DROITS-LIBERIA: La guerre menace la survie des enfants

MONROVIA, 30 avr (IPS) – La longue guerre du Liberia couplée avec les sanctions des Nations Unies sur le commerce du diamant, et le fort taux de pauvreté et de chômage – menacent sérieusement la survie des enfants de ce pays.

Le ministre de la Santé, Dr Peter Coleman, a fait l'évaluation de la situation dans sa contribution à un forum des Nations Unies pour le dialogue du développement dans la capitale, Monrovia, la semaine dernière.

Pendant les pourparlers, des agents de l'administration, des organisations non gouvernementales et des groupes de la société civile ont discuté de "l'investissement compétitif" pour la survie de l'enfant.

Coleman a indiqué que le "taux de mortalité infantile" du Liberia a "empiré" dans un pays accablé par une "situation critique complexe" depuis 13 ans.

La guerre a "rendu les enfants vulnérables à la malnutrition, aux maladies infectieuses, aux décès et à d'autres maladies évitables de l'enfance – en particulier parmi les personnes déplacées et les réfugiés", a-t-il souligné.

Pour Dr Cyrille Niameogo, responsable du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) au Liberia, "80 pour cent des 200.000 personnes déplacées au Liberia sont des enfants et des femmes, qui ont été témoins de toutes sortes d'atrocités de la guerre".

Dans les conflits armés du monde entier, croit-il, "les enfants ont été délibérément des cibles de la violence – ce qui fait que des millions d'entre eux sont tués, mutilés, qu'ils sont devenus orphelins, qu'ils sont enlevés et recrutés comme des soldats, soustraits de leurs maisons, séparés de leurs familles et exposés au risque de la maladie et de la malnutrition".

Selon Coleman, les enfants survivent à peine au Liberia, dont "le revenu par tête d'habitant – l'un des plus élevés en Afrique dans les années 80 – a chuté, le pays étant classé 174ème sur 175 pays dans l'indice de développement des Nations Unies".

"Le Liberia est maintenant une nation très appauvrie avec plus de 80 pour cent de sa population vivant en dessous du seuil de pauvreté (avec moins d'un dollar US) par jour, tandis que 15 à 20 pour cent vit dans la pauvreté absolue (avec moins de 50 cents US) par jour", a-t-il ajouté.

"Quatre vingt-dix pour cent des travailleurs libériens", selon Coleman, "sont au chômage et comme si cela ne causait pas assez de tort, les sanctions des Nations Unies, couplées avec les conflits armés continus, sont des insultes supplémentaires".

La sanction, comme l'a dit un participant, "perturbe la distribution des vivres, des produits pharmaceutiques, et les fournitures d'installations sanitaires. Elle réduit la capacité du système de santé publique à maintenir la qualité des vivres, de l'eau, de l'air et des médicaments"..

Pour Coleman, "alors que les adultes peuvent résister à de longues périodes de privations et d'épreuves, les enfants ont moins de résistance et moins de chances de survivre à des pénuries persistantes".

Citant des statistiques du ministère de la Santé sur l'invalidité au Liberia, il a souligné que "près de 17 pour cent de la population du pays est handicapée, une très grande proportion étant constituée d'enfants".

La situation a provoqué une fuite des cerveaux au Liberia où "430 médecins et 8.000 infirmiers, sages-femmes, techniciens et auxiliaires médicaux, sont réduits maintenant à seulement 80 médecins et moins de 1.800 membres du personnel soignant".

Avec la balkanisation du pays par la guerre incessante, des analystes estiment que les enfants sont dans l'impossibilité de recevoir la vaccination de routine contre des maladies qu'on peut prévenir à cause d'un effondrement du système sanitaire et de l'infrastructure sociale du pays. Selon des rapports officiels, 80 pour cent des infrastructures sanitaires du Liberia ont été pillées ou détruites entre 1989 et 1997. Au cours des trois à quatre dernières années, 55 pour cent des installations sanitaires dans huit régions ont été saccagées ou abandonnées aux combats entre le gouvernement et les rebelles des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD)".

Le taux de couverture vaccinale du Liberia, de 65 pour cent est passé à environ 27 pour cent. "Maintenant, sans accès à huit des quinze régions engouffrées dans la guerre", a affirmé Coleman, " la couverture devrait chuter considérablement".

Paul P. Najue, directeur des Foyers catholiques Don-Bosco, une institution d'assistance à l'enfance, a été associé pour sortir de la rue des enfants capricieux, des enfants soldats, des prostitués qui ont maille à partir avec la justice, pour mouler leur esprit afin qu'ils deviennent de futurs dirigeants. A Monrovia, a-t-il indiqué, "les enfants sont utilisés actuellement par leurs familles comme le principal soutien du ménage. Agés d'à peine huit ans, certains sont engagés dans le concassage et la vente de diamants avec leurs parents. D'autres travaillent avec leurs parents dans la collecte et le transport de latex dans les plantations d'arbres à caoutchouc".

Geneviève Jackson, sept ans, est l'un des mineurs engagés dans le travail des enfants à Rock Field, dans les banlieues sud de Monrovia. Elle a dit à IPS que "ses parents l'obligeaient à concasser les pierres" pour trouver un moyen de subsistance. Ceci, dit-elle, parce que sa mère "n'a pas d'argent pour l'envoyer" à l'école. Le père de Geneviève était un chargé de relations industrielles qui a été tué dans un assaut contre Monrovia en avril 1996.

Sa mère, Béatrice Sundayguy, 46 ans, a également cinq autres enfants, dont trois filles. "Concasser des pierres est actuellement le seul moyen disponible pour survivre. Nous ne pouvons pas améliorer la situation si ce n'est d'endurer les conditions économiques défavorables dans ce pays. Tout le monde est obligé de faire toutes sortes de travaux déshumanisants pour gagner sa vie", a-t-elle indiqué à IPS, la semaine dernière.

Aux centres de déplacés dans les banlieues ouest de Monrovia, une crise humanitaire majeure menace des milliers de gens – surtout les femmes et les enfants qui ont fui les combats dans leurs villes et villages et vivent dans des conditions abjectes – décidées à ne pas retourner chez eux avant le désarmement des combattants.

"Le niveau des soins qu'on nous donne a baissé considérablement au cours des derniers mois à cause des préoccupations sécuritaires", a indiqué une personne déplacée à IPS.

En conséquence, affirme Patrick Sando, un ancien enseignant : "plusieurs enfants ont contracté la teigne. Leur avenir est sombre, puisqu'il n'y a aucun soutien futur pour eux. Leurs parents sont incapables de les envoyer à l'école. L'épidémie, la malnutrition et le désespoir sont endémiques parmi eux".

Mais Niameogo de l'UNICEF dit qu'il a un plan pour assurer la survie des enfants libériens. Selon lui, les "Nations Unies – sous la coordination du ministère libérien de la Santé et du Bien-être social – se sont lancées dans plusieurs interventions sanitaires, y compris les services de soins de santé primaires, l'aide alimentaire, la sécurité alimentaire et la nutrition, l'eau et les installations sanitaires environnementales ainsi que d'autres questions passe-partout comme le VIH/SIDA".

Il n'est pas entré dans les détails.