SANTÉ-AFRIQUE DU SUD: Un délai supplémentaire pour la distributiongratuite des anti-rétroviraux

JOHANNESBURG, 21 mai (IPS) – Les Sud-Africains vivant avec le VIH ou le SIDA doivent continuer d'attendre encore, le temps que le gouvernement décide s'il mettra gratuitement des anti-rétroviraux ces médicaments qui atténuent l'impact de la maladie et réduisent le risque de transmission de la mère à l'enfant – à la disposition du système public de santé. La semaine dernière, une équipe de travail conjointe, composée des représentants des départements de la santé et des finances, a conclu que le pays devrait fournir ces médicaments à ceux qui en ont besoin et le faire aussi promptement que possible. Quelques extraits du rapport ont été publiés dans le 'Financial Mail' basé à Johannesburg.

Selon un des scénarios présentés dans ce rapport, l'Afrique du Sud pourrait aisément fournir les médicaments à un demi-million de personnes infectées par le VIH/SIDA, au coût de 4 milliards de rands par an, soit environ 556 millions de dollars US.

Sa distribution en fera le programme de traitement par anti-rétroviraux le plus répandu et le moins coûteux à travers le monde entier.

Cependant, dans son discours sur le budget du gouvernement, la ministre de la Santé Manto Tshabalala-Msimang a déclaré, le 13 mai au Parlement : "Le gouvernement a chargé une équipe conjointe de gens provenant des secteurs de la santé et du trésor public, d'effectuer une projection complète du coût des différentes options de traitements, incluant l'utilisation des anti-rétroviraux. Le rapport de cette équipe sera présenté au cabinet dans un futur proche et une décision sera prise sur la question qui domine le débat public sur le VIH et le SIDA".

Cette déclaration a provoqué une seconde vague de protestations de la part des militants anti-VIH et anti-SIDA selon lesquels le gouvernement traîne les pas à rendre disponibles des médicaments anti-SIDA alors que 4,5 millions de Sud-Africains sont infectés par la maladie.

La Campagne d'action pour le traitement (TAC), qui lutte pour la distribution gratuite des médicaments contre le VIH et le SIDA, estime que près de 600 Sud-Africains meurent chaque jour du VIH/SIDA.

"L'argument selon lequel nous ne pouvons fournir au plan national des anti-rétroviraux, était fragile depuis que l'Etat dépense un budget estimé à 4 milliards de rands (près de 556 millions de dollars US) dans le traitement de patients atteints d'infections opportunistes. La réduction de seulement 10 pour cent des patients traités pour les symptômes du SIDA dans les hôpitaux, permettra une économie de 400 millions de rands par an (environ 56 millions de dollars US)", dit Mike Waters, de l'Alliance démocratique (DA), de l'opposition parlementaire officielle. La DA a appelé le cabinet pour lui demander de traiter du rapport comme une "question prioritaire".

Hormis le coût, le gouvernement s'est montré réfractaire à la distribution gratuite des anti-rétroviraux dans le système public de santé en raison de leur toxicité et du risque de leur utilisation sans respecter les prescriptions – augmentant ainsi le danger que présente leur consommation.

Il est généralement accepté, dans la communauté médicale internationale, que même si les anti-rétroviraux sont dangereux, ils demeurent le meilleur moyen disponible pour pallier les effets du VIH et du SIDA et pour réduire la transmission de la maladie.

Le gouvernement est également déçu de n'avoir pas reçu suffisamment de crédit pour ses lourds investissements dans les programmes d'éducation et de prévention, et ses efforts pour combattre les maladies infectieuses qui, comme le VIH et le SIDA, affaiblissent le système immunitaire. Le gouvernement considère ces programmes comme étant parmi les meilleurs au monde dans leur genre.

Il a rendu disponible la Nevirapine, un anti-rétroviral, dans plus de 650 centres de santé pour mesurer son efficacité dans la réduction de la transmission du VIH et du SIDA de la mère à l'enfant.

Malgré cela et à la grande irritation du gouvernement, toute l'attention s'est concentrée sur sa répugnance à implanter un programme étendu de traitement par des anti-rétroviraux. Ainsi, même si son groupe de travail a recommandé le lancement d'un tel traitement, le gouvernement doit observer une politique prudente et de recul pour le faire.

Durant le mois passé, le gouvernement a vu d'un mauvais oeil la campagne de défiance initiée par la TAC pour soutenir les demandes d'anti-rétroviraux gratuits pour ceux qui ne peuvent se les procurer.

Les militants de la TAC – dont la plupart sont également membres et supporters du Congrès national africain (ANC), parti au pouvoir en Afrique du Sud – ont interrompu des discours publics de Tshabalala-Msimang et envahi des postes de police et bureaux du gouvernement.

Certains commentateurs politiques sud-africains croient que la campagne subversive menée par la TAC aurait durci la position du gouvernement qui refuse d'être perçu comme cédant à la désobéissance civile.

Pour l'instant, la CAT a suspendu sa campagne de défiance et a initié une série de discussions avec le gouvernement sur la mise à disposition des médicaments anti-SIDA dans le système public de santé. Certains commentateurs espèrent que la suspension de cette campagne de défiance donnera au gouvernement une marge suffisante pour accepter le développement d'un programme de traitement complet sans que cela ne soit perçu comme une capitulation devant les exigences de la TAC.