ADDIS ABEBA, 19 mai (IPS) – Chaque ordinateur équipé pour jouer des CD-Roms ou ayant accès à l'Internet est une "bibliothèque virtuelle", où la connaissance du monde peut être téléchargée pour des utilisateurs curieux. Mais le secteur public, privé et des groupes de la société civile d'Afrique se consacrant au développement de l'éducation sont en train de créer un système de bibliothèques virtuelles pour diffuser largement la connaissance disponible sur le continent. "La Commission économique pour l'Afrique (CEA) fait actuellement l'expertise des bibliothèques universitaires et des centres de recherche à travers l'Afrique comme base d'un système de bibliothèque virtuelle.
Nous commençons là où en sont maintenant la connaissance et les données, avant de pouvoir les disséminer aux multitudes d'Africains assoiffés d'information", a indiqué Karima Bounemra Ben Soltane, un Ethiopien, directeur de la Division des services de l'information sur le développement de la CEA, dans une interview avec IPS.
La CEA, qui est une institution des Nations Unies, basée dans la capitale éthiopienne, a abrité la semaine dernière la troisième réunion biennale de la Commission de l'information sur le développement (CODI III). Des centaines d'experts impliqués dans les Technologies de l'information et de la communication (TIC) ont débattu de la meilleure manière d'amener en ligne la mine d'information disponible aux multitudes d'Africains qui sont actuellement exclus de la Super-autoroute de l'information.
"L'Afrique ne devrait pas rater des opportunités de développement présentées par la révolution de l'information", a déclaré K.Y. Amoako, secrétaire exécutif de la CEA, aux délégués.
Une bonne façon de le faire est de prendre le concept de bibliothèque traditionnelle, où des salles de livres sont à la disposition des lecteurs, et de le transformer en numérique pour la transmission électronique à de millions d'utilisateurs dans des zones trop peu peuplées ou trop pauvres pour créer des bibliothèques traditionnelles "de briques et de papiers" elles-mêmes.
Un délégué du Congo a soulevé cette préoccupation : "Nous semblons aller trop vite par rapport à la technologie de l'information au moment où nous devons encore nous attaquer aux besoins fondamentaux de l'Afrique, comme l'électricité (pour faire marcher les ordinateurs)".
Toutefois, des responsables optimistes de gouvernements et d'ONG se consacrant à l'information en Afrique ont mis l'accent sur une philosophie "dynamique".
"Une bibliothèque virtuelle peut être aussi simple qu'un ordinateur avec l'accès à Internet, par la voie d'une ligne téléphonique, fonctionnant à l'aide d'un générateur qui marche à l'essence s'il n'y a pas d'électricité, dans un centre communautaire rural, où les gens des environs peuvent venir chercher l'information dont ils ont besoin", a affirmé Ben Soltane.
A travers des bibliothèques virtuelles, les étudiants peuvent apprendre des nouvelles des admissions à l'école et des bourses pour poursuivre leurs études, et faire des demandes par voie électronique. Les agriculteurs peuvent être informés sur les prévisions atmosphériques et les plantations de cultures ainsi que sur les conseils de gestion qui sont préparés par les ministères de l'Agriculture de leurs pays. Les projets de développement communautaire peuvent trouver des informations sur le financement provenant d'institutions internationales de donateurs.
"Dans une région comme la nôtre, où les ordinateurs et d'autres technologies du savoir sont hors de portée de la majeure partie de la population, des bibliothèques virtuelles ont rendu possible la fourniture de la connaissance et de l'information aux masses", a indiqué Amoako. La connaissance est capitale pour l'émancipation économique et politique des gens à la base, et dans le cas de l'Afrique appauvrie, elle peut signifier une survie fondamentale.
"L'un des plus grands défis auxquels sont confrontés les Africains est le manque de connaissance. C'est un autre genre de guerre, parce que les gens meurent. Ils meurent parce qu'ils n'ont pas accès à l'information", a souligné un spécialiste de l'information, Aida Opokua-Mensal, à IPS.
Mais même des bibliothèques virtuelles ne sont pas suffisantes pour transmettre l'information à tous les Africains, simplement à cause des dépenses impliquées et du besoin immédiat de connaissance qui ne peuvent pas être satisfaits instantanément par un système de bibliothèque virtuelle en développement.
"Les mass-média sont cruciaux, parce que les journaux et la radio, qui atteignent la plupart des gens, fournissent un moyen facile, accessible et moins coûteux de transporter l'information de l'Internet aux utilisateurs", a poursuivi Opokua-Mensal.
Plusieurs douzaines de journalistes de haut niveau, spécialisés dans le reportage des TIC, se sont retrouvés à la conférence CODI III pour apprendre comment les mass-média peuvent être un lien entre des bibliothèques virtuelles et de grands nombres de consommateurs d'information.
A l'avenir, la connaissance générale et les données actualisées pourraient être diffusées à travers l'Afrique par une innovation appelée le Réseau africain d'information et de bibliothèque virtuelle (AVLIN). Un développement de la dernière réunion du CODI, est que le réseau va amasser l'information, et rendre son accès facile aux utilisateurs du réseau, qui sera continental.
"L'un des problèmes que vous pourriez rencontrer lorsque vous essayez de trouver l'information que vous désirez sur l'Internet est que cela pourrait prendre littéralement des heures pour parcourir les sites afin d'obtenir ce dont vous avez besoin. Ceci est extrêmement coûteux en termes d'usage de ligne téléphonique pour des utilisateurs des centres d'Internet privés ou communautaires. AVLIN aura non seulement l'information, mais fera en sorte qu'elle soit facile à trouver", a indiqué Benjamin Akuetteh du Ghana, à IPS.
La large dissémination des connaissances peut même réécrire l'ordre social, en créant de nouveaux groupes de personnes dans des "communautés virtuelles", a estimé Amoako.
"Des gens n'auront plus à vivre longtemps, ensemble et au même moment, dans une localité particulière, pour former une communauté. Les gens, qui ont accès aux bons instruments de la TIC, peuvent maintenant prendre part à la plupart des activités des communautés. Des gens séparés par le temps et l'espace peuvent communiquer les uns avec les autres, et concevoir des stratégies sur des questions d'intérêt commun. Pour ces communautés virtuelles, c'est l'acte de participation qui détermine le fait d'être membre, plutôt qu'une quelconque qualité ou pensée, et le savoir partagé en est le ciment", a-t-il fait remarquer.
Amoako a ajouté que des communautés virtuelles jouent maintenant un rôle en soutenant la démocratie dans des pays où elles se sont constituées, en faisant circuler des informations sur le gouvernement et en encourageant la participation de la base à des projets de développement. Des bibliothèques virtuelles fournissent des données nécessaires pour se tenir au courant des événements.
Actuellement, la CEA apporte le capital initial pour lancer le Réseau africain d'information et de bibliothèque virtuelle. Mais les organisateurs soulignent que l'initiative doit se maintenir elle-même, en trouvant des financements auprès des gouvernements et à travers des partenariats avec des entreprises privées, comme les maisons d'édition et les groupes de presse.

