POLTIQUE-COTE D'IVOIRE: Un nouveau cessez-le-feu n'arrive pas à marquerune fin du conflit

ABIDJAN, 13 mai (IPS) – Bien qu'un nouveau cessez-le-feu ait été signé par des représentants des rebelles et ceux du gouvernement en Côte d'ivoire, peu de choses montrent qu'une paix durable peut être espérée dans l'ancienne colonie française.

Le cessez-le-feu – signé par le chef de l'armée ivoirienne, Mathias Doué, et le représentant des rebelles et actuellement ministre des Sports et Loisirs, Michel Gueu – a été accepté et paraphé la semaine dernière. Le gouvernement, les partis de l'opposition, et les chefs rebelles ont salué l'accord à ce moment, affirmant qu'ils pensaient qu'il pouvait indiquer la fin de près de huit mois de combats.

Mais quelques heures après la signature, des rapports filtraient de l'ouest marqué par les combats, et faisaient état de la reprise des affrontements entre les forces gouvernementales et les troupes rebelles. Les heurts, qui s'étaient déroulés près de Danané, non loin de la frontière du pays avec le Liberia, ont continué jusque dans la nuit de samedi, s'arrêtant juste avant le délai d'entrée en vigueur du cessez-le-feu à minuit, dimanche matin.

Antoine Beugré, un porte-parole du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) a accusé l'armée loyale au président Laurent Gbagbo, de tenter de prendre autant de territoires que possible avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu. "Ils savent que l'accord commence à minuit", a déclaré Beugré. "C'est pourquoi ils ont lancé l'offensive à ce moment".

L'armée de Côte d'Ivoire a rejeté l'accusation selon laquelle elle avait commencé les hostilités, soutenant que ses forces ne répondent que si elles sont attaquées.

La semaine dernière également, le gouvernement libérien a indiqué avoir fusillé et tué Sam Bockarie – connu surtout par son nom de combat, "Mosquito", – qu'on aurait aperçu en train de passer de l'ouest de la Côte d'Ivoire vers le Liberia.

Bockarie était l'un des hommes les plus recherchés en Afrique depuis l'époque où, en tant que seigneur de la guerre du Front révolutionnaire uni (RUF) pendant la guerre civile sierra léonaise, longue de 10 ans, il a été célèbre pour l'amputation des membres des civils innocents. A la fin d'avril, il a été accusé de la mort du chef rebelle ivoirien Félix Doh, près de Danané.

Le président libérien Charles Taylor, pendant ce temps, était occupé à crier à l'injustice parce que les Nations Unies avaient voté en faveur de l'extension des sanctions contre son pays – imposées pour le soutien de Taylor aux rebelles du RUF en Sierra Léone ainsi que son parrainage général des troubles dans la région, y compris en Côte d'Ivoire.

Le 7 mai, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) – le plus vieux parti du pays et le parti de Félix Houphouët-Boigny, son premier président – a conduit un mouvement en congrès donnant au président Gbagbo un ultimatum pour pourvoir au poste de ministre de la Défense. Des représentants de tous les partis ont signé l'ultimatum à l'exception de celui de Gbagbo.

Cette initiative a suscité la sortie, une fois encore, des Jeunes patriotes – les jeunes hommes très virulents et loyaux à Gbagbo, qui avaient organisé des émeutes ayant entraîné des casses à Abidjan, la capitale économique, pendant plusieurs semaines en janvier et février.

Un groupe d'hommes, aligné sur les Jeunes patriotes, a menacé de mettre feu au siège du PDCI à Abidjan vendredi, mais ils ont été repoussés par des loyalistes de ce parti. L'incident a poussé le secrétaire général du PDCI à annoncer que son parti organiserait bientôt une grande manifestation "pour déclarer la paix en Côte d'Ivoire".

Toutes ces machinations pourraient ressembler à autant de coups vulgaires sur un damier. Mais elles constituent la substance de la politique habituelle dans cette partie de l'Afrique occidentale au cours des dernières années, et il y a peu de signe de changements à l'horizon.

Des journaux locaux continuent de publier des titres passionnés – montrant fièrement l'allégeance des publications, puisque leurs auteurs pointent des doigts accusateurs sur les rebelles, Gbagbo, Taylor, ou le président du Burkina Faso, Blaise Compaore, selon celui que le journal supporte.

Les porte-parole de Gbagbo continuent d'afficher du mépris pour l'implication française dans le conflit, disant avec colère – et en confidence – qu'ils souhaitent que la force française de maintien de paix (forte de près de 4.000 hommes) s'en aille, retourne chez elle, et laisse l'armée et les rebelles en découdre.

Pendant ce temps, Gbagbo parle de paix et courtise les ambassadeurs et responsables de sociétés et d'organisations humanitaires, espérant convaincre le monde, une fois encore, qu'on peut investir en toute sécurité dans le cacao, le café, le pétrole, le caoutchouc et d'autres ressources naturelles de la Côte d'Ivoire.

Mais les Etats-Unis ont refusé d'approuver la création d'une mission humanitaire de l'ONU pour la Côte d'Ivoire, et les condamnations internationales pour les violations du cessez-le-feu d'un côté ou de l'autre du conflit, équivalaient à un peu plus que des réprimandes verbales.

Peut-être que ce dont on a besoin en Côte d'Ivoire, ce sont des sanctions.

Trop souvent les sanctions – qu'elles soient américaines ou onusiennes par nature – viennent trop tardivement dans un conflit, après que la guerre a détruit tellement que la perspective de plus de punition est acceptée avec des haussements d'épaule.

Des preuves abondent pour montrer que l'armée du président Gbagbo aide à attiser les flammes du conflit au Liberia. Ses hélicoptères d'attaque ont à maintes reprises tiré sur des villages, longtemps après que des accords signés ont demandé que les hélicoptères soient maintenus au sol. Et bien que les mercenaires soient supposés avoir reçu l'ordre de quitter en janvier, il n'est pas difficile de trouver des responsables du gouvernement ou de l'armée qui reconnaissent – encore une fois en confidence – leur présence continue. Les rebelles ne sont pas non plus des saints. Eux aussi circulent avec des mercenaires du Liberia et de la Sierra Léone. Et dans tout le nord, aux mains des rebelles, il y a des garçons portant des fusils d'assaut AK-47, avec de petites voies grinçantes, et qui refusent de donner leur âge.

Des sanctions sévères imposées aujourd'hui pourraient servir d'appel à un réveil brutal en Côte d'Ivoire. Abidjan, bien que n'étant plus la cité prestigieuse qu'elle était autrefois, est toujours l'une des villes les plus modernes en Afrique de l'ouest, avec de bonnes voies, des systèmes de communication qui fonctionnent, des soins de santé décents, et des centres commerciaux qui rivalisent avec ceux qu'on trouve en Europe.

Des sanctions pourraient rapidement rendre la vie difficile aux milliers d'étrangers qui vivent toujours à Abidjan, pour ne pas parler de ce qu'elles feraient aux nationaux. L'économie du pays, déjà désorganisée, irait au bord d'un quasi-effondrement.

Des sanctions envenimeraient l'existence ici avant qu'elle ne devienne meilleure. Mais cela pourrait être, à ce point, la seule bonne option restante.

Des rumeurs font état de construction de murs le long de la ligne de front entre les troupes gouvernementales et les forces rebelles. Ce ne sont pas seulement des barrages routiers faits de carcasses de voitures et de feuilles de palme – mais des murs. Des structures solides faites de briques et de ciment.

Ces murs en disent beaucoup plus long sur l'état de la relation entre les rebelles et le gouvernement que n'importe quel appel public à la paix.

S'asseoir à une même table dans un gouvernement d'unité n'a pas favorisé la confiance entre les parties toujours en conflit. Récemment, des témoins ont rapporté que lorsqu'un chef rebelle est venu à Abidjan pour commencer à travailler en sa qualité de ministre dans le nouveau gouvernement, il est venu trouver ses bureaux saccagés par son prédécesseur.

De telles actions pourraient continuer jusqu'à ce que le gouvernement de Côte d'Ivoire et les rebelles soient punis par quelqu'un de plus dur qu'un mémorandum au ton comminatoire.

Il faudrait peut-être des sanctions pour amener ce pays – et la région avec lui – à favoriser la voie menant à une paix véritable.