POLITIQUE-BURUNDI: Le nouveau président subit des pressions pour donnerdes résultats rapides

NAIROBI, 15 mai (IPS) – Le nouveau président du Burundi, qui a pris fonction il y a deux semaines, a l'une des missions les plus difficiles au monde. Sa tâche au cours des 18 prochains mois est de mettre fin à une décennie de guerre civile dans son pays. C'est un travail impressionnant.

Des tensions ethniques dans son pays, le Burundi, ont couvé jusqu'au bord du génocide pendant les 40 dernières années.

Pendant les 10 dernières années, il y a une guerre totale. Des extrémistes du groupe ethnique majoritaire hutu du président Domitien Ndayizeye se battent pour renverser la puissante minorité tutsi et mettre fin à sa mainmise sur le pouvoir.

Le conflit a déjà fait quelque 200.000 personnes.

Subissant des pressions de la part d'autres dirigeants africains, dont l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, le Burundi se dirige lentement vers la paix et des élections démocratiques.

Conformément à un accord signé à Arusha, en Tanzanie, en 2000, le président tutsi Pierre Buyoya a remis le pouvoir à Ndayizeye le 1er mai. La mission du nouveau président est de d'amener le Burundi vers des élections démocratiques dans 18 mois.

Mais le fait que le processus de paix, qui dure depuis longtemps, n'ait pas pu mettre fin à l'effusion de sang au Burundi, a rendu nombre de Burundais ordinaires sceptiques par rapport à cela.

Ndayizeye doit persuader les rebelles de déposer leurs armes pour que les Burundais croient au processus de paix.

"Evidemment, le fait que la guerre continue a fait l'effet d'une douche froide sur la prise de fonction d'un nouveau président, en particulier un président hutu. Et les chances du nouveau gouvernement de réussir réellement seront négativement affectées par l'éventualité de la poursuite ou non de la guerre", affirme Jan van Eck, un politologue sud-africain, ayant une longue expérience du Burundi.

Dans l'espoir de convaincre les rebelles, la première initiative du président Ndayizeye a été de nommer des membres de deux factions rebelles dans son gouvernement.

Les deux hommes viennent de la plus petite faction des Forces pour la défense de la démocratie (FDD) et de la minuscule faction des Forces nationales de libération (FNL). Les deux mouvements ont signé des accords de cessez-le-feu avec le gouvernement en octobre.

Les nominations visent à encourager les deux principales factions des FDD et FNL, qui continuent de combattre les forces gouvernementales au Burundi, à s'impliquer dans le processus de paix.

"C'est un pas positif", affirme Joel Frushone, un politologue du Comité américain pour les réfugiés à Washington.

"Les autres leaders des FDD et des FNL disaient : 'Non, nous ne faisons pas partie de l'accord d'Arusha. Nous ne reconnaissons pas le nouveau président'. Cela a été leur attitude tout au long du chemin ayant conduit au 1er mai. Et maintenant, ils commencent par dire : 'Pourquoi ne sommes-nous pas inclus dans certains de ces processus'?", indique-t-il. La prochaine étape est de recruter plus de Hutus dans l'armée. La majorité des Burundais a une profonde méfiance de l'armée dominée par les Tutsi, qu'elle accuse de massacrer des civils hutus.

L'accord d'Arusha stipule que l'armée doit être reformée afin qu'il y ait un nombre égal de soldats de chaque groupe ethnique.

Ceci pourrait se révéler délicat pour Ndayizeye parce qu'il n'a aucun contrôle sur les chefs militaires, qui sont pratiquement tous des Tutsi.

"Cela sera difficile", prédit Frushone. "Ce sont des militaires qui, selon certaines personnes, roulent pour eux-mêmes et ne reçoivent pas des ordres du président. Ndayizeye aura donc à négocier sa paix avec de nouvelles relations qu'il devra forger". Le Sud-Africain Van Eck a été impliqué dans des discussions informelles avec les rebelles, pour tenter de les amener à la table de négociation.

Selon lui, les rebelles ne pensent pas que les concessions faites dans l'accord d'Arusha de 2000 – comme l'intégration de l'armée – soient assez bonnes. Les rebelles ne voient pas pourquoi ils devraient accepter un accord entre des politiciens, dans lequel ils n'étaient même pas impliqués.

Les rebelles veulent maintenant que le gouvernement négocie de nouveau avec eux.

"Ces compromis ne sont pas les leurs. Ces accords ne sont pas les leurs", indique Van Eck.

"Alors, il devra avoir une reconnaissance. 'Asseyez-vous et écoutons ce que vous aimeriez changer et laissez-nous le temps, en tant que gouvernement, de voir ce que nous pouvons satisfaire et ce que nous ne pouvons pas'. Mais cela n'a vraiment pas été fait. "L'attitude doit changer. Nous devons dire : 'Voulons-nous la paix au Burundi ou non?" Et si nous voulons la paix au Burundi, nous devrons faire beaucoup plus que maintenant pour introduire les rebelles en tant que partenaire et non pas comme un nouveau venu", insiste-t-il.

Malgré l'énorme tâche à venir, le fait qu'un président tutsi ait passé la main à un Hutu est en lui-même une grande avancée symbolique.

Des réfugiés burundais vivant dans des pays environnants réagissent positivement à la transition. Chaque semaine, des centaines quittent la Tanzanie pour se rendre chez eux.

"Nous avons constaté qu'avant même que la transition n'ait lieu, beaucoup de réfugiés exprimaient leur confiance au Burundi en quittant la Tanzanie pour rentrer chez eux, surtout dans la partie nord du pays", affirme Kitty McKinsey, porte-parole régional du Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR).

"Il est donc clair que les réfugiés veulent rentrer chez eux. Nous espérons que maintenant, la situation sera plus stable, que la paix s'étendra à une grande partie du pays et que nous pourrons faciliter leur retour, pour les aider à repartir chez eux en sécurité et dans la dignité", dit-elle.

Même s'il est difficile de voir l'avenir, il semble avoir un engagement nouveau pour résoudre les problèmes burundais à travers la négociation, plutôt qu'avec la balle d'un fusil.

La dernière fois qu'il y a eu un président hutu, Melchior Ndadaye – le premier dirigeant hutu – il a été assassiné par des extrémistes tutsi, en l'intervalle de quatre mois, en octobre 1993.

Des observateurs pensent qu'une répétition de ce scénario est peu probable.

Toutefois, si le président Ndayizeye ne parvient pas à convaincre les rebelles, une division se développera entre lui et la puissante communauté tutsi, paralysant son gouvernement. Il subit des pressions pour donner des résultats rapides.

Les Hutu constituent 83 pour cent de la population burundaise, tandis que les Tutsi représentent 13 pour cent.