KINSHASA, 13 mai (IPS) – La ville de Bunia, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) est tombée lundi aux mains des milices hema de la région de l'Ituri, selon des organisations humanitaires qui plient bagages.
Des combats se sont déroulés encore mardi à Bunia où les milices rivales lendu ont tenté de pénétrer dans la ville dont elles ont perdu le contrôle la veille. Mais les Lendu ont été repoussés vers l'ouest de la ville, selon la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC).
La MONUC est prise à partie pour ce que le gouvernement congolais appelle son "indifférence au sujet de ce qui se passe". La MONUC, affirme-t-on dans les milieux officiels à Kinshasa, la capitale de la RDC, "s'occupe essentiellement de l'humanitaire en distribuant de la nourriture aux personnes, Lendu et Hema, qui se sont réfugiées dans ses locaux". Malgré tout, Ntumba Luaba, le ministre congolais des Droits humains, se trouve toujours dans la région et tente de motiver la commission de pacification de l'Ituri afin qu'elle ne se laisse pas déborder, selon lui.
Par ailleurs, un charnier a été découvert dimanche dernier dans une des paroisses de Bunia, avec 12 personnes sauvagement égorgées dont deux prêtres, selon des sources proches de l'église catholique. En quittant le district de l'Ituri, les troupes ougandaises ont abandonné les populations hema dont elles armaient les milices, à la vindicte des milices lendu. Le 3 avril, les milices lendus avaient été accusées d'avoir attaqué 15 villages hema, massacrant environ 300 personnes, notamment à Drodro. Luaba, qui se trouvait encore jeudi dernier à Kampala, a pu rencontrer les chefs de chacune des milices dans la capitale ougandaise avant de rejoindre la ville de Bunia dans la soirée. "Nous avons reçu pour mission d'apaiser la population de l'Ituri et de l'aider à comprendre qu'il y a de la place pour tout le monde en Ituri", a-t-il déclaré à Geneviève Inagosa, une journaliste de la Radio-télévision nationale congolaise qui l'accompagnait. "C'est une mission de pacification et de sécurisation de la population.
J'ai reçu, à Kampala, les représentants de chacune des composantes des tribus locales. Nous devons absolument démilitariser Bunia et cantonner les différentes milices", a indiqué le ministre des Droits humains. Le jeudi 8 mai, Luaba échappait, lui-même de justesse, à une catastrophe aérienne. Son avion, un Trijet de sept places, avait été attaqué à la roquette au moment où il amorçait les manœuvres d'atterrissage sur l'aéroport de Bunia. Le moteur droit de l'avion a été pulvérisé. Le ministre des Droits humains avait tout de même pu rejoindre la ville de Bunia jeudi soir.
Luaba avait accusé les milices hema de Thomas Lubanga, un ancien ministre de la Défense du Rassemblement congolais pour la démocratie/Mouvement de libération (RCD/ML), actuellement plus proche du Rwanda que de l'Ouganda : "Thomas Lubanga et son UPC (Union des patriotes congolais) cherche à reprendre le contrôle de l'aéroport de Bunia et nous pensons que l'Ouganda n'a pas abandonné son dessein de continuer à régir l'Ituri à travers les différentes milices locales", a déclaré Luaba.
Selon Patricia Tomé, la directrice du service Information de la MONUC, elle-même sur place à Bunia, "la ville est toujours en effervescence. Les affrontements entre Hema et Lendu ont doublé d'intensité depuis le jeudi 8 mai jusqu'au dimanche 11 mai 2003". La MONUC estime le bilan des victimes à 40 morts, toutes tribus confondues. "Il y a 400 Uruguayens (casques bleus de l'ONU) déployés sur l'Ituri et spécialement à Bunia", a rappelé Tomé. "Ce n'est pas assez, mais cela a tout de même permis de stopper l'ardeur des milices qui voulaient contrôler l'aéroport". Toujours selon Tomé, les milices lendu, qui contrôlaient auparavant la ville, se sont attaquées au campement de la MONUC où se trouvent réfugiées des populations hema pour la plupart. "Les éléments de la MONUC ont dû utiliser leurs armes pour éloigner les milices en furie". Dimanche matin, des informations faisaient état également de l'assassinat de deux religieux non loin de Bunia.
Les parties en conflit se rejettent, les unes les autres, la responsabilité de la reprise des hostilités. Les Hema accusent les Lendu et vice-versa.
Félix Baluku, président de la communauté hema de Kinshasa, s'insurge contre ce qu'il appelle la "complicité des éléments de la police nationale supposée assurer l'ordre" dans la ville de Bunia. "Les milices lendu nous attaquent et les policiers envoyés par Kinshasa ne font rien pour protéger les hema, victimes de ces actes de violence", affirme Baluku. Contacté à ce sujet par IPS, l'inspecteur général de la police nationale, le général Daniel Katsuva, a rejeté toutes ses accusations contre les éléments de la police. "Les milices hema se sont attaquées aux infrastructures aéroportuaires de Bunia. Les éléments de la police, tout comme les troupes de la MONUC, les en ont empêchées. C'est tout".

