JOHANNESBURG, 14 mai (IPS) – Alors qu'une entente économique et politique au Zimbabwe est la question la plus pressante en Afrique australe, elle n'est pas au programme officiel des discussions entre le ministre sud-africain des Affaires étrangères et son homologue britannique, Jack Straw, qui est arrivé à Johannesburg mardi.
Cela pourrait être dû au fait que l'Afrique du Sud et la Grande-Bretagne ont de grandes différences sur la manière de ramener la stabilité au Zimbabwe. L'Afrique du Sud croit en la "diplomatie tranquille" – un engagement constructif auprès du gouvernement de Robert Mugabe – tandis que la Grande-Bretagne soutient une position plus énergique en faveur des droits.
Straw sera en Afrique du Sud pendant deux jours, à partir du 13 mai, officiellement, pour des discussions visant à consolider les relations avec ce pays d'Afrique australe qui est l'un des premiers partenaires commerciaux de la Grande-Bretagne. "Les discussions se focaliseront, entre autres, sur la situation politique et économique en Afrique australe, en particulier, et sur le continent africain en général", affirme le porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Ronnie Mamoepa.
Mais selon des initiés, le Zimbabwe sera débattu à huis-clos, spécifiquement la visite effectuée la semaine dernière par le président Thabo Mbeki, Olusegun Obasanjo du Nigeria et Bakhili Muluzi du Malawi pour négocier un engagement entre Mugabe et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de l'opposition.
Seront également à l'ordre du jour, la paix internationale et des initiatives sécuritaires dans la région des Grands Lacs – y compris les efforts pour mettre fin aux guerres civiles en République démocratique du Congo (RDC), au Rwanda et au Burundi.
La région des Grands-lacs comprend l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la République démocratique du Congo et la Tanzanie.
Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) — un programme de relance du développement politique et économique du continent — et la relation entre l'Afrique et le Groupe des Huit nations les plus riches (G-8) – la Grande-Bretagne, la France, les Etats-Unis, le Canada, l'Allemagne, le Japon, l'Italie et la Russie – seront également abordés au cours des discussions.
"En plus, la rencontre bilatérale discutera des développements en Irak et du système de gouvernance multilatéral global", ajoute Mamoepa.
Alors que le programme pourrait sembler vaste, il aborde des questions internationales qui sont cruciales pour l'Afrique du Sud et la Grande-Bretagne – et sur lesquelles les deux pays, qui ont des liens exceptionnellement forts, ont eu de grandes différences dernièrement.
Bien qu'il soit peu probable que ces différences aient été préjudiciables aux liens économiques et politiques puissants entre les deux pays, il semble pourtant que les deux parties doivent encore sonder avec douceur l'état de leur relation sur ces questions. "La Grande-Bretagne perçoit l'Afrique du Sud comme un état central et un allié stratégique en Afrique.
L'Afrique du Sud, pour sa part, va bien faire comprendre à Straw son engagement à maintenir de bonnes relations durables avec la Grande-Bretagne. Le soutien britannique est nécessaire pour faire du NEPAD une réalité", affirme Kuseni Dlamini, dans le journal sud-africain, Business Day. Dlamini est actuellement basé à l'Université d'Oxford, en Grande-Bretagne.
L'Afrique du Sud s'est, avec véhémence, opposée à l'attaque américaine et britannique contre l'Irak pour désarmer ce dernier des armes de destruction massive – et a mobilisé les pays en développement aux Nations Unies contre l'attaque.
La Grande-Bretagne fait actuellement pression pour une action africaine et internationale plus ferme contre le gouvernement du président zimbabwéen Mugabe. Il a été accusé par la Grande-Bretagne, l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis d'avoir truqué les dernières élections générales et présidentielle du Zimbabwe, au mépris de l'Etat de droit et d'avoir déclenché une vague de terreur contre ses opposants politiques.
Le Zimbabwe se bat également contre une crise économique — exacerbée par l'instabilité politique et une sécheresse — qui a vu le pays se trouver à court de vivres et de carburant.
Au cours d'une visite au début de cette année, le ministre britannique, Valerie Amos, a averti que l'incapacité des gouvernements africains à prendre le devant pour traiter des crises au Zimbabwe va saper le soutien international pour le NEPAD. Le NEPAD promet de meilleurs accords commerciaux et d'aide pour l'Afrique, en échange d'une bonne gouvernance politique et économique. Des dirigeants africains ont essayé de négocier des discussions entre Mugabe et l'opposition zimbabwéenne, le MDC. Malgré une évaluation optimiste, par les chefs d'Etat africains, de leur dernière série de pourparlers avec Mugabe et l'opposition, très peu de gens croient en une percée imminente dans les crises qui durent depuis longtemps. Les présidents africains subissent des pressions pour veiller à œuvrer à un règlement, en particulier pour amener Mugabe à quitter le pouvoir.
Au début du mois prochain, ils devraient rencontrer les dirigeants du G-8 à Evian, en France, pour discuter d'une mise en œuvre plus ample des initiatives du NEPAD. Toutefois, s'ils n'arrivent pas à assurer des améliorations dans la gouvernance politique et économique en Afrique, alors il leur sera plus difficile d'obtenir de l'aide et de l'investissement des pays riches – en particulier lorsque les grandes nations donatrices s'apprêtent à consacrer leurs ressources à la reconstruction de l'Irak.
Pendant ce temps, au Zimbabwe, le procès pour trahison du leader du MDC, Morgan Tsvangirai, a repris le 12 mai. Tsvangirai et deux de ses collègues, pourraient être passibles de peine de mort s'ils sont reconnus coupables des accusations, qui, selon eux, ont été concoctées pour discréditer l'opposition à Mugabe.
La défense de Tsvangirai est assurée par George Bizos, un avocat sud-africain des droits de l'Homme qui a défendu l'ancien président sud-africain, Nelson Mandela, lorsqu'il avait été accusé de trahison par le gouvernement d'apartheid d'alors, dans les années soixante.

