OUAGADOUGOU, 9 mai (IPS) – Ablassé Kindo, 25 ans, vend l'eau dans une barrique dans le quartier de Pissy à l'ouest de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, depuis 12 ans, mais n'a jamais vu autant de pénuries comme ces trois dernières années.
"Il faut veiller jusqu'à 2 heures ou 3 heures du matin pour voir les premières gouttes d'eau tomber du robinet", explique Kindo. "Les autres années, c'est au mois d'avril qu'on ressentait les rationnements".
Depuis février, la ville de Ouagadougou connaît des problèmes de pénurie d'eau qui ont entraîné des rationnements dans les quartiers de la capitale qui compte aujourd'hui plus d'un million d'habitants.
‘'Si vous n'avez pas d'argent, vous ne pouvez pas dormir, sinon vous ne mangerez pas", se plaint Sita Kaboré, une ménagère assise avec un seau et quelques barriques, derrière la centaine de fûts des revendeurs d'eau. "Au début, nous achetions l'eau avec les revendeurs, mais devant les interminables hausses du prix du fût, il faut veiller toute la nuit pour avoir suffisamment de l'eau", ajoute-t-elle.
Alors que l'eau coûtait 60 francs CFA (environ 10 cents US) la barrique de 200 litres, cette quantité est passée, à cause des pénuries et de la spéculation, à plus de 1.500 FCFA (environ 25 dollars US) aujourd'hui. Dès le mois de janvier, l'Office national de l'eau et de l'assainissement (ONEA) avait commencé à diffuser des communiqués pour annoncer les rationnements et interdire les lavages de véhicules ainsi que les remplissages des piscines en vue de préserver le maximum d'eau.
"La demande est plus forte que l'offre, or nous avons des capacités de production limitée", admet Dieudonné Sawadogo, directeur de l'exploitation de l'ONEA.
"L'urbanisation rapide et l'augmentation de la population nécessitent des ressources alternatives qui ne sont malheureusement pas nombreuses".
Environ 80 pour cent de la population de Ouagadougou – estimée à environ 1,163 million habitants – bénéficient des services de l'ONEA qui dispose, sur son réseau, de 40.000 abonnées privés et de 600 bornes-fontaines.
La situation s'aggrave pour les populations et l'ONEA pendant la période chaude qui commence en février. Le Burkina Faso, pays sahélien sans littoral, frôle souvent les 44 degrés centigrades à Ouagadougou.
Le déficit en eau atteint aujourd'hui 15.000 à 20.000 mètres cubes par jour en période de pointe. Pour l'approvisionnement en eau potable de la ville, l'ONEA ne dispose que d'une capacité de 58.000 mètres cubes d'eau par jour. Or il en faudrait 70.000 à 75.000 par jour dans ses quatre barrages et la cinquantaine de forages qu'il exploite pour la capitale. Dès février, la plupart des barrages s'assèchent et les autorités excluent toute action de curage des ouvrages. "Techniquement, les curages se soldent toujours par un échec car les sédiments, qui empêchent l'eau de s'évaporer, se construisent pendant des décennies, or il y a des risques d'enlever cette couche à des endroits", explique Joseph Martin Kaboré, responsable du barrage de Ziga, au nord de Ouagadougou.
Pour Kaboré, le curage, qui coûte jusqu'à un milliard de FCFA (environ 1,7 million dollars US) pour une surface de quelques hectares, n'est pas rentable par rapport à la quantité d'eau recueillie par la suite.
Selon les estimations de l'ONEA, la population de Ouagadougou croît de 4 à 5 pour cent l'an alors que ses ressources … n'augmentent que de 3 pour cent.
"La situation géographique du Burkina Faso est responsable de ces problèmes d'eau; le relief plat fait qu'on ne peut pas y construire des ouvrages; il manque également de sites aquifères favorables aux forages", explique Sawadogo.
Des études réalisées par l'ONEA indiquent qu'un forage à Bobo-Dioulasso (la deuxième ville du pays, au sud-ouest) peut produire jusqu'à 250 mètres cubes d'eau l'heure, alors qu'un forage à Ouagadougou ne donne que 15 à 20 mètres cubes.
Pour la direction de l'ONEA qui investira environ 3 milliards de FCFA (environ 5 millions de dollars US) cette année pour renforcer les capacités de pompage de l'un des barrages et améliorer le rendement des forages existants, l'objectif est d'amoindrir le déficit. Selon l'ONEA, les solutions alternatives pour régler définitivement le problème d'eau de la capitale n'existent pas, pour l'instant, avant la mise en marche du barrage de Ziga, situé à 40 kilomètres de Ouagadougou. D'une capacité de stockage de 200 millions de mètres cubes, le barrage construit sur le Nakambé, l'un des affluents de la Volta, verra sa production d'eau potable augmenter en 2013.
"L'ONEA créé il y a 25 ans ne produit que 2.000 mètres cubes l'heure; or Ziga va produire 3.000 mètres cubes l'heure dans la première phase et 9.500 mètres cubes plus tard", se réjouit Kaboré. Les travaux de construction du barrage de Ziga ont commencé en 1999, sur un coût total de 150 milliards de FCFA (environ 250 millions de dollars). "Ce sera la fin du calvaire pour les populations de Ouagadougou. Même en saison sèche, il y aura toujours une capacité suffisante pour subvenir aux besoins de la ville", estime Kabore.
En 2005, le barrage de Ziga permettra le branchement de 50.000 abonnés privés supplémentaires et la construction de 400 autres bornes-fontaines publiques.
Construit pour Ouagadougou, le barrage, qui s'étalera sur 80 km, desservira également plusieurs villes secondaires traversées par les canalisations. "Cet important investissement va peser sur les finances de l'ONEA, donc il faut amortir les frais pour garantir son équilibre financier, mais en tenant compte du caractère social de la société", ajoute Kabore.
Pour réaliser cet ouvrage, les autorités burkinabè ont obtenu, en raison des conditions posées par les bailleurs de fonds, un accord signé du gouvernement ghanéen. Les eaux du fleuve Nakambé se jettent dans la mer en passant par le barrage d'Akossombo, au Ghana.

