture de subsistance, de l'exploitation minière artisanale et des activités commerciales subsidiaires.

Mais ce minuscule Etat ouest-africain est actuellement une nation désespérément pauvre avec plus de 80 pour cent de ces 3,5 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté (avec moins d'un dollar US) par jour, tandis que 15 à 20 pour cent vivent dans la pauvreté absolue (avec moins de 50 cents US) par jour, selon des chiffres de l'ONU.

Les statistiques indiquent que 90 pour cent de la main-d'œuvre est au chômage et que les sanctions onusiennes – couplées avec des conflits armés incessants – constituent un autre mal de tête.

Ceci est le résultat d'une guerre civile continue qui ébranle fortement l'économie du pays. La production alimentaire et autre rendement agricole ont baissé considérablement, les populations ayant abandonné des villages dans certaines des zones les plus fertiles du pays.

L'effondrement de l'exploitation du minerai de fer au plus fort de la guerre a fait de l'industrie du bois, le second plus grand secteur de l'économie libérienne. Les dernières statistiques officielles montrent que 26 compagnies de bois emploient maintenant quelque 10.000 personnes et que les exportations de bois ont rapporté près de 50 millions de dollars US en 2000 et devraient atteindre 70 millions de dollars US en 2001.

Le président Taylor ne voit pas comment le bois pourrait faire du tort à quelqu'un, pour que le Conseil de sécurité envisage son interdiction. "Je ne sais pas comment le bois pourra nuire à quelqu'un", a-t-il déclaré..

Les critiques disent que le programme de développement du millénaire du Liberia – destiné à réduire la pauvreté dans le pays – reste une tâche ardue.

"Le gouvernement fait actuellement trop peu pour soulager les difficultés auxquelles sont confrontées les populations. Ainsi, la pauvreté s'est enracinée au Liberia avec la majorité de la population buvant l'eau des puits, des ruisseaux et rivières et le manque d'accès à l'électricité et à l'eau potable", affirme un politologue ayant requis l'anonymat.

L'industrie libérienne de bois est connue pour générer des millions de dollars US chaque année en gains, taxes et royalties pour le gouvernement.

Les compagnies fournissent des services de santé et d'éducation à leurs employés, leurs familles et aux communautés locales dans lesquelles elles opèrent. Certains membres de l'association des exploitants de bois disent qu'un embargo contre les exportations de bois réduirait ou supprimerait ces services.

Ils affirment que les sociétés de bois ont également construit et entretiennent la plupart des routes dans les zones éloignées du Liberia.

Par conséquent, une interdiction des exportations de bois affecterait l'entretien et d'autres constructions de ces voies et influerait ainsi sur l'accès à la route des communautés dans les zones rurales isolées.

L'embargo proposé contre les exportations de bois semble avoir poussé plusieurs grandes compagnies de bois à cesser les activités. La plus grande industrie de bois du Liberia, la Corporation orientale de bois (OTC), une société malaise, a suspendu ses exploitations à cause de ce que les autorités de l'industrie désignent comme "insécurité".

"L'industrie d'exploitation de bois suspend généralement ses activités entre mai et juin à cause des pluies, mais nous avons fermé beaucoup plus tôt parce que les travailleurs affirment que les forêts ne sont pas sûres", a fait remarquer récemment le chargé des relations publiques de l'OTC, Baccus Matthews.

La compagnie, d'une valeur de 50 millions de dollars US, la plus grande en Afrique, a été au centre d'allégations dans des cercles internationaux faisant état de ce qu'elle importait des armes et des munitions pour le gouvernement sous couvert d'importer de l'équipement lourd pour des activités d'exploitation de bois, une accusation que l'OTC a fermement démentie.